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Nos défunts

mercredi 3 novembre 2010, par Bernard Brajat

Homélie pour l’office des défunts – 02/11/2010 – Cahors, église du Sacré-Cœur

Aujourd’hui, dans chacune de nos familles, ou dans notre entourage, nous avons certainement quelqu’un à qui penser. Il nous arrive, à certains jours… comme ça, d’évoquer le passé : immanquablement il est peuplé de visages familiers ou proches. Nous sommes ainsi qu’il nous est impossible d’évacuer tout souvenir, toute référence à ce qui nous a construit un jour ou l’autre de notre vie. Nos morts partagent souvent nos songes, et nos pensées fugaces révèlent parfois un visage, une attitude. D’une certaine manière nous comprenons Saint-Paul lorsqu’il dit que nous ne vivons pas pour nous-mêmes (2ème lecture : Romains).

Car nous le savons au plus profond de nous-mêmes : des liens secrets nous unissent les uns aux autres, ces liens qui – au moment d’un deuil – nous paraissent se briser, se casser. La vie est fragile, éphémère (et parfois aujourd’hui, elle devient précaire) mais ce sont avec ces personnes mortelles que nous avons bâti notre avenir. Il n’est pas surprenant alors, qu’au moment d’un décès, nous nous sentions autant désarmés.

S’il faut faire son deuil, il est aussi important d’avoir une perspective. Le prophète Isaïe en dégage une : celle d’un banquet, d’un festin. L’humanité est appelée à autre chose qu’au néant. Détruire la mort est un vieux rêve de l’homme. Depuis qu’il a prolongé la vie de manière inconcevable il y a encore un siècle, il pense pouvoir tout vaincre. Mais il y a cette rupture inévitable à laquelle il est de moins en moins préparé. Si nous oublions que nous tenons notre avenir du Seigneur lui-même nous pouvons nous épuiser en fausses espérances. L’avenir ne nous appartient pas, tout comme nos vies et Saint-Paul l’exprime bien : « Dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur ».

Dans l’espérance chrétienne le retour du Seigneur tient une place centrale. La comparaison des serviteurs qui attendent leur maître (évangile de Luc) est là pour nous instruire. A quelles noces le maître a-t-il participé ? Aux siennes : ici sont signifiées les noces de l’Agneau (comme le dira le livre de l’Apocalypse). Elles ont lieu au temps de la Passion, et depuis les disciples attendent son retour. C’est ce que nous signifions en chaque Eucharistie : « Nous rappelons ta mort, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire » (anamnèse).

« Nous devons non seulement croire, mais veiller ; non seulement aimer, mais veiller ; non seulement obéir, mais veiller ; veiller pourquoi ? Pour ce grand événement : la venue du Christ… Qu’est-ce donc que veiller ? Je crois qu’on peut l’expliquer ainsi. Savez-vous ce que c’est d’attendre un ami, d’attendre qu’il vienne, et de le voir tarder ? Savez-vous ce que c’est que d’être dans une compagnie qui vous déplaît, et de désirer que le temps passe et que l’heure sonne où vous pourrez reprendre votre liberté ?
Savez-vous ce que c’est que d’être dans l’anxiété au sujet d’une chose qui peut arriver ou ne pas arriver ; ou d’être dans l’attente de quelque événement qui fait battre vos cœurs quand on vous le rappelle, et auquel vous pensez dès que vous ouvrez les yeux ?
Savez-vous ce que c’est d’avoir un ami au loin, d’attendre de ses nouvelles et de vous demander jour après jour ce qu’il fait en ce moment, et s’il est bien portant ?... Veiller dans l’attente du Christ est un sentiment qui ressemble à ceux-là, autant que des sentiments de ce monde sont capables de figurer ceux d’un autre monde. »*

Ce texte est extrait d’un des sermons du cardinal John Henry Newman, que le pape Benoît XVI a béatifié le mois dernier lors de son voyage pastoral au Royaume Uni.

Nous aussi, nous vivons dans l’attente, et nous l’avons bien compris c’est un sentiment de confiance qu’il nous faut développer en nous.

P. Bernard Brajat

* John Henry Newman « Parochial and Plain Sermons tom IV »