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Sel de la terre

dimanche 6 février 2011, par Bernard Brajat

Dans la vivante et bouillonnante Eglise de Corinthe il y avait des divisions. Saint-Paul s’évertue à les persuader de rester en accord les uns avec les autres. Parfois il s’emporte : c’est la marque de la passion qu’il a toujours mise à l’annonce de l’Evangile. On lui a rapporté qu’il y a des discordes entre chrétiens. Chacun se réclame d’un parti, d’une obédience, d’une personnalité… Voilà pour le cadre contextuel de son intervention !

Si certains préféraient Apollos à Paul, c’est peut-être que Saint-Paul les laissait « en manque » de « sagesse » et de « discours », ces deux « attributs » de la pensée grecque. Il leur pose seulement une question : « le Christ est-il divisé » ? Est-ce au nom de Paul ou d’Apollos que vous avez été baptisés ? Et l’ Apôtre pouvait-il faire autrement que Dieu ? Lui, Paul, pouvait-il prendre d’autres chemins que la voie tracée par la sagesse de Dieu dans l’événement de la Croix ?

La méthode employée était bien visible dans la « faiblesse » du messager : « C’est craintif et tout tremblant que je suis arrivé chez vous. Mon langage, ma proclamation de l’Evangile, n’avaient rien à voir avec le langage d’une sagesse qui veut convaincre. » (2ème lecture : 2,4). Saint-Paul arrivait alors de Thessalonique, jeune communauté à peine fondée et très exposée, lorsqu’il avait « planté l’Evangile » à Corinthe.

Les voyages apostoliques n’étaient pas pour lui une tournée triomphale, mais un itinéraire plein de risques et d’aléas ; chaque fois il pouvait se demander comment cela tournerait, quel serait le succès de l’Evangile dans cette ville ou dans une autre. Parfois, il devrait s’enfuir devant la persécution.

Si l’envoyé, « l’apôtre », était parti prenant de la proclamation de l’Evangile, le contenu du message portait en lui un risque énorme d’incompréhension. Une folie ! « Je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié. » (2ème lecture : 2,2) Autrement dit, notre Apôtre n’utilise pas un longue marche d’approche pour capter l’intérêt. Il va droit au cœur de l’Evangile. S’il a laissé de côté les « discours persuasifs de la sagesse » c’est bien pour laisser place à « la démonstration faite par la puissance de l’Esprit ». On ne va donc pas remplacer la force de la Croix, ni la lumière de l’Esprit par les artifices du discours humain.

Aujourd’hui comme hier, il n’est pas facile d’annoncer l’Evangile. Car une question centrale reste : pourquoi le Salut nous a-t-il été acquis de cette manière ? Pourquoi a-t-il fallu la Crois, la folie de la Croix ? Dieu ne pouvait-il pas prendre un autre moyen plus « soft » pour nous sauver ? En cela l’Evangile d’aujourd’hui peut nous donner une réponse : « Vous êtes le sel de la terre »… Il y a au moins deux choses que nous pouvons dire au sujet du sel : d’abord, très peu de sel est nécessaire pour donner du goût aux aliments. Un peu de sel donne du goût, trop de sel gâte la nourriture. Et c’est à cet élément, tout comme le levain dans la pâte que Jésus compare le Règne de Dieu. Pour l’Eglise, pour les chrétiens en général, être une présence humble et discrète dans la vie de l’humanité est une situation normale. Toutes les grandes démonstrations voyantes et bruyantes de la présence de l’Eglise comme réalité puissante et influente desservent l’annonce de l’Evangile. Précisément, la deuxième caractéristique du sel est qu’il se dissout dans le reste des aliments et qu’il agit d’une manière imperceptible. Ainsi, fait le sel dans la pâte de l’humanité.

Quant à la lumière du monde nous n’en voyons que les effets : la ville éclairée, l’est par le soleil, et si nous ne pouvons regarder le soleil en face, c’est la blancheur des pierres de la « cité haute » qui reflète la splendeur du soleil. La lumière artificielle d’une lampe n’a pas besoin d’être trop puissante, il suffit qu’elle soit bien placée pour tous ceux de la maison, au bon endroit.

Ainsi, le sens de ces deux petites paraboles évangéliques indique-t-il que les disciples sont des « images » de Dieu. Ils révèlent quelque chose de la présence du Seigneur pour les autres. Les chrétiens ne doivent pas accaparer l’Evangile, ils doivent le refléter. La lumière ne vient pas de nous, mais de Lui ! Et si dans nos vies nous pouvons être « images » de Dieu c’est pour permettre à tout homme d’en être éclairé.

C’est ensemble que nous sommes le sel de la terre et la lumière du monde car aujourd’hui dans l’évangile c’est à l’ensemble des disciples que Jésus s’adresse sur la Montagne. Il y a un temps où la Bonne Nouvelle interpelle le disciple en tant qu’individu : ce sera par exemple l’invitation faite dans un mois pour notre en carême. Et ainsi Jésus s’adressera-t-il à chaque disciple : « Toi quand tu pries… quand tu fais l’aumône… », fais-le sans ostentation, aucune. Aujourd’hui sur la montagne des béatitudes il s’adresse bien au groupe des disciples, à la communauté ecclésiale dans le rapport qu’elle doit avoir au monde.

Que la bienveillance mutuelle qui nous rend semblables à Dieu dépasse les limites de nos communautés, qu’elle s’étende en direction de tout homme de bonne volonté.

P. Bernard Brajat