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Revêtir le Christ

lundi 21 juin 2010, par Bernard Brajat

Homélie du 12ème dimanche dans l’année C – 19 & 20/06/2010 – églises de Francoulès et Saint-Barthélémy de Cahors « Vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ  »

Notre monde dresse de nombreuses barrières et la tentation est grande de se réfugier dans une sorte « d’entre – soi » confortable. Partout dans le monde, mais en France aussi, la distance économique s’est accrue ces dernières années entre riches et pauvres : des ghettos se forment qu’ils soient géographiques, urbains, sociaux, culturels ou religieux. Notre société développe les identités fortes de telle ou telle communauté où le caractère ethnique et religieux prend le dessus sur la conscience d’appartenir à une communauté humaine large et diversifiée. Aujourd’hui la part belle est faite à l’individualisme.

Au temps de Jésus, les Juifs pieux disaient cette prière : « Seigneur, je te rends grâce de m’avoir créé Juif et non pas païen, libre et non pas esclave, homme et non pas femme. » Dans le passage de l’épître aux Galates, lu aujourd’hui, Saint-Paul prend le contre – pied d’une telle mentalité : « Il n’y a plus ni Juif ni païen, il n’y a plus esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus. » Pour comprendre le raisonnement de notre Apôtre, il faudrait lire ce qui précède de la lettre aux Galates. Il leur reprochait un peu plus haut de s’être laissés assujettis de nouveau à la Loi (Torah), alors que le Christ leur avait apporté la liberté. Attention : ce n’est pas la Torah elle-même que Paul critiquait mais le rapport à cette Loi qui enferme, classifie, exclue, au lieu de rendre libre.

La foi rassemble. La Loi divise forcément puisqu’elle établit des catégories. L’Eglise est donc bien le lieu où les clivages sont relativisés ; ils sont même appelés à disparaître puisque tous, nous sommes invités à reconnaître le Dieu qui dépasse les options et les principes. Nous, chrétiens, nous formons des assemblées signifiantes : elles ont une portée prophétique au cœur de nos réalités humaines. Elles appellent au dépassement des clivages, des « communautarismes » de toutes sortes. Désormais, la seule identité commune est celle qui nous assimile au Christ. L’apôtre Paul le dit avec force, et nous le répétons lors de chaque baptême : « vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ».

Encore faut-il que nous soyons capables de répondre à la question que Jésus nous pose dans l’Evangile d’aujourd’hui – comme il la posait aux premiers disciples – « Et vous que dites-vous ? Pour vous qui suis-je ? » La confession de l’Apôtre Pierre donne la réponse, mais que pouvait évoquer pour lui le titre de « Messie » qu’il donnait à Jésus ? En rebondissant sur sa réponse, Jésus évoque une figure messianique que Simon-Pierre ne pense pas forcément mettre à l’honneur. Il s’agit du Messie souffrant. Dans les autres évangiles, il est dit que Pierre se mit à faire de « vifs reproches » à Jésus lorsqu’il annonce sa fin tragique. Rien de tel chez Saint-Luc. Notre évangéliste centre son regard et le regard de Pierre sur la passion et la résurrection : pour que le chef des Apôtres « revête » lui-même le Christ, il lui faudra passer par l’épreuve de sa trahison, de son reniement, de ses larmes de repentir. Il faudra qu’il fasse l’expérience du Ressuscité au bord du lac au petit matin, et que celui-ci pose sur lui un regard d’amour et de pardon qui restaure en lui la confiance du Christ. Oui, Pierre aura, lui aussi, « revêtu le Christ » parce que le Christ l’aura revêtu du son amour.

La foi n’est pas un chemin tranquille, paisible et sans question. Ce n’est pas non plus une cause perdue. La foi est un acte d’amour qui nous est donné à vivre chaque jour avec nos sœurs et frères en humanité. Avec eux « nous ne faisons plus qu’un dans le Christ ». Avec eux, nous cherchons sans cesse le visage de Jésus, au-delà des apparences. Voilà la question importante qui nous est posée : « pour vous, qui suis-je ? » A chacun, chacune d’entre nous elle est sans cesse posée. Pour dire qui Il est, « Jésus ne peut s’engager dans un discours, si rigoureux et si objectif soit-il, car Il engagerait du coup ses disciples dans la voie du discours et de l’explication, et Il se réduirait lui-même au rang des êtres qu’on peut définir et décrire, des produits de la nature. Si Jésus ne dit pas d’abord qui Il est, mais commence par le faire dire, ce n’est pas un artifice pédagogique qui mettrait en jeu l’imagination ; c’est qu’Il le fait dire dans les seules conditions possibles, celles de la foi. (…) Tout n’est pas dit dans cette première parole, et Pierre lui-même ne peut savoir encore jusqu’où va le lien qui unit Jésus à son Père, et que seules la mort et la résurrection pourront faire apparaître. »*

A chacun d’entre nous cette question est posée : « pour toi, qui suis-je ? »
Oui, Seigneur, aide-moi à donner une réponse vraie,
Une réponse souvent renouvelée…
Pour cela, attire-moi sans cesse à toi, longuement dans la prière où je pourrai te rejoindre.
Que je sache puiser dans cette rencontre lumière et force pour la route.
Que je laisse l’Esprit-Saint mettre en œuvre dans mon cœur, l’amour que le Père attend de moi.

P. Bernard Brajat

* Jacques Guillet, s.j « Un Dieu qui parle » Desclée de Brouwer 1977