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Buisson ardent

dimanche 7 mars 2010, par Bernard Brajat

A Corinthe, lorsque Paul écrit à cette communauté, où les membres sont chrétiens de fraîche date, beaucoup ignorent même jusqu’au nom de Moïse. Cependant pour parler et faire comprendre la vie, la mort et la résurrection du Christ, l’Apôtre Paul doit passer par l’histoire d’Israël : « Leur histoire devait servir d’exemple », dit-il.

Les évènements du désert ne sont pas, pour notre Apôtre, que des exemples. Ils préfigurent les réalités que vivent les chrétiens. Au désert ils mettent en doute la parole de Moïse : dans les déserts de nos vies, ne nous arrive-t-il pas de « mettre en doute » jusqu’à la réalité du Salut ? La plupart de nos contemporains se disent croyant dans la mesure où ils pensent bien qu’il « doit y avoir quelque chose au-dessus de nous ». On a une certaine idée de Dieu : beaucoup de nos contemporains sont en fait des « théistes » ! Croient-il pour autant en un Dieu personnel, qui se nomme et se laisse approcher ?

Les faits divers ou les catastrophes naturelles (c’était, par exemple, le week-end dernier sur les côtes de Vendée et de Charente…) nous déconcertent souvent… Alors, le vieux réflexe n’est pas loin de nous faire dire : « Qu’est-ce que nous avons fait au Bon Dieu pour mériter ça ? ». Et c’est ainsi dans l’Evangile lorsqu’on vient rapporter à Jésus deux faits divers : le massacre de Galiléens par Pilate, l’écroulement de la tour de Siloé qui a tué dix-huit personnes… Qu’est-ce qu’ils ont bien pu faire au Bon Dieu pour avoir subi un tel châtiment ?

Le monde est ainsi fait – frères et sœurs – qu’il faille trouver des responsabilités dans les malheurs du temps. Or Jésus ne se prononce pas. Il ne parle pas de châtiment, car tous les hommes sont pécheurs, pas plus ceux qui sont morts lors de ces deux faits divers que le reste de l’humanité. Jésus fait appel à autre chose chez ses contemporains : à la conversion véritable qui tient de l’expérience personnelle que l’on peut faire du « Tout - Autre ». Comme Moïse, dans la rencontre du « buisson ardent » : ce n’est pas un dieu comme un autre, anonyme et plus ou moins lié à un culte utilitaire particulier, celui-ci – ce Dieu-là – l’appelle par son nom. Il s’exprime à la première personne, sans quelque intermédiaire visionnaire. Il se dit proche d’un peuple réduit en esclavage. Voici ce Dieu qui s’intéresse à l’humanité souffrante, qui descend de sa gloire pour délivrer ce peuple et qui agira avec puissance pour lui.

Dieu s’intéresse à cette humanité : en Jésus il confirme sa volonté de Salut. A tous ceux qui voudraient enfermer les hommes dans la fatalité, il annonce la vie possible par delà même les apparences. Or, les apparences sont souvent ce qui tue l’espérance ! On ne voit que les malheurs du temps comme une malédiction prononcée sur la vie des hommes, et Jésus nous invite à élargir notre regard : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez de la même manière ». La présence de Jésus au milieu des hommes est alors comparable au figuier stérile. C’est le moment de la patience de Dieu où il laisse à l’homme pécheur le temps pour se ressaisir et revenir à lui. Le figuier dispose d’un sursis supplémentaire pour porter du fruit.

Il nous revient – frères et sœurs – de porter des fruits d’amour et de compassion. Car le temps du Carême nous décentrant de nous-mêmes nous ouvre au regard de Dieu pour nous porter vers les autres. La conversion est une chance offerte à chacune, chacun d’entre nous pour qu’il entre dans cette terre promise à ceux qui espèrent la libération du péché. Moïse sera envoyé vers le peuple pour l’aider à se lever, à partir à l’aventure.

Notre aventure dans la foi, comme pour la communauté de Corinthe, est d’abord un appel, l’expérience d’une présence et d’un passage : « ces événements – passés – étaient là pour nous servir d’exemple ». En Christ Jésus, il nous est donné de les réaliser : c’est lui notre Pâque, la source de notre vie.

P. Bernard Brajat