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Un pont !

samedi 23 mai 2009, par Bernard Brajat

Homélie pour la fête de l’Ascension – 21/05/2009 – église du Sacré-CÅ“ur et Cathédrale de Cahors « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle àtoute la création.  »

L’ Ascension : voilà un mot qui – pour la majorité de nos contemporains – évoque d’abord, et très certainement, un « pont ». Si l’image désigne quatre jours consécutifs de repos il peut aussi symboliser les liens qui se tissent avec d’autres. L’expression « Faire des ponts » indique bien l’intention de sortir de l’isolement en allant vers les autres, à leur rencontre. C’est l’image d’une communication réussie ! Aujourd’hui, Jésus ressuscité fait un pont entre notre monde matériel et le « milieu » divin.

En Saint-Marc, les dernières phrases de l’évangile font écho aux premiers versets du livre des Actes des Apôtres. Certes, il ne s’agit pas du même évangéliste c’est cependant un vocabulaire identique qui est utilisé dans les deux cas : « Jésus fut enlevé ». Cet « enlèvement » ou cette « élévation » est l’œuvre même de Dieu. Il exalte son Fils qui, lui, pousse les disciples vers leur mission : annoncer la Bonne Nouvelle au monde. La communauté des disciples (que nous appelons « communauté chrétienne ») doit devenir une communauté de Salut.

Dans son action et par ses paroles, la communauté chrétienne doit être conforme à ce qu’elle veut signifier : la vie jamais vaincue, le mal et la mort sont maintenant réduits à rien ! En Jésus, témoin fidèle de l’amour du Père, l’humanité trouve son avenir. Hommes et femmes, devenus créatures nouvelles, peuvent regarder d’un autre œil leur destinée commune. Et l’évangile selon Saint-Marc s’achève sur une note optimiste : par la résurrection et l’élévation du Christ Jésus, un pont est bâti entre l’humanité et Dieu ; c’est désormais le signe de Salut par excellence qui est donné à notre monde. Il nous appartient de l’accueillir. Il nous appartient aussi de le restituer en sachant que le Seigneur « travaille » avec nous.

Le récit du livre des Actes ne dit rien d’autre : nous sommes entrés dans une nouvelle étape. Si Jésus a disparu de nos yeux, il reste bien présent au milieu de la communauté. Il est présent au milieu de toute communauté qui vit de sa Parole et de son Pain, et ne se lasse pas d’affirmer que l’avenir est désormais engagé autrement qu’en espérant une « restauration » du passé. Aux disciples qui demandent si c’est maintenant qu’il va « rétablir la royauté en Israël », Jésus répond d’une certaine manière qu’il y a mieux à faire : devenir témoins « jusqu’aux extrémités de la terre » du jour où l’Esprit aura soufflé sur eux !

De Pâques à l’Ascension quarante jours ont passé. Le temps nécessaire à l’adaptation de la communauté aux réalités nouvelles. En langage biblique, le nombre quarante évoque ce temps indéterminé… Jadis il a fallu quarante ans d’errance dans le désert au peuple d’Israël pour se préparer à entrer sur la Terre promise. Aujourd’hui il faut ce temps à la communauté pour franchir une nouvelle étape. Encore lui faut-il comprendre qu’il ne faut plus béatement « regarder vers le ciel » mais vers la terre des hommes en attendant son retour dans la gloire.

Car c’est aujourd’hui, vers les femmes et les hommes de ce temps, qu’il nous faut – frères et sœurs – bâtir des ponts. L’ Eglise perdrait son temps à vouloir s’entourer d’un mur protecteur. L’ Eglise est faite pour le monde, et pour donner au monde des signes de Salut, non pas pour se réfugier derrière ses appréhensions et ses préjugés ! A Pentecôte, la communauté devra franchir une nouvelle étape à laquelle tout ce temps de Pâques l’aura préparée. Et ce sera déjà une autre Histoire.

Le Christ nous invite donc à partir à la rencontre de l’humanité. Nous sommes invités à partir pour la rencontre de tout l’homme, pour construire ce que l’Apôtre Paul appelle l’homme arrivé en pleine croissance : l’Homme parfait (2ème lecture). Et l’homme parfait c’est le Corps du Christ, dont la construction se poursuit aujourd’hui.

P. Bernard Brajat