Image de décoration

Accueil > Archives > 1 - Repartir du Christ > Méditations > 1 - Les homélies de M le Curé > "Tous les âges me diront bienheureuse"

"Tous les âges me diront bienheureuse"

samedi 15 août 2009, par Bernard Brajat

Homélie de l’Assomption àla cathédrale de Cahors : 15/08/2009

A y regarder de près, on se dit que la place de la Vierge Marie est assez discrète dans tout le Nouveau Testament. Sa présence est plus souvent évoquée que constante. C’est ainsi à Cana, lors du « commencement des signes » accomplis par Jésus. Une autre fois alors qu’on annonce à Jésus la présence de sa mère et de ses frères c’est pour l’entendre dire : « Ma mère et mes frères : ce sont ceux qui font la volonté de mon Père ». Elle est au pied de la croix à côté du disciple bien-aimé, elle est au Cénacle avec les onze dans l’attente de l’Esprit. Mais elle ne dit rien… ou presque !

Et puis, il y a ce premier chapitre de Saint-Luc : de l’Annonciation à la Visitation, elle parle. Une première fois pour demander à l’Ange une précision : « comment cela se fera-t-il ? » ; une seconde fois lors de sa rencontre avec Elisabeth sa cousine : c’est le chant d’Action de grâce, le Magnificat. L’Evangile de ce jour nous le donnait à ré entendre dans ce contexte tout à fait particulier où Marie dans sa jeunesse, portant l’humanité nouvelle, vient à la rencontre d’un couple de vieux qui n’y croyaient plus !

Donc, peu de choses nous parlent de Marie dans le Nouveau Testament. Cependant, l’Eglise a développé – parfois à l’extrême – sa propre parole sur Marie. Ainsi le dogme de l’Assomption de Marie dans la gloire ne se trouve pas dans le Nouveau Testament. L’Eglise en a-t-elle rajouté ? En fait, elle n’a fait que développer ce que Marie dit elle-même dans son chant d’action de grâce, dans son magnificat : « Désormais, tous les âges me diront bienheureuse » !

Et ce n’est pas un acte d’incroyable orgueil de la part de l’humble servante du Seigneur. Ce chant, que notre évangéliste Luc a composé, exprime déjà la foi de l’Eglise. Il l’a mis sur les lèvres de la Vierge Marie pour dire combien la communauté croyante, dès son origine, a reconnu une place unique à la mère de Jésus. Bienheureuse la Vierge Marie ? Mais c’est exactement la reconnaissance d’Elisabeth sa cousine. Et elle sait de quoi elle parle… Car son mari, le prêtre Zacharie, alors qu’il était de Service au Temple, a eu des doutes au sujet de la naissance de « l’enfant de l’impossible » : il a demandé un signe pour croire. En fait de signe, il n’a pas obtenu celui qu’il souhaitait puisqu’il est devenu muet !

Le prêtre Zacharie avait ainsi oublié une chose essentielle dans toute l’Ecriture : rien n’est impossible à Dieu ! Il est muet et n’a plus rien à dire au peuple. La Parole a désormais désertée le Temple. Le Temple est devenu muet. En ce jour, Marie parle, elle chante son action de grâce, précisément dans la maison du muet… La Parole de Dieu a quitté l’espace sacré du Temple, pour habiter désormais les maisons des hommes : elle a rejoint un lieu profane, là où se déroule la vie des hommes. La Parole, désormais, ne vient plus de la bouche d’un fonctionnaire du sacré mais d’une jeune femme, qui connaît bien l’Ecriture, mais qui sait encore plus la comprendre et l’interpréter. Ainsi Marie est-elle le symbole de la communauté chrétienne, de l’Eglise, chargée de porter la Bonne Nouvelle à cette humanité.

Marie connaît la vraie béatitude qui consiste à « écouter la Parole de Dieu et à la mettre en pratique ». Jésus redira à plusieurs reprises que là aura été la vraie grandeur de sa mère. Alors quand l’Eglise continue de proclamer Marie bienheureuse, elle ne se trompe pas, car elle se met dans ses pas pour écouter la parole de Dieu. Lorsque l’évangéliste Luc met sur les lèvres de Marie, dans la maison d’Elisabeth et de Zacharie, cette louange adressée au Seigneur, sait-elle que son Magnificat sera reprit et chanté par tant de générations chrétiennes ?

Pour terminer, je vous livre ce commentaire du Magnificat, je vous donnerai son auteur après…

« Marie n’énumère pas en détail les bienfaits dont Dieu l’a comblée ; elle les résume d’un mot : « Le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses. » En d’autres termes : tout ce qu’il a daigné accomplir en moi est merveilleux. C’est tout ! Quelle leçon pour nous ! Marie montre en cette circonstance que plus l’âme est recueillie, plus elle est sobre en paroles. Marie sent son incapacité absolue à exprimer avec des mots ses pensées et ses sentiments.
Voilà qui explique l’exceptionnelle richesse de ces quelques phrases jaillies du fond du cœur, si difficiles à pénétrer sauf pour ceux qui ont éprouvé, en partie du moins, des sentiments analogues.
En parlant des « grandes choses » que Dieu a réalisées en elle, Marie fait uniquement allusion à sa Maternité divine. Cette grâce initiale explique toutes les autres faveurs de Dieu, si nombreuses et si sublimes. Elle résume ce qui fait son honneur et sa joie ; elle nous permet de comprendre pourquoi Marie occupe, à la tête de l’humanité, un rang unique et absolument exceptionnel. Qui pourrait l’égaler ? Elle est la mère de Jésus qui a pour Père le Tout-Puissant ! Elle-même ne trouve pas d’expression pour désigner une pareille grâce. Dans les transports de sa ferveur, elle parle simplement « des grandes choses » qu’il est impossible d’expliquer par des mots. Marie est Mère de Dieu : c’est son principal titre de gloire ; il englobe et résume tous les autres. Seule une méditation silencieuse et prolongée peut nous permettre de saisir ce qu’a d’exceptionnel ce privilège de Marie. »*

Ainsi s’exprimait Martin Luther…

P. Bernard Brajat

* Martin Luther « le Magnificat » Ed. Nouvelle Cité 1970