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Tempête

dimanche 21 juin 2009, par Bernard Brajat

Lorsqu’on est embarqué avec des hommes qui ont du métier, on leur fait totalement confiance. Et ces pécheurs connaissent parfaitement la Mer de Galilée… Enfin, une mer : n’exagérons rien ! Le Léman est un lac, il n’en est pas pour autant la mer de Genève ! Tibériade : un lac, un peu capricieux parfois. Les pécheurs du Lac connaissent leur métier et le coin. Jésus – qui a enseigné toute la journée – est fatigué, il s’est endormi confiant dans l’équipe des Apôtres…

A la tombée du jour, il avait décidé de les conduire de l’autre côté du lac. Pas bien large, le lac de Tibériade, mais parfois il y a ces coups de vents qui viennent du Golan, et la petite traversée lacustre peut devenir dangereuse.

Pour Jésus, le Lac ce n’est pas son domaine. La charpente, la menuiserie, la construction d’une maison : ça le connaît. Mais la pèche et les bateaux, ça n’est pas vraiment son affaire ! D’abord, il sait assembler des pièces de bois après les avoir préparées… Il sait aussi assembler (et rassembler) des hommes. C’est lui qui a choisi cette équipe, embarquée avec lui.

De l’autre côté du Lac habitent les païens… Le premier homme que rencontrera le groupe des disciples sera un énergumène qui héberge de nombreux démons, et loge près des tombeaux. Un homme « en esprit impur » nous dira un peu plus loin l’évangile (5,1-3). Près de lui se trouve un troupeau de porcs, animaux impurs par excellence, pour les Juifs… Un monde « infréquentable » ! Passe de l’autre côté, « passe en Macédoine, viens à notre secours » : ce sera l’invitation adressée un jour à l’Apôtre Paul dans une vision restée célèbre (Actes 16,9-10), de changer de Continent, d’aller porter la Bonne Nouvelle ailleurs.

Jésus s’est donc endormi paisiblement sur le coussin, à l’arrière. Il n’en va pas de même pour ses compagnons : c’est la panique à bord lorsque éclate la tempête ! « Nous allons périr, cela ne te fait rien ? ». Ainsi va la barque de l’Eglise : les tempêtes, les coups de vents nous font peur, et lorsque nous sommes insécurisés nous voilà prêt à faire des reproches au Seigneur Jésus… Certes il va commander aux vents, aux éléments déchaînés, mais c’est surtout dans le cœur des disciples qu’il va ramener le calme. Il apaise leur peur, leur peur panique et les invite à l’acte de foi. Il le fait par une question en réponse à la leur : « comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? ». Il voudrait tant les amener ailleurs, produire en eux une totale confiance en sa parole.

Cette scène est un peu à notre adresse : la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Nos vies peuvent parfois se trouver bousculées par des tempêtes, des tornades stupéfiantes. Il y a aussi la barque, frêle embarcation de l’Eglise dans ce temps incertain… Et de fait, Jésus semble bien dormir, être absent. Alors, la question de Jésus vient nous toucher au cœur : serions-nous si peu solide dans notre foi qu’au premier vent fort nous devrions envisager l’abandon du navire ? Jésus semble nous demander une seule chose : quelle place me faites-vous chaque jour de votre vie, quand ça va bien, quand tout est calme ?

Pourquoi avoir peur ? Ecoutons Saint-Augustin :
« Tu es en mer, et c’est la tempête. Il ne te reste qu’à crier : « Seigneur, je me noie ! » Qu’il te tende la main, celui qui sans crainte marche sur les flots : qu’il soulève ta peur, qu’il fixe en lui-même ton assurance, qu’il parle à ton cœur et qu’il te dise : « Pense à ce que j’ai supporté ! Tu as à souffrir d’un mauvais frère, d’un ennemi du dehors ? N’ai-je pas eu les miens ? Au-dehors, ces Juifs qui grinçaient des dents, au-dedans ce disciple qui me trahissait. »
Eh bien c’est vrai, la tempête fait rage. Mais « de la petitesse d’âme et de la tempête » le Christ nous sauve. Ton navire est secoué ? C’est qu’en toi, peut-être le Christ dort. Sur une mer furieuse elle était secouée, la barque où naviguaient les disciples – et cependant le Christ dormait. Vint enfin le moment où ces hommes s’aperçurent qu’ils avaient avec eux le maître et le créateur des vents. Ils s’approchèrent du Christ, ils l’éveillèrent : le Christ commanda aux vents, et il se fit un grand calme.
Ton cœur se trouble à juste titre, si tu as oublié celui en qui tu as cru. Et tu souffres intolérablement si tout ce que le Christ a souffert pour toi reste loin de ton esprit. Si tu ne penses pas au Christ, il dort. Réveille le Christ, fais appel à ta foi. Car le Christ dort en toi si tu as oublié sa passion ; et si tu te souviens de sa passion, en toi le Christ veille. Quand tu auras vu – vu à plein cœur – ce que le Christ a supporté, ne souffriras-tu pas d’un âme égale ? Et avec joie, peut-être, car tu te trouveras, par la souffrance, un peu semblable à ton Roi.
Oui, lorsque ces pensées commenceront à te consoler, à te donner de la joie, c’est alors qu’il se sera réveillé, alors qu’il aura commandé aux vents, alors aussi que se sera fait le calme.
« J’attendais – dit le Psaume – celui qui me sauverait de la petitesse d’âme et de la tempête ».*

P. Bernard Brajat

* Saint Augustin : commentaire sur le Psaume 54,10 (traduction privée)