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Un commencement d’évangile...

Au 1er siècle de notre ère, "évangile" est une expression commune : les bonnes nouvelles sont nombreuses si nous savons les repérer...

mardi 9 décembre 2008, par Bernard Brajat

Homélie du 2ème dimanche de l’Avent B – 7/12/2008 – églises du Sacré CÅ“ur et de Saint Barthélémy « Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu.  »

Les premiers mots d’un évangile ont une grande importance. L’auteur les choisit très précisément parce qu’il vont exprimer sa marque, son originalité sur l’ensemble de son œuvre ; la première phrase d’un récit, c’est un peu comme la trame directrice de l’ensemble dont nous entendrons des passages toute l’année. Ça mérite que nous nous y attardions quelque peu ce dimanche.

Il s’agit d’une « Bonne Nouvelle » (c’est la traduction du mot « évangile »). Ce n’est pas un genre littéraire particulier, mais un message de bonheur. C’était un terme commun. Ainsi les Grecs l’utilisaient pour la proclamation d’une victoire et le sacrifice qui la célébrait, ou l’intronisation d’un nouveau roi ; les Romains, de leur côté, donnaient comme « évangiles » l’avènement d’un empereur ou les hauts – faits de son règne. Chez les Juifs, puis chez les chrétiens cette Bonne Nouvelle indiquait la manifestation du roi – messie en référence au premier Testament.

Au 1er siècle, dans la communauté chrétienne la victoire commémorée de YHWH, qui arracha le peuple de la terre de servitude pour l’engager sur les chemins de liberté, devient la proclamation du message de Pâques : c’est LA Bonne Nouvelle. Paul, pour le dire en parlant de Jésus mort et ressuscité, s’exclamera : « voilà, c’est mon Evangile ». Pour Marc, dans son prologue, cette Bonne Nouvelle commence.

Au lever de rideau, une voix anonyme s’exprime. Aujourd’hui, en un bref raccourci, elle donne un titre puis une brève présentation de Jean Baptiste et de Jésus à partir des deux baptêmes. Jean appelle ses contemporains à l’essentiel : vivre la conversion (faire un demi tour sur le chemin du mal) pour obtenir la grâce et sa paix. Le baptiste ne fait que reprendre les mots d’Isaïe (40,1-5) : « Préparez à travers le désert le chemin du Seigneur. Tracez dans les terres arides une route aplanie pour notre Dieu… ». Au moment où le prophète s’exprime, il fallait reconstruire partout, refaire un pays dévasté qui avait été laissé à l’abandon après les années d’exil. Grâce à l’édit du roi perse Cyrus en 538 on pourra commencer à envisager un retour ; mais à l’image du monarque qui « vient avec puissance », on préfèrera l’image plus réaliste du berger dont « le bras rassemble les agneaux » : ça colle plus avec la réalité et le désir d’un Salut proche, humainement fiable.

« Toi qui portes l’Evangile (ou la bonne nouvelle), élève la voix avec force » ! Pourquoi donc élever la voix ? D’habitude si on élève la voix c’est qu’on est en colère, ou alors qu’on n’arrive pas à se faire entendre parce qu’il y a trop de bruit. Lui, le prophète, élève la voix parce qu’il est dans le désert. C’est dans le désert des hommes qu’il faut élever la voix pour annoncer l’évangile. C’est là, dans la sécheresse et l’aridité de la vie des hommes, qu’il faut préparer le chemin du Seigneur.

Dimanche dernier, nous étions invités à veiller au cœur de la nuit des hommes. Une fois de plus nous sommes incités au réalisme. Il nous faut d’abord reconnaître et nommer les « territoires » de nos vies qui sont des déserts. Par exemple, il y a un désert paradoxal, celui de la consommation immédiate surtout au moment des fêtes de fin d’année. Et ce matérialisme pratique ne masque-t-il pas un vide de profondeur spirituelle : nous nous accommodons alors de vivre à la surface de nous-mêmes, porte ouverte sur l’indifférence et l’individualisme. C’est bien dans ces déserts concrets que Jean-Baptiste à la suite d’Isaïe nous invite à tracer une route pour notre Dieu.

L’évangile selon Saint-Marc ne raconte rien de la naissance et de la jeunesse de son héros, Jésus de Nazareth. Il retient seulement quelques épisodes de sa vie. Il veut ainsi nous présenter celui qui est « Christ et Fils de Dieu » : le messie selon Marc ne l’est pas à la manière monarchique et son titre de Fils de Dieu ne se dévoilera que progressivement. Ce qui se dévoile de lui aujourd’hui, c’est le Baptiste qui nous le communique : « Lui (leur dit-il), vous baptisera dans l’Esprit Saint ». Lorsque Saint-Jérôme commente ce passage de l’Evangile, voici ce qu’il dit :
« Moi, disait Jean, je vous baptise dans l’eau ; je ne suis qu’un serviteur ; lui, il est le Créateur, il est le Seigneur. Moi, j’offre de l’eau ; je suis une créature, ce que j’offre c’est une créature. Lui qui n’est pas créé, il offre ce qui est incréé. Moi, je vous baptise dans l’eau, je présente ce qui peut se voir ; lui, ce qui ne se voit pas. Moi qui suis visible, je donne une eau visible ; lui, l’Invisible, il donne l’Esprit que personne ne peut voir. »*

Ainsi cette Bonne Nouvelle, cet « Evangile », s’adresse-t-elle à chacun d’entre nous ! Nous recevrons l’Esprit promis si nous nous rendons disponibles à l’Invisible, si nous nous sortons du matérialisme ambiant, de cette frénésie de consommation insensée dans laquelle notre Société s’est enfoncée. L’ Esprit fait vivre ! Ne l’oublions pas à l’approche des fêtes.

P. Bernard Brajat

* Saint-Jérôme « Traité sur l’évangile selon Saint-Marc »