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Reprendre souffle

lundi 20 juillet 2009, par Bernard Brajat

Homélie du 16ème dimanche dans l’année B – 19/07/2009 – églises de Saint-Barthélémy, du Sacré-CÅ“ur de Cabessut et Cathédrale de Cahors : « Il fut saisi de pitié envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors il se mit àles instruire longuement  »

Il en est de certains peuples comme de certaines gens : ils laissent l’impression qu’on ne s’est jamais vraiment occupé d’eux. Ils donnent à croire – et c’est vrai la plupart du temps – que personne ne les a regardés pour eux-mêmes. Nous pourrions dire la même chose de certains quartiers où les jeunes sont livrés à eux-mêmes, de certaines campagnes qu’on laisse mourir à petit feu…

Visiblement le problème n’est pas d’aujourd’hui : celles et ceux qui passent à côté de la croissance, de la réussite scolaire, du développement culturel ou de l’intégration n’intéressent personne. Ils entrent dans la catégorie incompressible des « oubliés de la vie » ! Lorsque cette situation érode gravement la cohésion sociale, le prophète se lève pour « réparer » autant que faire se peut les dégâts (c’est-à-dire qu’il livre au peuple une parole pleine d’espérance), non sans avoir au préalable dénoncé l’incurie des responsables politiques, de ceux qu’il appelle les « misérables bergers » (1ère lecture : Jérémie 23,1-6).

Dans ce contexte de crise profonde, le prophète Jérémie va donc délivrer un message d’espérance. Certes la situation est plus que critique… Il ne faut pas se voiler les yeux car il serait difficile de ne pas voir la ville de Jérusalem démolie, le Temple rasé et le peuple déporté parmi les nations. Les chefs ont-ils été vraiment nuls ? Tout le laisse penser… Alors, le vrai Berger, le Dieu d’Israël va s’occuper d’eux, et c’est lui qui les rassemblera par l’intermédiaire d’un roi, fort différent des inconscients qui ont mené le peuple à sa perte. Le psaume 22 que nous chantions aujourd’hui le décrit comme un berger qui prend un soin particulier pour son troupeau.

Ce roi – messie prendra pour nous les traits de Jésus. Nous reconnaissons dans Jésus le bon pasteur attendu. Il a envoyé les Douze en Mission. Aujourd’hui ils viennent rendre compte : que n’ont-ils pas accomplis de prodigieux en son nom ? Et les paroles qu’ils prononçaient : n’étaient-elles pas celles que leur avait livrées le Maître ? Novatrices pour l’Avenir, porteuses d’espérance… Et les foules sont toujours présentes, affamées de vivre mieux et autrement leurs relations avec Dieu et les autres. Visiblement dans ce que laisse entendre Saint-Marc, il y a eu un certain succès pour Jésus et son équipe lors de cette première Mission !

Nous aussi connaissons – frères et sœurs – le temps du repos, de la détente, d’un certain retrait « à l’écart ». Faut-il voir dans ce passage d’Evangile l’institution chrétienne des vacances ? Le « milieu originel » de l’Evangile ignore les congés payés et les vacances… Mais Jésus connaît la nécessité d’une reprise de souffle. Lui-même s’isolait dans la montagne pour prier. Nous pouvons en tirer une conséquence pour nous : ne jamais mépriser notre condition humaine… Nous devons apprendre à respecter les exigences de notre corps, les limites de notre système nerveux, de nos « résistances »… Dans le contexte stressant où nous évoluons, ce n’est pas un luxe de se réserver du temps pour soi, pour se reposer : c’est une nécessité impérieuse puisque la qualité de notre vie spirituelle elle-même en dépend ; mais également en dépend notre disponibilité, notre capacité d’écoute et d’attention aux autres. Ici, l’équipe n’a pas le temps de trouver un endroit désert que, déjà, les gens sont là, venus de toute part !

Jésus est littéralement bouleversé, ému jusqu’aux entrailles par la foule qui le presse ! Comme Jérémie, il fait le constat de l’abandon de ses contemporains par les responsables religieux et par les « politiques » de l’époque : « Ils étaient comme des brebis sans berger ». Le texte de Marc termine en disant qu’il « se mit à les instruire longuement » : c’est justement parce que Jésus sait s’arrêter, s’isoler, qu’il devient encore plus disponible aux attentes de cette foule.

Nous, ses disciples, il nous appartient de savoir l’imiter. Comment serions-nous efficaces pour les autres si nous ne savons pas nous arrêter de temps en temps ? Si, par contre, nous savons rompre le rythme lorsque c’est nécessaire, nous aurons plus de réceptivité aux attentes de nos frères, à commencer par nos proches et nos familiers. L’agitation et l’activisme désordonnés n’ont jamais rien produit de bon. L’écoute calme et attentive de l’autre permet au contraire la réalisation de projets communs.

Laissons parler en nous la Parole. Venons nous renouveler à la table de sa Parole et de son pain et nous pourrons témoigner de sa vive espérance pour les femmes et les hommes d’aujourd’hui.

P. Bernard Brajat