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S’asseoir, pour devenir disciple

lundi 6 septembre 2010, par Bernard Brajat

Qui peut être disciple du Christ ? En principe, tous sont appelés : « de grandes foules faisaient route avec Jésus. » Beaucoup veulent suivre Jésus. Avant tout, il met les choses au point… Et de la manière la plus claire qui soit : « Si quelqu’un vient vers moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. » Cette radicalité - là nous choque, non qu’elle bouscule notre individualisme récurant, mais bien qu’elle invite l’homme croyant qui veut devenir disciple au fanatisme absolu. Car comment pouvons-nous comprendre qu’une cause – aussi grande et belle soit-elle – puisse surpasser la vie d’un individu. Le disciple serait-il assimilable, d’une certaine manière, à n’importe quel kamikaze ?

Ces paroles dures ont un cadre : elles se situent « sur la route » qui monte vers Jérusalem. Là, il sera mis à mort. Le suivre dès maintenant c’est nécessairement quitter pour le moment ses proches et ses activités. Ensuite, il nous livre deux petites paraboles qui nous parlent du sérieux de l’engagement chrétien dans la durée. Cet engagement est aussi sérieux que de construire une maison pour y habiter, ou d’engager toute une armée dans la bataille.

Jésus met donc les choses au point, peut-être pour ralentir l’enthousiasme des inconscients, mais également pour inviter le disciple à se détacher. Un rabbin contemporain – dans une émission de radio récente – ne disait-il pas que « vivre, c’est apprendre à perdre, à se détacher » ? Jésus ne dit pas autre chose : la seule attitude « prudente », si l’on veut être son disciple, est de se détacher de tout ce qui n’est pas Lui.

En fait, pour être disciple – et le demeurer – il nous demande moins de « trahir » nos solidarités affectives (père, mère, sœurs et frères, parents, conjoint, amis…) que de réaliser combien Dieu nous aime de manière absolue. Or, l’amour lorsqu’il est vécu n’est pas de tout repos. Il suppose bien des tourments. Et la réponse à cet amour divin demande d’y réfléchir à deux fois et de calculer l’état de nos forces. Suis-je capable d’y répondre dans la durée ? Car devenir disciple du Christ Jésus est bien comparable à une construction longue, à une guerre à gagner… De quoi aurions-nous l’air s’il nous fallait renoncer à la maison, à peine les fondations sorties de terre ? Nous apprenons alors que la fidélité dans l’amour ne saurait se contenter de l’instant, de l’immédiat. Elle nécessite la persévérance dans la réponse que nous apportons à l’amour de Dieu pour nous.

Ce qui rend triste le jeune homme riche de l’Evangile, c’est bien d’abord son incapacité à vivre vraiment l’amour que le Christ lui propose. Il doit faire un choix. Il ne peut le faire dans le sens de l’Evangile sans se livrer totalement à l’amour de Dieu. Nous voici dans l’actualité du monde où l’engagement fait peur. On vit sur une impression de bonheur immédiat, impression sensible et affective qui doit procurer un bien être en retour. Notre époque n’accepte plus de persévérer dans le sentiment, de cultiver le désir. Autrui est devenu l’inconnu qu’on doit posséder : c’est le revers d’une société à consommation galopante. La boulimie consumériste masque toujours un malaise plus profond, et nos sociétés en sont la preuve. Comment, dans ces conditions, recevoir l’invitation du Christ à renoncer « à tous ses biens » si l’on veut devenir son disciple ?

Il y a une tension en l’homme, en chacune et chacun d’entre nous. Suivre un idéal oblige souvent à des choix. L’auteur du livre de la Sagesse en a une vive conscience : « Les réflexions des mortels sont mesquines, et nos pensées, chancelantes ». Nous devons bien le constater : nous calculons tout avant de faire un choix, nous pensons avoir tout envisagé, et il nous est difficile d’accepter l’inattendu, la surprise. Ici, l’Evangile nous surprend : il est Sagesse de Dieu et nous permet d’avancer nous aussi par des chemins qui « sont devenus droits » (1ère lecture : Sagesse 9,13-16). Dans les choix que nous avons à faire, dans les réponses qu’il nous faut apporter sur l’orientation de notre vie, rien n’est possible – nous dit le livre de la Sagesse – sans l’Esprit de Dieu qui façonne l’intelligence humaine. Cet Esprit nous permet de prendre le recul nécessaire. Il nous oblige à nous « asseoir » d’abord pour voir si nous disposons des forces indispensables pour affronter la vie, et dans ce cadre savoir quelle réponse nous pourrons donner au Seigneur.

Apprenons à nous confronter à la réalité : c’est la première exigence pour celui qui veut devenir ou demeurer disciple de Jésus. Laissons l’Esprit pacifier nos réponses en nos cœurs. Nous serons alors les plus heureux des hommes.

P. Bernard Brajat