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Visitation

dimanche 20 décembre 2009, par Bernard Brajat

Homélie du 4ème dimanche de l’Avent C – 20/12/2009 – église du Sacré-CÅ“ur et Cathédrale Saint-Etienne de Cahors : « Heureuse, celle qui a cru àl’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur  »

Nous voici à quelques jours de Noël : nos esprits et nos cœurs se préparent à la fête, du moins sont-ils, peut-être, déjà préoccupés par la manière dont nous allons nous retrouver en famille, avec nos proches. Accueillir les autres, vivre un temps de chaleur familiale : ce sont bien là des préoccupations dont l’Evangile de ce dimanche témoigne à sa manière. Saint-Luc vient de nous raconter une rencontre entre deux femmes.

C’est une rencontre qui peut nous paraître des plus banales. Ce sont deux femmes enceintes : l’une et l’autre vivent en situation d’attente… Mais combien de femmes de par le monde ne vivent-elles pas dans l’attente d’une naissance ? Seulement, à travers elles deux, ce sont également les relations entre Jésus et le précurseur qui se comprennent et s’établissent déjà. Dimanche dernier l’un s’effaçait devant l’autre : « Il vient celui qui est plus puissant que moi » disait Jean en parlant de Jésus ; au seuil de l’Evangile ils établissent un mouvement à travers la démarche de leurs propres mères. La vie perce, plus puissante que toutes les différences qui opposent une humanité en fin de course (symbolisée par Elisabeth) à la nouveauté de la jeunesse (représentée par Marie).

Pour Jean-Baptiste comme pour Jésus, leur naissance annoncée est un don de Dieu. Ceci est vrai pour chaque enfant. Ainsi l’écrivain libanais, Djubran Khalil Djubran le dit-il très bien :
« Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel à la Vie à elle-même.
Ils viennent à travers vous, mais non de vous.
Et bien qu’il soient avec vous,
Ils ne vous appartiennent pas. » *
Chaque enfant s’origine de manière mystérieuse dans un don qui vient de plus loin que ses propres parents. Nos véritables racines, c’est l’amour créateur du Dieu vivant. Cet amour est de toujours, il n’est pas d’un instant : il se renouvelle à chaque moment de notre vie. Cet amour est toujours en acte de création, tout au long de notre vie. Dieu continue à nous créer, aujourd’hui même !

L’ange vient de révéler à Marie qu’elle serait mère. Mais que l’enfant qui viendrait par elle serait « Fils du Très-Haut ». C’est l’amour créateur de Dieu qui est à l’origine de l’enfant qu’elle porte en elle. Aujourd’hui, elle se met en route pour visiter Elisabeth, sa vieille cousine. Tout au long de son Evangile – tout au long de cette année – Saint-Luc insistera beaucoup sur la marche. La venue de Dieu provoque la mise en route, le déplacement. Ce sera vrai dans quelques jours lors de la nuit de Noël. Ce sera vrai tout au long du voyage de Jésus vers les hommes de son temps… Ainsi, Dieu vient à la rencontre de l’homme. La Parole de Dieu – en Saint-Luc – ne cessera pas de se communiquer comme « Parole de la grâce » !

Chez Elisabeth, la rencontre avec sa jeune cousine provoque un « tressaillement » en elle : à l’approche de Jésus, Jean tressaille. Et grâce à l’Esprit-Saint, cette vieille femme est alors capable de connaître la source d’une telle joie et de l’interpréter : c’est l’avènement des temps nouveaux et la venue du Messie qui en sont la cause. Lorsque nous entendons les paroles d’Elisabeth, nous avons qu’il s’agit d’une confession de foi : elle reconnaît dans l’enfant de Marie, qu’elle ne voit pas encore, le Seigneur qui vient. Elisabeth est alors comme la porte parole de Jean qui ne peut pas encore parler pour confesser que Jésus est bien « Celui qui doit venir », et qu’il devra annoncer.

Il y a une autre dimension dans l’Evangile que nous entendons en ce 4ème dimanche. Elle est donnée par son titre même : la Visitation. Dieu vient visiter son peuple. Plus encore, l’Evangile selon Saint-Jean du jour de Noël le dira : « il est venu demeurer chez les siens » ; il est venu « planter sa tente au milieu de nous ». Cette venue de Dieu en notre humanité est source de joie. Joie que notre humanité n’a pas finie de réaliser, d’approfondir même. Car comment ne pas être heureux de cette Bonne Nouvelle d’un Dieu qui épouse notre humanité comme elle est. Il n’est pas un Dieu lointain : il est le Dieu proche des hommes et chacun, chacune d’entre nous est alors capable d’entrevoir une autre destinée que celle qu’il imaginait perceptible et mortelle.

Le Dieu de Jésus Christ se reconnaît désormais – de manière presque imperceptible et de toute façon, en toute discrétion – dans la transformation du corps d’une jeune femme, dans sa joie profonde à être mère, dans le désir qu’un peuple tout entier exprime au-delà de ses attentes. Oui, « heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles dites de la part du Seigneur » ; car la foi de Marie en la parole de l’Ange, exprimée par son acceptation (son « oui ») est bien pour nous la clé qui permet de nous situer comme l’habitation du Dieu vivant.

Que notre joie soit déjà dans la lueur d’espérance de cette fête de Noël !

P. Bernard Brajat

* Khalil Gibran « Le Prophète »