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Semaine sainte

vendredi 22 avril 2011, par Bernard Brajat

Ce dimanche est celui des contrastes. Entre l’évangile entendu en première lecture et le récit de la Passion : est-ce la même foule, les mêmes disciples ? Il est vrai qu’il se dit que ce sont souvent au cœur des évènements que se révèlent les vraies personnalités des hommes ! Ce jour-là, sur les pentes du mont des Oliviers, ils étaient nombreux à se presser autour de Jésus pour crier : « Hosanna au fils de David ! » : c’était une reconnaissance, presque un « sacre » populaire ! Vendredi, cette même foule demandera sa mort : ne dit-on pas que la foule est par nature versatile ? Et ce sera la débandade dans les rangs des disciples, chez les meilleurs d’entre eux…

Alors, aujourd’hui, nous allons nous associer à cette foule qui crie sa joie. Nous l’imaginons en ces heures : enthousiaste, cette foule ! Nous l’avons symboliquement acclamé avec des rameaux, des bouts de branches, mais à travers les lectures de ce jour nous nous sommes acheminés vers ce que Saint-Jean, dans son Evangile, appelle « l’Heure ». Rappelons-nous : c’était à Cana de Galilée, le premier des Signes qu’avait accompli Jésus. Pour ce qui était d’avoir porté soin aux convives, sa contribution avait dépassé toutes les espérances : « ne sert-on pas le bon vin au début de la noce ? », s’était ému le maître des noces…

Auparavant, il s’était tourné vers sa mère : « femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue ! » Aujourd’hui, les lectures nous ont acheminées précisément vers ce que l’évangéliste Jean appelle « l’Heure ». C’est l’épreuve décisive, l’épreuve de la foi que nous a fait revivre le récit de la passion en Saint-Matthieu. L’heure où toutes les images traditionnelles de Dieu vacillent et s’effondrent comme le proclame l’extrait de l’épître aux Philippiens que nous entendions en 2ème lecture : « Il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme tel à son comportement, il s’est abaissé lui-même devenant obéissant jusqu’à mourir, et mourir sur une croix » (Philippiens 2,6-8).

Oui, il est venu le temps des noces de la croix, des noces de l’Agneau ! Et c’est cet événement fondateur de notre foi chrétienne que chaque année nous célébrons. C’est l’histoire d’un drame. C’est l’histoire de notre humanité lorsqu’elle se heurte à ses propres limites, celle qu’on ne veut pas voir lorsqu’elle est en situation d’échec et de souffrance… Tout est dit dans ce récit de la Passion : la solitude la plus extrême de celui qui est au cœur du drame, une fois la foule des grands jours disparue, la Pâque célébrée avec les Douze. Il y aura l’abandon et l’arrestation à Gethsémani… nous connaissons la suite : procès, condamnation, exécution de la sentence !

En écoutant ce récit, chacun de nous pouvait se demander : « Où me serais-je situé en ces jours-là ? » Nous ne sommes pas différents des Apôtres : nous croyons peut-être notre foi solide, à toute épreuve… et nous présentons qu’elle n’est pas encore assez purifiée. Dieu est encore bien souvent uniquement au bout de nos raisonnements, de nos désirs comme il était au bout de leurs espoirs politiques, dans leurs désirs de puissance… Il nous reste quelques jours pour réaliser combien l’amour ne calcule pas : il va jusqu’au bout de la vie, s’il le faut. Et ça, c’est le visage du Christ, le visage du crucifié.

Que cette semaine nous mette en situation humble : si seulement nous pouvions, comme les femmes nous tenir à distance et regarder. Oui, savoir regarder le Fils, le bien-aimé, qui prend notre pain, notre vin, notre humanité pour donner sa vie, pour nous communiquer la vie. En nous communiquant sa vie qu’il nous rende encore plus humains.

P. Bernard Brajat