Image de décoration

Accueil > Archives > 1 - Repartir du Christ > Méditations > 1 - Les homélies de M le Curé > Un seul troupeau

Un seul troupeau

vendredi 8 mai 2009, par Bernard Brajat

Homélie du 4ème dimanche de Pâques – 3/05/2009 – église de Saint Barthélémy de Cahors : « Je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent…  »

Il m’arrive – comme à vous, frères et sœurs – de regarder les informations régionales… Quelle ne fut pas ma surprise, mardi soir, de voir que notre Quercy développait – avec le soutien du Conseil Général – une initiative de grande transhumance sur soixante dix kilomètres, de Rocamadour à Belaye. Ainsi les petits troupeaux de divers endroits du Causse se rassembleront les uns aux autres pour devenir un seul grand et beau troupeau.

Au fil de l’entretien télévisuel nous apprenions qu’il s’agissait d’une vaste opération de protection de la nature. Comme chacun le sait, la brebis est efficace pour nettoyer le sol, et éviter ainsi les broussailles dans les endroits escarpés qui, à la saison sèche, pourraient être autant de foyers propices aux incendies.

J’ai pensé aussi, qu’il y avait là tous les bons ingrédients d’une parabole… D’ailleurs, l’Evangile de ce 4ème dimanche de Pâques me confortait dans cette intuition en nous parlant de troupeau, et même d’un « seul troupeau ». Mais qui dit troupeau de brebis, suggère quelque part la présence d’un berger. Et là aussi, il est question d’un « seul berger » ! Une figure connue de nos caussenards… Une figure connue des anciens prophètes d’Israël !

D’ailleurs dans la Bible, les rois, les responsables du peuple sont souvent comparés à des bergers. Tenez, l’un de ces prophètes, nommé Ezéchiel, n’y allait pas par quatre chemins pour décrire la réalité et clamer leur incompétence : « Bergers, malheur aux bergers qui ne prennent soin que d’eux-mêmes ! N’est-ce pas du troupeau que les bergers doivent prendre soin ? (…) Vous n’avez pas fortifié les bêtes chétives, soigné celle qui était malade, pansé celle qui était blessée, ramené la fugitive, recherché celle qui était perdue. Vous les avez traitées avec tyrannie et violence. Elles se sont dispersées, faute de berger, devenant le proie de toutes les bêtes sauvages. Les voilà dispersées. » (Ez 34,2-6). En opposition, le prophète trace le portrait du bon berger, c’est Dieu lui-même qui reste le seul Pasteur de son peuple. Comme il sait en parler de ce berger, le Psaume 22 ! « YHWH mon berger. Je ne manque de rien. Sur de verts pâturages il me fait reposer… Guidé vers les eaux calmes, tu me redonnes des forces… Tu es avec moi… ».

Saint-Jean dans la page d’Evangile que nous entendions il y a quelques instants reprend l’image du berger, du bon pasteur. Il l’applique à Jésus en y ajoutant la connaissance des brebis. En langage biblique la connaissance implique l’amour : ce berger-là se comporte envers ses brebis comme un père ou une mère de famille se comporte envers ses enfants. Il les défend jusqu’au bout, au péril de sa vie. Hé oui : devant le danger, Jésus ne s’est pas dérobé. Il a donné sa vie pour les siens. Il a été jusqu’au bout de lui-même. Et cette relation forte entre Jésus et l’humanité a son fondement dans l’amour pré existant entre le Père et le Fils.

En relisant cette très belle page d’Evangile, nous comprenons que l’amour de Jésus est pour toute l’humanité, sans exception. Cet amour concerne tous les hommes : « J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie : celles-là aussi, il faut que je les conduise ». Me voilà reparti sur l’actualité du jour (presque une parabole disais-je plus haut…) : de tous les coins du Causse, de petits troupeaux se réunissent. Lentement, pendant plusieurs mois, ils vont vivre une lente progression encadrés par des bergers expérimentés. Chaque fois, ces brebis venues d’un peu partout vont continuer à grossir l’unique troupeau traversant des pâturages, encore verts à cette saison.

C’est un peu l’image du peuple de Dieu… Au bout de sa progression vers d’autres terres, après le sol ingrat du Causse, il aura accomplit un travail de protection de la nature. Il aura permis à cette terre de revivre… N’est-ce pas le beau rôle du Peuple de Dieu : protéger la terre des hommes. C’est la vocation du troupeau au milieu de ce vaste monde. Autre image : au bout du voyage – disait le commentateur – il y aura eu la formation d’un nouveau berger… Certainement un jeune, qui sera venu là juste pour voir, et qui aura appris des anciens le savoir faire, comment être attentif à toutes les brebis du troupeau, surtout celles qui disparaissent dans un coin sans qu’on y prenne garde… Car chaque brebis est unique aux yeux de Dieu !

Le bon pasteur, le vrai pasteur, s’il connaît ses brebis est aussi capable de donner sa vie pour ses brebis. En ce dimanche du bon pasteur ce sont deux aspects du service des pasteurs de l’Eglise qui nous sont ainsi exposés sous nos yeux. Loin d’être des personnages inabordables, séparés de leur peuple, les évêques et les prêtres sont appelés à prolonger dans leur vie, par leur manière d’être et d’agir, le regard de Jésus : ainsi chacun pourra prendre conscience – dans ce vaste troupeau – qu’il est unique aux yeux de Dieu, et infiniment aimé.

N’y a-t-il pas là de quoi nourrir notre prière pour nos pasteurs, en ce dimanche des vocations ?

P. Bernard Brajat