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Planter l’Evangile

dimanche 13 juin 2010, par Bernard Brajat

Homélie du 11ème dimanche dans l’année – C – 13/06/2010 : Premières Communions et Baptêmes des enfants de la Paroisse de Cahors, cathédrale Saint-Etienne « Nous le savons bien, ce n’est pas en observant la Loi que l’homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ  »

Il y a vingt cinq ans, une petite fille de mes amis donnait à la catéchiste, qui dialoguait avec son équipe, cette définition de la pécheresse de l’évangile : « c’est une dame qui boit et qui fume des cigares… » ! Depuis la petite fille a grandit, et elle a certainement compris que la mauvaise réputation de cette citadine pécheresse n’était pas forcément liée à un alcoolisme ou à un tabagisme supposés… Il y avait bien autre chose pour qu’elle puisse être qualifiée de pécheresse publique et patentée !

A ne pas s’y tromper cette femme rencontrée par Jésus, alors qu’il est invité en ville, attablé dans le meilleur des mondes est bien ce qu’on appelle une femme de « mauvaise vie ». On l’imagine un peu « allumeuse », la pécheresse, et les rabbins de l’époque conseillaient qu’un Juif pieux et fidèle devait « changer de trottoir » lorsqu’il croisait cette catégorie de femmes. Hé bien, Jésus se laisse toucher. De la même manière qu’il engageait le dialogue avec la Samaritaine, au puits de Jacob ; ou comme il regardait ce matin-là devant le Temple la femme qu’on accusait de flagrant délit d’adultère : s’il n’y avait quelques amitiés féminines solides (les deux sœurs Marthe et Marie) on pourrait penser que Jésus attire les femmes à problème.

Oui, elles ont un problème. Telle la pécheresse aux pieds de Jésus qui s’est invitée chez Simon le pharisien, elles ont toutes en tête et dans le cœur une quête de pardon et de dignité malgré ce qu’elles sont. Elles ont également pour elles d’être reconnaissantes à l’amour de Dieu qui, en Jésus, les rejoint. C’est la petite parabole des deux débiteurs : l’un doit beaucoup plus que l’autre lorsque la dette est remise par le créancier. Des deux, c’est Simon le pharisien qui le constate, c’est celui qui a la plus grosse dette remise qui sera le plus reconnaissant. Et c’est bien la conclusion logique que nous apporte Jésus : « si ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, c’est à cause de son grand amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. »

Ainsi, frères et sœurs, la meilleure manière de planter l’Evangile dans la vie des hommes, c’est bien de passer à l’acte. Aujourd’hui, trente six enfants du Cours Moyen vont communier pour la première fois. Ce qu’ils vont recevoir, le Corps du Seigneur, nous engage à passer aux actes, c’est-à-dire qu’il nous faut sans cesse témoigner de l’amour du Père pour ces enfants. Cet amour se manifeste en Jésus de Nazareth ; d’ailleurs ce n’est pas pour rien si, au début de chaque eucharistie, nous commençons par implorer le Christ. Oui « si tu le veux, tu peux me purifier » disait le lépreux de l’évangile ; ou encore c’est l’aveugle mendiant qui crie sa misère et sa pesanteur de vivre : « Jésus, fils de David, Kyrie éleïson ! ».

Recevoir le corps du Seigneur en communion, c’est ce qui nous aide à devenir un peu mieux disciples. Communier à la vie du ressuscité nous donne de vivre d’une manière nouvelle, pour les autres. Si je reviens encore vingt cinq ans en arrière, le papa de la gamine en question était un militant communiste conséquent. Il était tout à fait respectable dans ses convictions et dans son dévouement pour les autres. Avec quelque suffisance ne disait-il pas que ce qui le révoltait chez nous, les chrétiens : « vous allez à la messe le dimanche et vous vous retrouvez à côté de gens qui profitent de leurs semblables, médisent de leurs voisins, sont autant voleurs et infidèles que le reste des hommes : vous, les chrétiens, vous êtes quand même sacrément hypocrites et pas meilleurs que les autres ! ». Et après l’avoir entendu sur tout ce qu’il pouvait nous reprocher, je lui avais dit que c’était justement parce que nous sommes vraiment imparfaits qu’il nous faut nous réunir le dimanche. C’est pour nous une nécessité parce que nous avons besoin que le Seigneur nous montre son amour et nous permette de devenir meilleurs. Et parce qu’il nous est aussi indispensable que sa présence et sa vie envahissent nos esprits et nos corps. Si nous n’avions pas sa présence à partager en communion, nous serions certainement bien pire : celui à qui on fait confiance en pardonnant peut montrer beaucoup de reconnaissance dans sa manière de vivre.

Frères et sœurs, l’amour que nous recevons du Seigneur c’est ce qui nous rend « justes ». Saint-Paul le dit bien : nous ne sommes pas les décideurs du Salut. Nous ne nous sauvons pas par nos œuvres, par nos bonnes actions ! C’est notre attachement au Christ de l’Evangile qui produit en nous des fruits, et qui nous donne ainsi d’être « ajustés » à la volonté du Père. Notre manière d’être attachés les uns aux autres au Christ, c’est de le recevoir vivant en chaque eucharistie. Cette nourriture nourrit notre foi. Nous avons besoin de sa vie dans nos vies pour vivre mieux, nous avons besoin qu’il nous rejoigne tout au long de notre vie. Nous ne pouvons pas nous passer de l’Eucharistie du dimanche : c’est ce qui renouvelle la source de notre espérance et de notre foi. C’est ce que n’avait pas compris ce brave militant communiste de l’époque.

Jésus se laisse toucher par la femme pécheresse. Jésus est bien ce Dieu qui se laisse toucher : en tendant la main vous recevrez pour la première fois le corps de ce Seigneur qui se laisse toucher par les pécheurs que nous sommes. Les Pharisiens de tous les temps – tel Simon chez qui il déjeune aujourd’hui – peuvent bien en être offusqués, rien n’empêchera notre Seigneur de se laisser toucher par les femmes et les hommes, par les pécheurs que nous sommes. Il a voulu vivre en communion avec notre humanité, il veut qu’en touchant son corps, en mangeant son pain, nous devenions ce que nous recevons.

Egalement, au milieu de nous, aujourd’hui, Bertrand et Victor vont être baptisés. La vie de Dieu se manifeste par le sacrement du baptême comme une source qu’il ne faut jamais laisser tarir : nous le savons, bien des attitudes conformistes peuvent amoindrir en nous le dynamisme évangélique. Pour éviter ce risque, c’est toute la communauté des chrétiens qui doit sans cesse se resituer dans l’axe baptismal et eucharistique : pas de vie chrétienne sans lien avec la communauté. Bertrand et Victor, et d’autres jeunes aussi, ont commencé à découvrir le Christ, il appartient à toute la communauté d’accompagner cette vie nouvelle de Dieu. Et Saint-Paul insiste, en partant de son expérience personnelle : « Ma vie aujourd’hui dans la condition humaine, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi. Il n’est pas question pour moi de rejeter la grâce de Dieu. »

Que pour nous aussi, frères et sœurs, il ne soit pas question d’oublier la grâce de Dieu. N’allons pas un jour la rejeter, ni pour nous, ni pour celles et ceux qui nous sont confiés.

P. Bernard Brajat