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Persévérance

dimanche 14 novembre 2010, par Bernard Brajat

Homélie du 33ème dimanche dans l’année C – 14/11/2010 – Cahors : églises du Sacré-CÅ“ur de Cabessut et Saint-Barthélémy « C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie  »

L’incertitude du lendemain hante l’esprit de beaucoup de nos contemporains, nous-mêmes éprouvons la précarité des situations et la fragilité des êtres. Le temps présent laisse peu de perspectives aux jeunes pour leur avenir, et les plus anciens d’entre nous sont assez désarmés devant l’évolution d’un monde qui, pour le moins, nous échappe. Certains pensent trouver l’explication dans un terme proche. D’autres annoncent l’apocalypse comme une conséquence du dérèglement climatique… Et très régulièrement, des « augures », qui font feu de tout bois, annoncent des dates précises pour la fin du monde.

Si vous alliez sur le blog www.211212 vous pourriez lire ceci : « Avant le 21 décembre 2012, il reste 772 jours, 13 heures, 51 minutes, et 32 secondes ensuite ce sera la fin du monde tel que nous le connaissons aujourd’hui »… Encore est-il utile de préciser que les secondes défilent devant vos yeux pour bien vous faire prendre conscience du temps qui passe très vite… Le fameux calendrier maya, que le mouvement New Age s’évertue à entourer d’une aura de mystère, changera de cycle le 21 décembre 2012 ! Alors, des experts américains se sont réunis récemment pour mettre à jour leurs prédictions sur l’activité solaire. Malheureusement, les nouvelles ne sont pas très bonnes pour les vendeurs de catastrophes. Ils se sont trompés, comme s’étaient trompés tous ceux qui avant eux avaient essayé de « dater » la fin.

Les prédicateurs et prédicants millénaristes ne sont pas nés d’hier. A chaque époque charnière de l’histoire humaine ils apparaissent. Au Moyen-Âge en Europe centrale, à la fin du XIX° siècle aux Etats-Unis : un peu partout et à tout moment, ils sont – tels des prophètes de malheurs – prompts à affoler leurs contemporains. Ce faisant, ils démobilisent les hommes et les femmes de leurs engagements dans la société du temps.

D’ailleurs, l’évangile d’aujourd’hui avertit très clairement : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer (…) car beaucoup viendront sous mon nom en disant : (…) « Le moment est proche ». Ne marchez pas derrière eux ! » Et surtout nous dit Jésus : « Ne vous effrayez pas… » Il est normal que des guerres et des soulèvements se produisent dans l’Histoire humaine et ce qui est décrit dans notre passage d’évangile sont des réalités vécues par les disciples, par les premiers chrétiens !

Depuis l’Evangile jusqu’à nous, combien de « guerres », de « soulèvements »… Combien de catastrophes naturelles (tel le tremblement de terre en Haïti) qui ont englouti des milliers de vies, combien de pestes, d’épidémies diverses… Plus proche de Jésus, mais encore une réalité aujourd’hui : combien d’arrestations, de meurtres, de trahisons commises envers les chrétiens ? Et nous pouvons penser à ces chrétiens d’Irak massacrés récemment dans une église pendant une messe dominicale…

Ainsi, ce que l’évangéliste Luc décrit, ce ne sont pas des « prédictions » de malheur, mais des réalités humaines, vécues au long des siècles. Pour les disciples du I° siècle qui ont vu le Temple détruit, ou pour ceux qui apprendront la fin de la nation Juive, ce sera inévitablement la « fin du monde ». Comment en serait-il autrement ? Mais le style littéraire « apocalyptique » qu’il utilise invite à ne pas en rester aux évènements eux-mêmes. Il faut savoir regarder et voir dans ces évènements la présence de Dieu : c’est le but d’une Apocalypse (non, le regard complaisant dans le catastrophisme mais l’invitation à regarder plus loin). Lorsque Jésus en parle c’est toujours un message d’espérance : l’histoire de l’humanité débouchera sur un « mieux-être », une « nouvelle création ».

Le disciple est ainsi appelé à ne pas se résoudre aux malheurs du temps. C’est ainsi que le Concile Vatican II l’a compris dans la Constitution Gaudium et Spes :

« Le Concile exhorte les chrétiens à remplir avec zèle et fidélité leurs tâches terrestres, en se laissant conduire par l’esprit de l’Evangile. Ils s’éloignent de la vérité ceux qui, sachant que nous n’avons point ici-bas de cité permanente, mais que nous marchons vers la cité future, croient pouvoir, pour cela, négliger leurs tâches humaines, sans s’apercevoir que la foi même, compte tenu de la vocation du chacun, leur en fait un devoir plus pressant. »*

Car Jésus nous avertit : « c’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie ». La persévérance comporte une certaine idée de lutte, de combat. Le chrétien est un homme de combat, pas une chiffe molle qui se laisse submerger par les aléas du temps, les caprices de richesse financière, le chacun pour soi. Il relève la tête, se rappelant cette autre parole du Christ : « Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu ».

Alors, frères et sœurs, ayons confiance dans la parole du Christ, dans sa promesse et dans l’avenir : « Le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement ».

P. Bernard Brajat

* Concile Vatican II « Gaudium et spes » (avec joie et espérance) Constitution sur l’Eglise dans le monde de ce temps - Centurion 1966