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Dieu sème

lundi 11 juillet 2011, par Bernard Brajat

En commençant son enseignement en paraboles, au bord du lac, Jésus reprend une image classique de la Bible : le Dieu Semeur. Immédiatement, notre première réaction est de savoir à quelle catégorie de terrain nous appartenons : en fait, nous lisons le commentaire de Jésus, avant la parabole elle-même.

En écoutant ce récit de parabole évangélique, nous sommes certainement frappés par le gaspillage du semeur de l’Evangile… Il jette cette semence à tout vent : bord de chemin, sol pierreux, ronces… et quand même au milieu de tout ce fouillis, il y a un peu de bonne terre ! Nous nous interrogeons sur la manière dispendieuse de l’agriculture de l’époque. Au temps de Jésus, les paysans de Palestine ne travaillaient pas la terre selon les méthodes des agriculteurs d’aujourd’hui.

Aujourd’hui n’importe quel agriculteur laboure son champ et sème après. Alors le grain tombe immédiatement dans la profondeur des sillons, dans la bonne terre. Au temps de Jésus, on faisait l’inverse. On semait d’abord le grain à tout vent – comme on dit – et on labourait ensuite… laboure de surface qui devait plus ressembler à un grattage de sol ! Evidemment, il y avait beaucoup de gaspillage. Les grains ne tombaient pas tous dans la bonne terre et les oiseaux avaient le temps de venir en picorer. Le vent emportait sur le chemin et dans les ronces. Pourtant, les paysans espéraient une récolte plus abondante que les grains perdus.

Eh bien, Jésus veut nous faire comprendre que Dieu agit avec nous de la même manière que ces paysans. Il sait qu’il y a, en réalité, des coins de notre cœur et de notre esprit qui sont peu réceptifs à la sa Parole et d’autres qui sont prêts à l’accueillir : pour qu’un message passe, il ne faut pas seulement un bon émetteur, il faut aussi un bon récepteur. Il ne suffit pas que Dieu sème à tout vent, faut-il encore que le message soit reçu et qu’il passe !

A ses disciples qui s’étonnent de l’entendre enseigner en paraboles, Jésus donne une clé. Pour comprendre la Parole de Dieu, il ne suffit pas de lire les textes avec ses yeux ou des les entendre avec ses oreilles. Il faut s’engager de toute sa personne. Jésus va maintenant commenter cette parabole pour ses disciples, donc pour nous aujourd’hui.

Nous avons tous nos soucis et nos occupations (et nos préoccupations) qui nous accaparent. Nous savons bien que nous sommes parfois paresseux spirituellement… et que nous avons vite fait de laisser Dieu de côté ! Que fait alors le Seigneur ? Il continue de semer en abondance, il continue d’aimer, même si, à première vue, c’est du gaspillage. Il sait très bien que sa Parole – un jour – touchera un coin (un recoin) de notre vie où elle pourra se loger et germer, puis donner du fruit. Ce qu’il sait pour nous, rassemblés en son nom, il le sait de tout homme qui n’est pas encore touché par le Christ.

En disant cela, je pense aux parents qui donnent tout leur amour à leurs enfants, mais je pense aussi aux catéchistes qui témoignent de toute leur foi. Et puis, les uns et les autres constatent que pas grand chose ne pousse de cette foi transmise. Un beau jour, ils ne viennent plus à l’église… Dieu ne les intéresse plus, ou si peu ! Et les parents se culpabilisent.

Que faire ? Il faut faire comme Dieu dans cette parabole : continuer à aimer, continuer à les porter dans la prière. Et ne jamais cesser de semer. En sachant que Jésus ne mise pas sur le chemin pierreux ou les ronces, mais sur la bonne terre. Il saura se débrouiller, lui, avec l’Esprit Saint, pour faire porter du fruit malgré les apparences contraires.

Pour terminer notre méditation, je vous livre ce petit texte de Pierre Teilhard de Chardin :
« Par notre collaboration qu’il suscite, le Christ se consomme, atteint sa plénitude, à partir de toute créature. C’est Saint Paul qui nous le dit. Nous nous imaginions peut-être que la Création est depuis longtemps finie. Erreur, elle se poursuit de plus belle, et dans les zones les plus élevées du Monde. « Toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement. » Et c’est à l’achever que nous servons, même par le travail le plus humble de nos mains. Tels sont, en définitive, le sens et le prix de nos actes. (…)
Quoi que nous fassions, nous ramenons à Dieu une parcelle de l’être qu’il désire. Par chacune de nos œuvres, nous travaillons, à apporter au Christ un peu d’achèvement. »

P. Bernard Brajat