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Une voie semée d’étoiles

dimanche 4 janvier 2009, par Bernard Brajat

Homélie pour la fête de l’Epiphanie : 4/01/2009 – Cathédrale de Cahors « Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus…  » (Matthieu 2,1-12)

Je suis toujours émerveillé par ce récit de Matthieu, que nous venons d’entendre en cette fête de l’Epiphanie. Non pas autant par l’aboutissement de la pérégrination de ces mages mystérieux que par l’itinéraire imaginaire dont ils furent l’objet au cours de l’Histoire…

J’essaie d’imaginer également ce que serait notre terre le jour où l’humanité aura épuisé les réserves de pétrole… Le retour – peut-être… si nous écoutons certains prophètes de l’écologie – à des modes de transports diversifiés… et certains (pourquoi pas) que nous pensions oubliés, désuets même… Vous savez, par exemple, que les départements Français et la proximité de leurs chefs lieux (le maillage administratif des préfectures et sous-préfectures que nous connaissons encore aujourd’hui) ont été déterminés sur le mode habituel de transport des 18ème et 19ème siècles, à savoir : le temps du voyage à cheval. La rapidité ou la lenteur des déplacements dépend des moyens dont les hommes disposent… N’en doutons pas : nous serions quelque peu frustrés s’il nous fallait prendre le temps des voyages de jadis, en continuant de posséder une information qui s’est développée depuis une trentaine d’années en temps réel, et de plus en plus accessible par le plus grand nombre. Nous aurions alors le loisir de participer à l’info par la toile du « Net » en ne pouvant réaliser le déplacement qu’en temps différé : pour le coup nous risquerions de plonger dans le voyage virtuel !

Combien de temps les « mages » inconnus – désormais nommés Melchior, Gaspard et Balthazar depuis le 7ème siècle, assimilés aux trois continents connus au 15ème et anoblis d’un titre royal on ne sait trop quand… – ont-ils parcouru les routes d’Orient pour venir se prosterner devant « le roi des Juifs » ? Nul ne peut le dire. L’ Evangile ne nous livre aucune précision sur leur origine exacte, ou sur la durée de leur déplacement. Eh puis, cette étoile qui apparaît, disparaît et ré – apparaît n’est-elle pas, pour le coup, un peu trop « virtuelle » ? En tout cas, elle sait entretenir le rêve : au moment où elle apparaît, notre monde ou notre Galaxie aurait déjà disparu : ainsi va l’univers en mouvement, merveilleux et encore inconcevable pour nos intelligences ordinaires ! Mais autrement vont les hommes… à la vitesse du chameau… ou du cheval… ou de la navigation à voile !

Et les étoiles feront toujours rêver les poètes, malgré – ou grâce à – la fugacité de leur apparition dans un beau ciel clair… qu’il soit de Judée ou d’autre part ailleurs. « Naître sous une bonne étoile » l’expression est ainsi restée fixée dans le langage des hommes pour dire qu’une part de notre destinée nous échappe encore… et heureusement ! Le seul tort des hommes de bonne volonté est de s’en remettre à leur bon cœur, d’en trop parler à n’importe qui (tiens, voilà Hérode) et de suivre leurs intuitions sans trop chercher à comprendre le reste du monde.

Les savants d’Israël – prêtres et scribes nous dit l’Evangile – ont déjà la réponse : c’est à Bethléem. Réponse facile, puisque ceux-là n’ont rien cherché mais savent tout – sans se remuer les bottes – par seule consultation des Ecritures… Eux-mêmes et Hérode semblent immobiles dans leurs belles assurances… Tout autre est l’attitude des mages. Eux, ils ont pris la route ; et ils nous révèlent un Dieu en mouvement ! C’est ainsi que guidés par l’étoile, ils accèdent à ce que les seuls yeux du désir peuvent reconnaître : Dieu qui se dit dans un enfant nouveau-né… et qui bouge ! Révélation de Noël : Dieu bouge !

Quel contraste – frères et sœurs – l’enfant de Bethléem vient provoquer ! D’un côté la vérité immuable du Magistère, de l’autre la découverte patiente à travers le mouvement de cheminements contrastés… A Noël quelques bergers nous invitaient à découvrir la présence du Très-Haut au milieu des bergers proscrits et de leurs bêtes, au jour où il se manifeste (au-delà des barrières culturelles) à tous les peuples il bouscule des certitudes dogmatiques réputées immuables ! Mais qu’est-ce que croire ? Et justement ces mages étranges dans la poursuite de cette étoile posent ainsi une question fondamentale : croire, est-ce l’affirmation répétitive du dogme immuable ou la recherche de Dieu qui se vit et se dit au-delà des cultures temporelles et particulières ?

Ecoutons – frères et sœurs – ce court extrait d’un sermon de Saint Léon le Grand pour la fête de l’Epiphanie :
« Une étoile d’un éclat insolite apparut donc à (…) des mages dans le pays d’Orient, étoile plus brillante et plus belle que les autres
et qui attira facilement à elle les yeux et les cœurs de ceux qui la contemplèrent.
On pouvait ainsi comprendre que n’était pas purement gratuit ce que l’on voyait de si insolite.
Celui qui accordait ce signe à ces observateurs du ciel leur en donna donc aussi l’intelligence.
Ce qu’il fit comprendre, il le fit chercher,
et une fois cherché, il se laissa trouver.
Les mages accomplissent donc leur désir
et arrivent sous la conduite de l’étoile auprès de l’Enfant, le Seigneur Jésus-Christ. Dans la chair, ils adorent le Verbe de Dieu,
dans l’enfance la Sagesse,
dans la faiblesse la Toute-puissance,
et dans la vérité d’un homme le Seigneur de majesté.
Et, pour manifester extérieurement le mystère qu’ils croient et comprennent,
ils attestent par des présents ce qu’ils croient dans leur cœur. »*

Ne cessons jamais – à l’image des mages – d’être de vrais chercheurs de Dieu, tout en suivant notre bonne étoile :
Bonne et Sainte Année à chacune et chacun d’entre vous !

P. Bernard Brajat

* Léon le Grand « Sermon pour l’Epiphanie » (Collection Sources Chrétiennes aux éditions du Cerf 1964)