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Serviteurs

dimanche 27 septembre 2009, par Bernard Brajat

Homélie du 25ème dimanche dans l’année B – 20/09/2009 – àl’occasion de la messe de rentrée àSaint-Barthélémy : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le serviteur  » (Marc 9, 30-37)

Dimanche dernier dans l’Evangile, Jésus s’essayait à un petit sondage d’opinion auprès de ses proches, puis il demandait à ses disciples : « Pour vous qui suis-je ? ». Question essentielle toujours posée au disciple d’aujourd’hui, à chacune et chacun d’entre nous, à laquelle Pierre répondait ce jour-là par la confession de Foi admirable que nous connaissons bien : « Tu es le Messie ». A cette affirmation Jésus faisait suivre la première annonce de la Passion. Tout cela se passait à Césarée-de-Philippe…

Aujourd’hui c’est la deuxième annonce de la Passion et nos disciples n’ont toujours rien compris… Ils n’ont pas compris que son chemin était celui du Serviteur et non pas le Chef en situation de distribuer les places et les prébendes à ses favoris. Leurs préoccupations sont à mille lieues de celles de Jésus : « Quel est le plus grand… quel est celui qui a droit à plus de reconnaissance et d’honneurs ; et même qui aurait le plus de mérites ? ». Depuis qu’il a pris la route de Jérusalem, il a essayé – en vain, semble-t-il – de les préparer à l’épreuve qui vient ; mais cela s’avère compliqué : il faut changer les manières de penser des disciples ! Qu’il est difficile – frères et sœurs – de changer sa façon de penser…

Changer sa manière de penser : déjà l’Evangile de dimanche dernier nous faisait entrevoir une résistance chez le premier d’entre eux qui lui faisait de « vifs reproches ». Ça provoquait cette apostrophe assez dure de Jésus en direction de Pierre : « Passe derrière moi, Satan » ! Pour éviter de se mettre en travers du chemin du Serviteur, il vaut mieux le suivre en acceptant quelque part de partager sa destinée… Aujourd’hui cette deuxième annonce rencontre toujours l’incompréhension. Visiblement entre les Maître et les disciples on ne parle pas le même langage.

Certes, ils marchent derrière Jésus, mais marchent-ils pour autant à sa suite ? Entrent-ils dans une démarche nouvelle ? Lui, se fond déjà dans le personnage du Serviteur. Eux, rêvent de grandeur et des meilleurs places dans le Royaume qui vient. Vraiment, ils faudrait qu’ils se mettent à penser autrement… s’ils veulent suivre... Hé puis, le mieux à faire lorsqu’il y a malaise dans un groupe, n’est-ce pas de faire s’exprimer les membres de l’équipe ? C’est ce qu’il fait : il les invite à exprimer leurs pensées au grand jour. Alors, nous les voyons réagir comme des enfants pris en faute : « ils se taisaient ». Et Jésus use alors d’un procédé dont il a le secret : joignant la parole au geste, il prend un enfant et le place au milieu d’eux. Il place un gamin au milieu d’adultes aux comportements infantiles !

Frères et sœurs, une paroisse n’est certes pas le Royaume des Cieux… Et Jésus n’est plus là, en personne, pour régler nos conflits de préséance… ou satisfaire nos besoins de reconnaissance. Mais en début d’année pastorale il est bon de ré entendre le Christ nous demander l’objet de nos questionnements, de nos ressentiments peut-être… Entendons bien Jésus de l’Evangile dire à chacune et chacun d’entre nous : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le serviteur ». Cette phrase entendue aujourd’hui s’adresse bien également à nous !

Les personnes (laïcs, religieuses, diacres et prêtres) engagées dans la catéchèse, la liturgie, les équipes d’accompagnement des familles en deuil, les préparations au baptême et au mariage… ne doivent pas le faire pour elles-mêmes ou pour ce qu’elles représentent (ou ont pu représenter jadis dans telle ou telle paroisse). Non, si elles le font c’est parce que les communautés chrétiennes ne peuvent se construire que dans le Service mutuel. C’est la charité même du Christ qui est à l’œuvre, et c’est en contemplant le Christ Serviteur que nous devenons aussi serviteurs les uns des autres. Seul, nous dit Jésus, le Service grandit le disciple : « Celui qui veut être le premier, qu’il soit le serviteur de tous ».

Et l’enfant situé au milieu des grands gamins que nous sommes nous renvoie une belle et réaliste image de nous-mêmes : nous ne comptons pour rien puisque « la gloire du monde est transitoire ». Les disciples eux-mêmes ne saisiront la portée de ce geste qu’après sa mort et sa résurrection. C’est en voyant le chemin accomplit par le Serviteur qu’ils comprendront où est leur gloire et leur honneur. Car c’est Jésus qui s’identifie à l’enfant : il symbolise tous les exclus tout comme il s’identifie aux affamés, aux étrangers, à tous ceux qui ne comptent pas assez pour attirer la reconnaissance de leurs contemporains… : « Celui qui accueille un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille ; et celui qui m’accueille ne m’accueille pas moi, mais Celui qui m’a envoyé ». Alors désormais le chemin de rencontre avec Dieu passe par le chemin du Serviteur : ne l’oublions pas si nous voulons parler « évangéliquement » de Dieu !

P. Bernard Brajat