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Cana

samedi 16 janvier 2010, par Bernard Brajat

La question qui a été posée un instant était de savoir : « qu’est-ce que je sais faire qui peut rendre service à l’ensemble du groupe, à tous ? ». Pour faire comme Saint-Paul : les dons sont variés, mais c’est le même Esprit ! Autrement dit : une Eglise, une communauté, une école, une famille ne peut grandir, croître, qu’avec l’aide des dons de toutes et tous.

A la maison, je peux attendre que tout se fasse tout seul : mais il n’y a pas de miracle puisque le plus souvent ce sera la mère de famille (la maman) qui devra se débrouiller dans l’ombre pour faire marcher la maison. Si elle est malade, les membres de la famille verront immédiatement qu’il manque une âme à la maison et ils se prendront en charge pour suppléer. Ces petites expériences quotidiennes sont en fait salutaires pour la prise de conscience et le progrès de tous : il faut mesurer l’absence de quelqu’un pour comprendre ce qui nous est indispensable.

Ce qui s’applique à la vie familiale, nous pouvons aisément le transposer à la vie de cette autre famille qu’est l’Eglise. C’est une communauté de croyants, mais si ses membres viennent consommer du culte, recevoir sans rien donner en échange, cette communauté va s’appauvrir, et très vite il n’y aura plus rien à venir chercher. A Cana, les invités ne se sont pas inquiétés de savoir qui remplirait les jarres en terre cuite (ou les outres en peau… le texte ne le précise pas…). Tant qu’il y a du vin, on boit… Et comme d’habitude pour masquer le manque on rajoutera de l’eau au fur et à mesure : le résultat ne se fait pas attendre, à la fin du repas ce sera une affreuse piquette qui n’aura plus qu’un rapport très lointain avec du vin… pas très heureux pour des noces dignes de ce nom ! Mais tout le monde le fait : tout le monde sert d’abord le bon vin, et quand il n’y en a plus on se débrouille avec le reste.

Dans ce premier signe de Jésus, ce qui est important c’est qu’il y a ce jour une divine surprise ! Le vin de la fin est meilleur que celui du début. L’évangéliste Jean nous donne une précision : « il y avait là six cuves de pierre pour les ablutions rituelles des Juifs ». Vous savez, ces ablutions abondantes dont Saint-Marc a gardé une trace dans son évangile en disant que tous « les Juifs ne mangent pas sans s’être soigneusement lavé les mains, conformément à la tradition des Anciens, sans s’être aspergés d’eau au retour de la place publique », et bien d’autres pratiques de purification de la vaisselle : çà, c’est la Loi de Moïse. Et Jésus vient apporter beaucoup plus que la Torah traditionnelle.

En venant « accomplir la Loi », Jésus permet à la noce de continuer. La noce va donc recommencer pour la joie de tous, mais les convives vont être invités désormais à participer à la vie du Royaume puisqu’ils bénéficient désormais de la joie de pouvoir côtoyer l’Epoux ! Autrement dit : ce n’est plus la Loi qui est l’objet de la préoccupation spirituelle, c’est la participation au Royaume qu’avec ce commencement des signes il vient inaugurer. Les dons de la grâce sont variés ? Fort bien, alors voyons quels sont les dons que vous mettez au service de cette communauté, la diversité de ces dons pourrait bien nous surprendre… Et ce sont autant d’ingrédients pour réussir le festin royal de l’Epoux.

C’est un risque constant pour toute communauté (pour l’Eglise, aussi) de s’enfermer dans la Loi, dans les règlements ! Jésus nous permet aujourd’hui de dépasser ce risque. Il nous invite à entrer dans le mystère de son union avec lui, pour que nous buvions la joie du Royaume qu’il inaugure en dépassant le régime de la Loi. Cette communion, chacun de nous y participe avec ses capacités, ses dons propres, y apportant sa pierre de construction.

En n’oubliant pas que chaque fois, dans toute initiative vécue en concertation avec les autres, c’est le même Esprit qui agit pour le bien de tous.

P. Bernard Brajat