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Une vigne

mardi 12 mai 2009, par Bernard Brajat

Homélie du 5ème dimanche de Pâques – 10/05/2009 – cathédrale de Cahors : « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-làdonne beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.  »

Il y a, dans la Bible, de très beaux poèmes. Ainsi celui du bien-aimé à sa vigne. Il est tiré du prophète Isaïe (5,1). Et ce, pour dire, pour traduire, les relations entre Dieu et son peuple. Comme un chant d’amour du vigneron pour sa vigne. Il est passionné par son vignoble, ce viticulteur !

Ici dans l’évangile selon Saint-Jean, Jésus en donne un sens nouveau. La vigne n’est plus le peuple d’Israël, mais Jésus lui-même. Il y a comme de la solennité dans ce « Moi, je suis » ! Comme cette voix qui sortait du buisson ardent, où Dieu livrait son nom à Moïse : YHWH. Ce qu’on pourrait traduire par « Je suis ». Mais ça reste un nom imprononçable et mystérieux… Qui peut approcher, et surtout voir YHWH sans mourir ?

Avec Jésus, ce Dieu mystérieux n’est plus caché. Au contraire, il vient révéler sa présence en « demeurant ». Huit fois – dans le passage évangélique de ce jour – le verbe « demeurer » revient. Ça n’est pas innocent de la part de notre évangéliste. La demeure c’est le lieu où l’on habite. Pas seulement la maison où l’on habite. Mais le lieu où l’on peut retrouver quelqu’un, où l’on sait qu’il sera toujours dans son environnement familial. Et à cause de cette « habitation », le lieu qui symbolise le ralliement, la sécurité et la protection. La demeure c’est le lieu où s’exprime autant la durée que l’intensité du vivre ensemble.

Oui, c’est ce lieu qu’exprime le verbe « demeurer »… Comme une litanie sur les lèvres de Jésus. Comme s’il voulait nous inviter de manière pressante à demeurer avec lui, chez lui, plus encore : en lui ! Il s’offre à chacun de nous comme le lieu d’encrage de nos propres vies : « en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire ». Alors, pour nous imprimer cette nécessité, il prend en comparaison la vigne : « De même que le sarment ne peut pas porter du fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Moi, je suis la vigne , et vous, les sarments ». Pour porter du fruit, il nous faut être lié de manière organique au cep. Pour porter du fruit, il faut que la sève passe du cep au sarment. Voilà une image qui indique bien que Jésus veut être avec nous, et que nous soyons avec lui, dans la même demeure, vivant de la même sève de vie.

Alors, peut-être n’est-il pas nécessaire d’être en lien avec Jésus pour aimer. Beaucoup de choses se réalisent certainement dans le monde par une majorité d’hommes et de femmes qui ne sont pas reliés à Jésus. Mais d’abord il s’adresse à ses disciples. Et accepter d’être relié à Jésus de manière indéfectible apporte à nos vies une saveur particulière. Secrètement, nous devinons qu’un lien mystérieux s’établit par nos gestes entre lui et l’humanité. Demeurer sur la vigne : nous comprenons ainsi notre participation de croyants à la vie du Seigneur ressuscité.

« Demeurez en moi, comme moi en vous » : ce thème ainsi martelé nous laisse bien entendre que ce n’est jamais acquis une fois pour toutes. Nous devons de plus en plus être « christianisés », c’est-à-dire être « conformés » au Christ. Et ce que nous étions incapables de faire par nos seules forces humaines (pardonner au delà de ce qui est acceptable, aimer vraiment comme lui…) nous sera rendu possible. Si nous négligeons de le faire, ne risquons-nous pas de devenir des sarments secs, tout juste bons à être brûlés ? C’est ainsi que celui qui se coupe volontairement du Christ s’exclut lui-même de la source du Salut.

Nous terminerons notre méditation aujourd’hui avec ce très beau texte de Sainte Catherine de Sienne :
« Oui, je suis le vigneron. J’ai moi-même planté la vigne de mon Fils unique dans la terre de vote humanité, afin que vous, les sarments, vous demeuriez sur cette vigne et que vous portiez du fruit. Celui qui ne portera pas le fruit des œuvres bonnes et saintes sera enlevé de la vigne et se desséchera, il perdra la vie de la grâce (…).
Tu produiras alors des fruits abondants, parce que tu participeras à la sève de cette vigne. En demeurant dans le Verbe, tu demeures en moi, car je suis un avec lui, et lui avec moi. Si tu demeures en lui, tu écouteras ses enseignements ; en écoutant ses enseignements, tu participeras à la substance du Verbe, c’est-à-dire à la divinité éternelle unie à l’humanité. Tu puiseras alors dans ce Verbe un amour divin où l’âme s’enivre, car tu participeras à la substance de la vigne.
Sais-tu comment je me comporte avec mes serviteurs lorsqu’ils sont dociles à suivre les enseignements du Verbe d’amour ? Je les nettoie pour qu’ils donnent des fruits abondants et savoureux, et non pas des fruits sauvages. Moi, le vrai vigneron, je fais comme l’ouvrier qui dispose le bon sarment laissé sur la vigne afin qu’il produise à souhait un vin généreux. » *

* Catherine de Sienne « Oraisons » (traduction non identifiée)