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Passage

mercredi 4 novembre 2009, par Bernard Brajat

Nous étions réunis hier avec les disciples, autour de Jésus sur la montagne. Nous apprenions de lui que l’Evangile est une invitation au bonheur : c’était le sens des Béatitudes. Nous essayons, nous aussi, de les inscrire au cœur de nos vies. Ce soir, nous nous retrouvons toujours autour du Christ ressuscité pour porter dans la prière les défunts de nos familles ; plus particulièrement celles et ceux que nous aurons conduits cette année à ce qu’il est convenu d’appeler leur « dernière demeure ».

Or, cette demeure, ce « lieu de résidence » est pour nous chrétiens, baptisés dans la mort et la résurrection du Christ, en Dieu. Ainsi en témoigne l’Evangile de Jean : « La volonté de mon Père c’est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite tous au dernier jour. » Evidemment, pour notre époque – particulièrement les plus jeunes – la résurrection paraît être parfois un événement « improbable »… Aussi à la lueur des sagesses orientales, certains ont tendance à le remplacer par une sorte de « réincarnation ».

Mais l’Evangile – et les textes du Nouveau Testament – ne fonctionnent jamais sur ce registre. Jamais, il n’est question d’une sorte « d’éternel retour ». Lorsque Jésus et les Apôtres parlent de vie au-delà de la mort ils parlent de vie « nouvelle » (dont les formes nous échappent), ils se calquent sur la résurrection même du Christ : c’est parce qu’il est ressuscité, vivant, que les disciples pensent pouvoir vivre de sa vie même. « Tout homme qui voit le Fils et croit en lui obtiendra la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour ». Jésus ne précise pas les formes de cette vie nouvelle, de cette résurrection : il nous faut accepter d’avoir foi en ses paroles pour la surprise qu’il peut nous réserver.

Ce que nous savons c’est que désormais notre vie à un sens, une orientation qu’exprime ainsi l’Apôtre Paul dans ce passage de la lettre aux Romains : « Aucun d’entre nous ne vit pour soi-même (c’est une évidence, puisque nos vies sont faites de solidarités qu’il nous est impossible de clore avec la mort), et aucun ne meurt pour soi-même. » L’apôtre donne alors un sens centré sur le Christ lui-même : « si le Christ a connu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants. »

Paul, apôtre, a médité certainement longtemps ce mystère de mort et de résurrection du Seigneur. Mystère de mort et vie inscrit dans l’existence même des croyants unis au Christ. Elle s’origine en Christ lorsqu’il présente aux Juifs leur devenir dans la réalité du corps livré : l’évangile de ce soir est la suite du discours sur le pain de vie où il disait un peu plus haut : « Moi je suis le pain de la vie ». Dans un instant nous recevrons ce pain qui nous fait passer la mort, qui rend chacun de nous « pascal ». Voici ce qu’en disait le grand évêque de Lyon, Saint-Irénée au 2ème siècle :

« Quand ce pain et ce vin reçoivent la parole de Dieu, ils deviennent l’eucharistie, c’est-à-dire le corps et le sang du Christ. De la même façon, quand nous mourons, on met nos corps dans la terre et ils pourrissent. Ces corps, qui ont été nourris par l’Eucharistie, se lèveront au moment fixé. Cela arrivera quand le Christ, la Parole de Dieu, leur donnera de se réveiller de la mort pour la gloire de Dieu le Père. En effet, le Fils donnera la vie pour toujours à ce qui meurt. Et il donnera la vie de Dieu à ce qui pourrit dans la terre. Oui, la puissance de Dieu se montre dans ce qui est faible.

Alors attention ! La vie ne vient pas de nous. C’est pourquoi nous ne devons pas nous gonfler d’orgueil. Nous ne devons pas penser, en oubliant ce que Dieu nous a donné : « Nous sommes plus grands que Dieu. » Au contraire, nous le savons par expérience, Dieu est grand, et c’est lui qui nous donne la vie pour toujours. Ce n’est pas nous. Alors, nous garderons la vérité sur Dieu et nous reconnaîtrons que nous sommes faibles. Nous le saurons : Dieu possède une grande puissance, et nous recevons de lui de grands bienfaits. »*

P. Bernard Brajat

* Irénée de Lyon « Contre les hérésies » Coll. Témoins du Christ V,2 SODEC/AIM