Image de décoration

Accueil > Archives > 1 - Repartir du Christ > Méditations > 1 - Les homélies de M le Curé > Transmettre

Transmettre

mardi 9 février 2010, par Bernard Brajat

C’est toujours Saint-Paul que nous retrouvons : il rappelle aux chrétiens de Corinthe qu’il leur a annoncé une Bonne Nouvelle. Il ne l’a pas inventé : il leur a transmis ce qu’il a lui même reçu (2ème lecture : 1 Corinthiens 15,1-8). Toute bonne nouvelle est faite pour être reçue et annoncée : il y a assez de mauvaises nouvelles comme ça pour qu’on reste disponibles à accueillir le meilleur !

Cette Bonne Nouvelle va permettre à des hommes et des femmes, à des enfants, des jeunes et des adultes de se mettre en route. Lorsque les premiers disciples, au bord du Lac de Galilée, voient Jésus, ils sont stupéfaits des signes qu’il opère. La Parole qu’il vient d’adresser à Simon est un conseil, plus qu’un ordre : « Avance au large ». Et il semble dire : « si tu veux des résultats, prends des risques » !

Cette Parole nous est transmise, non pour que nous la gardions jalousement pour nous, mais pour qu’elle soit risquée. Simon a obéit au Seigneur, bien qu’il soit revenu bredouille de la pèche nocturne : il montre ainsi qu’il lui fait confiance. Il sait déjà que la parole de Jésus est efficace. Il ne regrettera pas, lui, le pécheur professionnel, de faire confiance à ce Jésus qui n’est certes pas du métier puisqu’il est charpentier de profession.

Les hommes du lac utilisent surtout le filet pour la pèche en eau profonde, muni de poids au bord. Ou encore d’un filet muni d’un poids à un bout et de flottants à l’autre, utilisé surtout pour la pèche en surface ou à partir du rivage. Ont-ils pris le risque d’aller plus loin cette nuit durant ? En tout cas, Jésus leur fait prendre ce risque. Et d’une réalité, le Seigneur va faire un symbole : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras ». C’est une capture que propose Jésus ! Dans un autre évangile, chez Saint-Matthieu (13,47-50) cette capture signifie le rassemblement des hommes en vue du Jugement final.

L’appel est entendu par nos premiers disciples. Ils vont bientôt en parler autour d’eux, et le groupe va s’agrandir. Déjà, il y a foule pour écouter la Parole de Dieu. Les premiers disciples deviendront un jour « Apôtres », c’est-à-dire « envoyés » à la pèche en humanité. Simon-Pierre deviendra même le porte-parole de l’équipe des apôtres, lorsqu’il aura vaincu ses peurs et son a priori. Ainsi Saint-Luc nous montre bien que chacun de nous, une fois pris au filet, est responsable de transmettre ce qu’il reçu.

Comme les anciens prophètes, les pêcheurs qui ont été appelés par le Seigneur quittent tout. Désormais ils suivent Jésus en s’appuyant, certes sur la pêche miraculeuse, mais surtout sur la Parole à transmettre dont ils viennent de faire l’expérience de la puissance.

La puissance de la Parole de Dieu c’est son dynamisme communautaire : elle est vécue dans l’actualité des hommes. C’est pourquoi nous avons besoin de nous réunir pour « lire » l’Evangile, le comprendre en nous aidant des découvertes de chacun, en éclairant nos vies à cette lumière : c’est une lecture vivante. Et elle doit toujours s’enraciner dans la Tradition, c’est-à-dire dans ce que les Apôtres nous ont transmis, et qui prend sa source dans leur proximité avec Jésus.

Cette proximité fut d’abord vécue par les pêcheurs du lac. Saint-Augustin en fait la remarque :

« Pierre était un pêcheur, et aujourd’hui, un orateur mérite une grande louange s’il peut comprendre ce pêcheur. L’apôtre Paul, parlant aux premiers chrétiens, disait : « Considérez votre vocation, frères… Dieu a choisi la faiblesse de ce monde pour confondre les forts, Dieu a choisi les sots de ce monde pour confondre les sages. Il a choisi les hommes méprisés et les misérables, et ce qui n’existe pas comme ce qui existe, pour faire disparaître ce qui existe ». Si le Christ avait commencé par choisir un orateur, l’orateur dirait : « J’ai été choisi à bon droit, à cause de mon éloquence ». S’il avait choisi un sénateur, le sénateur aurait dit : « C’est à cause de ma puissance que j’ai été choisi ». Qu’ils se taisent, ceux-là, qu’ils attendent ; qu’ils se taisent un petit moment ! (…)
Non pas qu’ils soient oubliés ou méprisés ceux qui peuvent se glorifier d’eux-mêmes : mais qu’ils attendent un peu. « Donne-moi, dit le Seigneur, donne-moi ce pêcheur, donne-moi ce pauvre homme, cet ignorant, celui auquel le sénateur ne daigne pas adresser la parole, serait-ce pour acheter un poisson. C’est celui-là, dit-il, donne-le. Lorsque je l’aurai rempli, il sera bien évident que c’est moi qui agis. Je pourrais en faire autant avec un orateur, un sénateur, un empereur ! Il m’arrivera aussi de transformer un sénateur, mais avec un pêcheur, je me manifeste mieux. Le sénateur peut se glorifier de lui-même, l’orateur le peut, l’empereur aussi. Mais un pêcheur ne peut se glorifier que du Christ. Qu’il arrive donc pour enseigner l’indispensable humilité, que le pêcheur vienne en premier ! L’empereur lui-même sera mieux amené par cet homme-là »*.

P. Bernard Brajat

* Saint-Augustin – Sermon 43,6 (traduction privée)