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Chercheurs de Dieu !

dimanche 3 janvier 2010, par Bernard Brajat

Dans la nuit de Noël l’évangéliste Saint-Luc nous parlait avec force détails de la naissance de Jésus : la mangeoire des animaux comme berceau, les bergers gardant leurs troupeaux, le nouveau-né emmailloté, la troupe céleste des anges dans nos campagnes… Chez Saint-Matthieu, il y a ce seul court verset que nous entendions à l’instant pour nous parler de la naissance : « Jésus était né à Bethléem, en Judée ». Et c’est tout.

Ce qui semble intéresser notre évangéliste ce sont les étrangers. Des sortes de savants, de chercheurs qui viennent de loin… L’Orient, c’est loin dans l’imaginaire collectif ! Ce sont là les deux éléments importants de cette solennité. Tout le reste – les rois, la galette, les noms qu’on leur a donné et qui symbolisent des âges et des continents – c’est du folklore ! Car l’évangéliste Matthieu écrit pour des chrétiens issus du judaïsme : il relie ce récit à la prophétie d’Isaïe. A en croire Isaïe, ça viendra de partout et ça ne désemplira pas !

Non seulement les exilés seront de retour, mais encore Jérusalem va devenir le lieu de rendez-vous de l’humanité entière. Comme si, en ce début d’année, l’Ecriture nous faisait un clin d’œil pour nous inviter à sortir de nos particularismes, de nos identités nationales étroites et pour regarder notre monde avec les bonnes lunettes. Ainsi les mages symbolisent-ils à eux seuls l’enrichissement d’un peuple en nouveauté d’Alliance ! Une Eglise en bonne santé est une Eglise qui n’a pas peur d’ouvrir ses portes à ceux venus d’ailleurs, comme la communauté de Matthieu du apprendre très vite à s’ouvrir à l’étranger.

J’aime cette fête de l’Epiphanie, non pour son folklore (et les galettes des rois qui n’en finiront pas pendant tout ce mois de janvier…), mais parce qu’elle nous dit un peu plus, de manière plus précise, quel est le plan de Dieu. Il s’interdit de se laisser enfermer dans un peuple, une ethnie, un communautarisme… Il se laisse chercher, reconnaître, adorer par les « lointains de la terre ». Ce qui m’émeut et me plait dans ces mages (pas plus rois que vous et moi) c’est qu’ils sont des « chercheurs de Dieu », et qu’ils ne sont jamais désarmés par leur découverte de Dieu, celle d’un enfant nouveau-né ! Ils pensaient le trouver dans le palais des princes, ils devront faire tout un cheminement intérieur au bout de leur longue route pour réaliser qu’il n’est pas là où ils pensaient le trouver. Quelle belle image – frères et sœurs – du cheminement spirituel. Je vous souhaite, en ce début d’année, de vous laisser désarmer par l’inattendu de Dieu dans vos vies.

Le deuxième souhait de ce début d’année, c’est d’apprendre combien l’autre, le différent, pourra enrichir vos vies. Saint Paul qui revendique sont titre d’ « Apôtre des Nations » saura comment ouvrir l’Evangile au monde païen. Aujourd’hui on dirait qu’il saurait ouvrir l’annonce de la Bonne Nouvelles à celles et ceux qui n’ont pas de culture, ni de passé religieux. Malgré la réticence de quelques chrétiens d’origine juive, attachés à la tradition des Anciens, il franchit le pas sans se poser plus de question parce que le Mystère qu’il doit révéler est trop important, trop éblouissant, pour qu’il reste enfermé dans des concepts et des habitudes religieuses. Dans d’autres passages, que celui des Ephésiens (3,2….6) entendu ce jour en 2ème lecture, l’Apôtre parle avec passion de cet Evangile qu’il est chargé d’annoncer : c’est le Salut de Dieu qui n’est pas pour le seul peuple Juif, mais pour tous les peuples. Paul l’aura découvert depuis sa conversion, son chemin de Damas. Et le contenu même de cet Evangile en sera marqué à tout jamais. Plus rien ne l’arrête : il devient le voyageur infatigable de la Bonne Nouvelle dans tout l’Empire romain. Avec lui, nous pourrions dire : « Il est grand – et même trop grand – le Mystère de la foi » pour le garder pour soi. C’est ce que nous célébrons en chaque eucharistie : à nous de passer aux actes.

Les mages sont une image… Ils adorent ce que leur esprit et leur cœur ont cherché si longtemps. Comme en écho, l’apôtre des Nations vient révéler cet Evangile de Dieu à tous les hommes de bonne volonté. Si les premiers symbolisent la recherche longue et patiente, le second révèle combien le Seigneur peut surprendre de mille manières.

Oui, le salut est universel : il est possible pour tous. Il est réalisable dans la vie de chacune et chacun d’entre vous, comme il l’est pour tous les chercheurs de sens à travers ce vaste monde. Notre Eglise est catholique, c’est-à-dire « universelle » ; autant dire que pour être de partout, elle est de quelque part. Elle est ici à Cahors, elle est aussi en Afrique où notre évêque fait la tournée des trois diocèses qui nous ont prêté des prêtres de chez eux. Autant dire que la Bonne Nouvelle est communication, parole reçue et parole offerte, sans jamais se scléroser dans des formes datées de manière définitive.

La naissance de Jésus en notre monde, c’est aussi sa révélation dans nos histoires d’humanité. Apprenons à vivre la Bonne Nouvelle de Jésus dans la différence des cultures et des Histoires.

P. Bernard Brajat