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Unité

dimanche 16 mai 2010, par Bernard Brajat

Dans le livre des Actes des Apôtres, Etienne avait eu une vision : il contemplait « les cieux ouverts : le Fils de l’homme est debout à la droite de Dieu ». Jean le visionnaire a entendu une voix qui lui disait : « Voici que je viens sans tarder, et que j’apporte avec moi le salaire. » (Apocalypse 22,12). Les expressions de la foi sont diverses dans l’histoire du Salut. Mais d’une manière plus pressante, le livre de l’Apocalypse s’adresse constamment à la conscience du croyant. Son cœur est désormais en éveil : « L’Esprit et l’Epouse disent : « viens ! » Celui qui entend, qu’il dise aussi : « Viens ! » Celui qui a soif, qu’il approche. »

Et le terme du dernier livre du Nouveau Testament reprend encore cet appel pathétique : « Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! » C’est l’appel de la communauté des croyants, c’est l’appel de l’Eglise. C’est ce que nous chantons dans chaque prière eucharistique au moment de l’anamnèse. Ce mot final de l’Ecriture est en fait l’expression d’un immense désir, d’un profond désir. Et la finale des Ecritures s’ouvre sur l’avenir : un recommencement toujours possible.

C’est aujourd’hui, frères et sœurs, que nous continuons à écrire dans nos vies les « Actes des Apôtres », les Actes de la foi. Ils appartiennent à notre histoire, à l’histoire commune des croyants. Depuis que les chrétiens se répètent cet appel incantatoire, « Marana tha : Viens, Seigneur Jésus ! » ils ont essayé de bâtir un nouveau mode de relation. Mais il faut bien reconnaître qu’au fil des siècles l’Eglise a vu s’émousser le désir ardent de son retour… Nous vivons un peu comme si nous construisions notre avenir en pensant en être les maîtres ! On a mis en place, peu à peu, des structures de plus en plus lourdes, et fort complexes à mouvoir.

Cependant, l’Esprit-Saint ne lâche pas prise. Il n’a pas dit son dernier mot. Et il ne cesse de nous redire les derniers mots du Fils au moment où il « passait de ce monde à son Père ». C’est pour nous qu’il a prié, c’est pour nous que l’Esprit intercède. L’unité pour laquelle Jésus a prié n’est jamais un acquis définitif : elle est à construire, à approfondir. Cette unité est celle que le Fils vit avec le Père : unité entre lui et ses disciples. C’est donc le lien d’unité qui est ainsi créé entre Dieu et les hommes. Mais notre évangéliste Jean ne peut parler d’unité sans introduire immédiatement le thème de l’amour, cette condition indispensable pour réaliser l’unité.

L’unité des croyants donne à tous de comprendre le mystère d’amour qui unit le Père et le Fils, et la relation du Christ avec ses disciples : « Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. » L’unité entre les chrétiens n’est donc pas le seul fait d’un bon sentiment. C’est la condition indispensable pour témoigner que le Fils est vraiment la parfaite icône du Père, et que la présence du Fils au milieu de la communauté croyante résulte de l’amour du Père. En vivant parmi les siens, le Christ a manifesté la gloire de Dieu aux hommes, cette gloire qui lui est donnée par amour « avant même la création du monde ». Maintenant cette gloire habite dans la communauté des croyants pour garder « l’amour » dont le Père l’a aimé.

L’unité dans l’amour nous fait appeler le Fils : oui, « Viens, Seigneur Jésus ! ». Par conséquence, en appelant le Fils, c’est sa prière que nous nous approprions lorsque dans le « Notre Père », il nous apprend à dire : « Que ton Règne vienne ! ». L’évangile est bien un appel à entretenir en nous ce désir qui était si fort au cœur des premiers chrétiens. Entretenir ce désir n’est pas une fuite en avant. Mais c’est autant pour nous rappeler que nous n’avons pas à nous enfermer dans le monde présent. Le Christ qui vit au cœur des disciples est bien plus grand que l’esprit du monde.

Au moment où Jésus va quitter les siens – dans ce discours après la Cène que nous rapporte Saint-Jean – il peut se poser la question : que vont-ils devenir ? Il prie longuement pour eux comme pour nous aujourd’hui. Cette prière du Fils pour nous, pour nos communautés, pour notre Eglise est un motif de paix : nous n’avons aucun motif de nous décourager puisqu’il nous a porté, dans sa prière, devant le Père.

Si nous sommes tentés par le « repli identitaire », sa prière pour l’unité nous invite bien à regarder large. Nous ne pouvons nous résoudre à vivre une unité de groupuscule, d’Eglise enfermée dans son Cénacle : Pentecôte nous révèlera autre chose de l’unité profonde pour laquelle le Christ Jésus a prié. Oui, que dès aujourd’hui, l’Esprit vienne mettre en nos cœurs l’amour même dont le Père a aimé le Fils.

P. Bernard Brajat