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Le grand chambardement ?

dimanche 15 novembre 2009, par Bernard Brajat

Notre époque est une époque étonnante : en temps réel, toutes les informations du monde nous parviennent sur le Net. Si nous disposons de l’info à tout moment, nous récoltons par la même occasion une masse de données invérifiables. Cependant la plupart de nos contemporains ont perdu le discernement et le sens critique. Alors, il n’est pas étonnant de voir les courants sectaires utiliser les outils de communication pour affirmer n’importe quoi : la description des malheurs du temps venant appuyer leurs croyances dans une fin du monde, imminente !

Certes, l’Evangile d’aujourd’hui n’est pas en retrait d’un certain catastrophisme… Il nous parle de cataclysmes, de destructions, de bouleversements cosmiques. Comment comprendre ces textes que la liturgie nous donne d’entendre chaque année à cette période ? D’abord, Jésus renvoie dos à dos tous les charlatans et tous les prophètes de malheur qui datent la fin du monde : « Quant au jour et à l’heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père. » Alors, autant arrêter immédiatement toutes spéculations.

Certes, l’homme angoissé à la pensée de la destruction de son univers et de ses valeurs religieuses, cherche des sécurités plutôt qu’une certitude. Jésus se donne comme la certitude parce qu’il vient d’auprès du Père et rassemble l’humanité dans un univers renouvelé : c’est pour l’essentiel le message de cet évangile que nous venons d’entendre. Car le langage apocalyptique est bien connu et compréhensible pour les chrétiens du premier siècle. Il l’est un peu moins pour nous. Eux connaissaient le temps de l’épreuve qui ne pouvaient durer éternellement : le Christ devant y mettre un terme.

Mais Jésus est dans la condition humaine et avoue son ignorance sur la question de la fin. Mieux encore, les questions de date, de délai, ne semblent pas le préoccuper plus que ça. Au contraire, il invite le disciple à se détourner des vaines spéculations et de se préparer à son retour en travaillant à ce monde qui passe : il ne joue pas sur la crainte, mais sur la confiance aimante dans la volonté du Père. L’important est de savoir reconnaître les signes les plus humbles du renouveau, le bourgeonnement discret d’un monde qui naît : « Que la comparaison du figuier vous instruise : dès que ses branches deviennent tendres et que sortes les feuilles, vous savez que l’été est proche ».

C’est donc un appel à confiance, à la paix intérieure que nous adresse Jésus. Il a vaincu le Mal en sa source. Et nous, nous percevons encore ses effets. La victoire de Jésus n’est pas encore apparente pour nous qui cheminons en ce temps présent. Nous voyons l’injustice gagner du terrain. Nous voyons la précarité toucher de plus en plus de personnes seules ; et de jeunes enfants ne connaître que la pauvreté. Nous pensions avoir vaincu – au cœur même de nos sociétés occidentales – la misère : elle revient à grands pas. Et la crise aura révélé l’insouciance des nantis et le fossé qui se creuse entre les plus riches et les plus pauvres. Oui, le mal existe. Et c’est à nous, aujourd’hui, avec les bénévoles du Secours Catholique et tant d’autres accaparés par la cause de l’homme, qu’il revient de faire surgir des signes d’espérance.

La victoire définitive de Jésus, c’est la victoire de l’Homme ! Se préparer à la rencontre avec le Christ, c’est déjà se préparer à rencontrer notre humanité avec un regard d’amour, tel que lui, Jésus, l’a regardé. Le Fils de l’Homme a vécu parmi les siens avec passion et compassion : tout l’Homme l’intéresse, c’est le sens de sa venue chez les hommes. Au terme de l’Histoire ce sont bien « les sages » qui « brilleront comme la splendeur du firmament » (1ère lecture : Daniel 12,3), non ceux, qui affolant leurs frères, les auront précipité dans le désespoir ou l’attrait du catastrophisme.

Notre regard – frères et sœurs – doit demeurer lucide sur les évènements du monde : certes, ils peuvent nous remplir d’inquiétude. Non, pour baisser les bras, mais bien pour lutter au cœur de cette humanité en construction. Toute chose est transitoire : les éléments du monde eux-mêmes ; et Dieu transcende l’Histoire, les civilisations et les modes de vie ! Que notre regard soit aiguisé pour un temps d’Espérance.

P. Bernard Brajat