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Un commandement nouveau

dimanche 2 mai 2010, par Bernard Brajat

Aimer ! Voilà un mot usé, tellement il est utilisé à toutes les « sauces ». Même en politique où des hommes et femmes, en défaut d’imagination, l’ont utilisé comme slogan… Aimer : là où l’anglais possède deux verbe, le français n’en a qu’un. Amour : là où le grec le dit de deux ou trois manières, la langue française banalise une réalité fort complexe. Aimer, toujours aimer ! L’amour, toujours l’amour ! Il y a bien une inflation du langage en la matière, et une banalisation toute chrétienne à en parler…

C’est tellement agaçant que certains – même parmi les jeunes – en viennent à souhaiter le retour d’une religion qui dise d’abord les commandements de Dieu et de l’Eglise. Autrefois, au moins, savait-on distinguer le bien du mal… les vertus, des péchés. L’ordre était ainsi défini et l’on respectait la morale ! Maintenant qu’on se met à parler d’amour à tout bout de champ, on risquerait – pour certains catholiques – de tout diluer dans une religion sentimentale.

Mais voilà, l’Evangile d’aujourd’hui parle d’amour sous la forme d’un commandement : « Je vous laisse un commandement nouveau » ! Problème : nous pensons que l’amour est la seule chose qui n’obéisse pas à la commande, parce que dans nos esprits (et nos mentalités) il procède un temps soit peu du « désir » (et ça va du désir de l’autre au désir de bonheur partagé, en passant par le désir d’apporter quelque chose à une communauté donnée, comme à la communauté humaine). Or, entendons-le bien c’est Jésus qui prononce ces mots au cours de son dernier repas. Ils ont valeur de testament spirituel dans l’évangile selon Saint – Jean.

Et lorsque l’heure est grave, Jésus leur parle plus d’une mission que d’un commandement. Aimer, c’est la mission de l’Eglise. Fondamentalement, elle n’en a pas reçue d’autre. Aimer comme il a aimé les siens, c’est indiquer au monde le parfait dessein du Père. Car à cette heure-là il s’adresse à ses frères croyants : « aimez comme je vous ai aimés ». L’amour est ainsi au cœur de l’Evangile et lui donne tout son sens, d’ailleurs les enfants ne s’y trompent pas qui, lorsqu’on leur demande une parole de Jésus qui les a marqués, retiennent le commandement nouveau. Chacun le décline de bien des manières : il n’y a pas de plus grand commandement que celui-ci lié à l’amour de Dieu. Mieux encore : les deux ne font plus qu’un. Dans sa première lettre Saint-Jean est des plus clairs : « Aimons-nous les uns les autres, car l’amour vient de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu. Qui n’aime pas n’a pas découvert Dieu, puisque Dieu est amour. » (1 Jean 4,7-8) ; et peu après Saint-Jean d’insister : « Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur » (1 Jean 4,12).

Aimer, comme il nous a aimé, c’est se « décentrer » de soi. C’est ainsi que nous avons grandi : nous sommes passés de l’enfance, où tout tournait autour de nous, à la découverte du monde qui était autour de nous. Tous les enfants doivent un jour découvrir qu’ils ne sont pas le « centre du monde ». C’est cela passer dans l’âge adulte… mais bien des adultes – il est vrai – restent immatures puisqu’ils ne différencient nullement « leur monde », du « monde » dans lequel ils vivent (et leur désir égoïste, du bonheur partagé). Aimer, c’est apprendre à « vivre avec » et non plus à vivre sur soi, autosuffisant. Aimer c’est dire que le chemin de la destiné humaine n’a de sens que lorsqu’il est partagé. Aimer c’est donner et pardonner, et c’est bien de cet amour-là dont Jésus est mort. C’est le chemin de la glorification du fils de l’homme, alors ce qui représentait la mort devient le signe d’une vie partagée et féconde. Ainsi, s’aimer les uns les autres n’est plus un ordre donné, c’est le chemin qui mène à la vie.

Autant dire que cet amour-là ne se décline pas sur l’air de la romance. Il est exigeant. Il s’engage pour l’autre. Il combat à la transformation de la société. Il ne se résout pas aux injustices et aux compromissions avec les puissants. Cet amour-là n’est pas une vague histoire à l’eau de rose qui voudrait faire passer le christianisme pour la religion des faibles et des esclaves. Car l’amour que nous avons reçu du Christ Jésus nous engage à la transformation de notre monde la plus profonde, la plus déterminée qui soit. Cet amour-là combat l’individualisme ambiant de notre société. Cet amour-là est un amour qui fait grandir pour accéder à la pleine croissance de l’homme nouveau configuré en Christ ressuscité.

Car lorsque les disciples du ressuscité auront aimé cette humanité sans aucun « manœuvre d’investissement », sans assiéger les autres par toutes formes d’ harcèlement, mais simplement pour qu’ils soient plus hommes jusqu’à atteindre Dieu, alors l’humain deviendra ouverture au divin.

P. Bernard Brajat