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Restez éveillés et priez

dimanche 29 novembre 2009, par Bernard Brajat

Homélie du 1er dimanche de l’Avent C – 29/11/2009 – Cathédrale de Cahors : « â€¦redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche.  »

Un film récent, prétendument à caractère documentaire, Apocalypse 2012, indique que « les croyances religieuses et les scientifiques convergent singulièrement. De l’avis de tous, 2012 ne sera pas une année comme les autres. » On apprend ainsi que c’est en référence au calendrier maya « dont – je cite – la réputation n’est plus à faire » et qui « s’arrête le 21 décembre 2012 ». Il n’est donc plus question d’envisager les courses de Noël pour 2012 : familles, vous ferez des économes budgétaires pour cette année là ! Et le film en question d’insister sur les autres textes sacrés des grandes religions « en passant par le Y-Ching chinois, les indiens hopis d’Amérique, les hadiths musulmans ou les très controversés codes secrets ( !!!) de la Bible » qui décrivent l’apocalypse et convergent avec les observations des chercheurs, astrophysiciens et vulcanologues réunis !

Bref, dans l’organisation de la frayeur et du catastrophisme, on n’arrête pas le progrès ! Que ce monde doive passer, un jour où l’autre : c’est une évidence ! Si Saint-Luc utilise le langage apocalyptique assez répandu à son époque, il est beaucoup plus obscur pour nos contemporains : pour preuve, les cinéastes qui régulièrement depuis une trentaine d’années utilisent sans discernement les images de la peur. Mais l’évangéliste a un tout autre but : éveiller la conscience sur le sens de l’Histoire humaine. Ainsi, en Dieu l’Histoire trouvera son sens, et le monde suit une direction qui est celle de son accomplissement. Cet accomplissement nous l’appelons – nous, chrétiens – l’avènement définitif du Royaume de Dieu qui ne se fera certes pas sans mal, comme toute naissance.

Alors, évidemment, notre évangéliste commence par faire une description bouleversée du monde qui est en train de finir : signes inquiétants des astres et fracas de la mer, tout y est pour donner raison aux cinéastes à l’imagination prolixe… Certes, il y a des motifs de crainte, de peur, d’incertitude du lendemain : notre monde est en crise, et nous percevons que celle-ci durera plus longtemps que prévue ; les grands de ce monde ne faisant en fait que du raccommodage d’urgence ! Cependant, le Royaume que le Christ Jésus est venu annoncer est tout autre qu’une apocalypse vide de sens, qui ne renvoie à rien sinon à l’absurde, à la négation de l’histoire.

Le croyant n’a pas à fixer son attention sur les bouleversements en tant que tels, mais sur le signe que Dieu nous fait, sur le temps de sa victoire. Et cette victoire, il l’établit d’abord dans nos cœurs comme Saint-Paul se plait à le rappeler à ses Thessaloniciens : « Que le Seigneur vous donne, entre vous et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant, comme celui que nous avons pour vous… Faites de nouveaux progrès, nous vous en prions, frères, nous vous le demandons dans le Seigneur Jésus. » Faire de nouveaux progrès, vivre d’un amour de plus en plus intense : nous voilà invités à ne pas tourner en rond, à avancer toujours plus sur le chemin de l’amour et de l’amitié. C’est cela qui compte pour l’Apôtre Paul.

Car il sait, comme nous savons nous-mêmes, qu’il est plus facile de regarder en arrière. Et c’est le premier danger qui nous guette. Nous entretenons parfois la nostalgie du passé : on regrette le « bon vieux temps » et nous nous lamentons sur les malheurs du temps présent… Plus l’homme prend de l’âge, plus il se remémore les souvenirs de sa jeunesse ! Pourtant, nous ne pouvons pas arrêter le temps et nous sommes pris dans sa course. L’autre danger, c’est d’être préoccupés, presque obsédés par l’avenir. De quoi demain sera-t-il fait ? Le monde sera-t-il encore viable dans dix ans, dans vingt ans ? Que deviendra notre terre ? Y aura-t-il assez de place pour tout le monde ? Le niveau de vie des générations futures sera-t-il maintenu comme aujourd’hui ? Tant de signes nous porteraient à croire que notre humanité a atteint des limites… La réaction chrétienne face à ces incertitudes c’est bien l’Apôtre Paul qui nous l’indique : mettons toute notre énergie à grandir chaque jour un peu plus dans l’amour mutuel.

Sur l’attente du jour où le Christ se manifestera, j’ai redécouvert cette méditation du Père Teilhard de Chardin :

« Historiquement, l’attente d’une Issue pour le Monde n’a jamais cessé de guider, comme un flambeau, les progrès de notre Foi. (…)
Car Noël, qui aurait dû, semble-t-il, inverser nos regards et les concentrer sur le Passé, n’a fait que les reporter plus loin encore en avant. Un instant apparu parmi nous, le Messie ne s’est laissé voir et toucher que pour se perdre, une fois encore, plus lumineux et plus ineffable, dans les profondeurs de l’avenir. Il est venu. Mais maintenant, nous devons l’attendre encore et de nouveau – non pas un petit groupe choisi seulement, mais tous les hommes –, plus que jamais. Le Seigneur Jésus ne viendra vite que si nous l’attendons beaucoup. C’est une accumulation de désirs qui doit faire éclater sa Venue.
La hâte un peu enfantine, jointe à l’erreur de perspective, qui avaient fait croire la première génération chrétienne à un retour imminent du Christ, nous ont laissé déçus, et rendus méfiants. Les résistances du Monde au Bien sont venues déconcerter notre foi au Règne de Dieu. Un certain pessimisme, peut-être, soutenu par une conception outrée de la déchéance originelle, nous a portés à croire que décidément le Monde est mauvais et inguérissable. Alors nous avons laissé baisser le feu dans nos cœurs endormis. (…)
Il faut, coûte que coûte, raviver la flamme. Il faut à tout prix renouveler en nous-mêmes le désir et l’espoir du grand Avènement. Mais où chercher la source de ce rajeunissement ? Avant tout, c’est bien clair, dans un surcroît d’attrait exercé directement par le Christ sur ses membres. – Mais encore ? Dans un surcroît d’intérêt découvert par notre pensée dans la préparation et la consommation de la Fin. Et d’où faire jaillir cet intérêt lui-même ? De la perception d’une connexion plus intime entre le triomphe du Christ et la réussite de l’œuvre que cherche à édifier ici-bas l’effort humain. »*

P. Bernard Brajat

* Pierre Teilhard de Chardin « Le milieu divin » - Le Seuil 1957