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Epiphanie

dimanche 2 janvier 2011, par Bernard Brajat

L’ Epiphanie, en grec c’est la « manifestation » au sens de « révélation ». Alors que s’ouvre la période des « galettes des rois »… La joie de Noël s’enrichit aujourd’hui d’une signification nouvelle. Certainement, avant de fêter la Nativité du Seigneur le 25 décembre, les chrétiens (en Orient) ont célébré l’Epiphanie dès le III° siècle. Ils commémoraient, ce jour-là, deux épisodes du début de la vie publique de Jésus : son baptême (Luc 3) – que nous célèbrerons dimanche prochain –, et les noces de Cana, ce que Saint-Jean appelle : le « commencement des Signes » (Jean 2).

Ayons ce matin une pensée particulière pour, nos frères, les chrétiens d’Orient, durement éprouvés par les récents attentats dirigés contre les communautés chaldéennes (en octobre en Irak) et Coptes (je parle de ce qui s’est passé hier à Alexandrie où une vingtaine de chrétiens ont été tués et quatre vingt blessés, dans une église) : ils sont victimes de la haine et de la bêtise des fanatiques endoctrinés.

Lorsque les Latins célébrèrent à leur tour l’Epiphanie, ils ajoutèrent un troisième épisode aux deux précédents : « l’adoration des mages », dont nous avons entendu le récit à l’instant (Matthieu 2). Pour nous, Occidentaux, cet épisode évangélique prendra le dessus sur les deux autres puisqu’un Saint-Augustin éclaira le sujet de pas moins de six sermons !

Au VI° siècle nos mages sont « anoblis »… ils deviennent des « rois – mages ». Et c’est au VIII° siècle, Bède le Vénérable qui les décrit comme s’il les avait rencontrés : « le premier – écrit-il – s’appelait Melchior ; c’était un vieillard à cheveux blancs et à la barbe longue ; il offrit de l’or au Seigneur pour reconnaître sa royauté. Le second, Gaspar, jeune encore, imberbe et rouge de peau, lui offrit de l’encens pour reconnaître sa divinité. Quant au troisième, de visage noir et portant également toute sa barbe, il avait nom Balthazar ; il présenta de la myrrhe, sachant que Jésus, Fils de Dieu, était aussi fils de l’homme, et que comme tel il devait mourir pour notre salut ».

Voilà donc pour ce qui est de l’ordre de l’Histoire et de la légende, frères et sœurs. Il faut connaître l’une et l’autre pour que nos esprits et nos cœurs s’ouvrent au sens de cette solennité. Mais le message des textes de la fête d’aujourd’hui est toujours d’actualité. Il parle à nos esprits de deux manières.

• Le Seigneur se manifeste dans la diversité des cultures et des itinéraires. N’oublions pas que lorsque Saint-Matthieu écrit son évangile, vers les années 80, soulignant la manifestation universelle de Jésus, dont les premiers adorateurs sont des mages venus d’Orient, l’Eglise vient alors de tout juste surmonter sa première crise, liée à l’ouverture de sa prédication aux nations païennes. S’ouvrir aux autres, à des mondes différents est nécessaire pour l’avenir de l’Evangile, même si ça doit provoquer des crises au sein de la communauté !
C’était déjà le même message déstabilisateur et quelque peu ironique – comme celui de l’évangile de Matthieu – que lançait le prophète Isaïe, et que nous entendions dans la 1ère lecture. Il décrit le peuple Juif, à peine revenu d’exil, occupé à reconstruire la Cité Sainte : c’est le moment qu’il choisit pour leur montre toutes les nations païennes s’ouvrant la lumière du Dieu unique.
Les premiers adorateurs du nouveau-né de Bethléem, les premiers témoins du « Dieu-avec-nous », devenu chair de notre chair, dans l’évangile de Matthieu, sont des étrangers, des païens, premiers d’une foule immense de toute culture et de toute langue !

• Le Seigneur se laisse chercher, mais pour cela il faut le chercher et accepter de se déplacer. Nos mages sont venus d’Orient : leur itinéraire est un périple. Ils découvrent une étoile qui « se lève », ils la suivent, ils partent à l’aventure. Leurs pas incertains les conduisent chez Hérode, ils ne savent plus où aller. Les voilà pris dans les conflits de palais d’un pays qu’ils ne connaissent pas, au milieu des ambitions personnelles d’un tyran et d’enjeux qui les dépassent. Ils cherchent encore l’étoile. Les mages sont une image : ce sont des chercheurs de vérité. Ils nous prouvent une chose : la Foi vivante s’inscrit aussi dans la recherche du vrai. Parce que la recherche de la Vérité est toujours perfectible : c’est ce que nous rappelle le début de la première lettre de Saint-Jean. Lorsqu’ils auront trouvé l’enfant, ils pourront reprendre à leur compte la finalité de toute découverte dans la Foi : « Ce que nous avons contemplé, ce que nous avons entendu, nous vous l’annonçons à vous aussi, pour que, vous aussi vous soyez en communion avec nous. » Sans se lasser ils reprennent leur route, nos mages : ils sont un peu l’image d’hommes et de femmes qui cherchent sans cesse. Et lorsqu’ils sont arrivés au terme de leur recherche, ils déposent tout ce qu’ils sont devant l’enfant de Bethléem.

« Le Seigneur a fait connaître son Salut,
et révélé sa justice au yeux des nations »

Et Saint-Léon le Grand d’éclairer cette phrase tirée de l’Ecriture par ce commentaire :
« Nous savons bien que tout cela s’est réalisé quand une étoile guida les trois mages, appelés de leur lointain pays, pour leur faire connaître et adorer le Roi du ciel et de la terre. Cette étoile nous invite toujours à suivre cet exemple d’obéissance et à nous soumettre, autant que nous le pouvons, à cette grâce qui attire tous les hommes vers le Christ. (…)
Dans cette recherche, vous devez vous entraider afin de parvenir au Royaume de Dieu (…) et d’y resplendir comme des fils de lumière. »*

P. Bernard Brajat

* St Léon le Grand « Homélie pour Noël »