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Rester fidèle

dimanche 29 mai 2011, par Bernard Brajat

La fidélité en amitié est quelque chose de rare et de précieux. Ce n’est pas à des collégiens, adolescents, que je l’apprendrai. Un ami, c’est quelqu’un à qui on peut confier des secrets, qui se souvient de ce qu’on lui a dit, mais qui vous respecte infiniment pour garder avec une parfaite fidélité ce qu’on lui a dit, ce qu’on lui a confié.

C’est bien ce lien particulier que Jésus veut établir avec ses disciples, avec chacune et chacun d’entre nous. Il le dit lors de cet entretien dramatique qu’il donne à ses disciples, à l’heure où il « passait de ce monde à son Père. » C’est au moment du dernier repas qu’il prend en leur compagnie. Il y exprime son amour pour eux, mais il demande également d’être aimé en retour. Il en va ainsi de toute amitié : elle implique la réciprocité.

Une expression de son amour a été de leur donner des commandements de vie. Et il insiste : « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. » Il ne parle pas seulement du commandement suprême de l’amour qu’il avait exprimé ainsi : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. » (Jean 13,34) mais il parle de tous les commandements qui expriment et concrétisent ce commandement de l’amour.

Pour Jésus – à la différence de nous – il n’y a pas d’opposition entre la Loi et l’amour, entre le commandement et l’amour. L’obéissance aux commandements qu’il nous laisse est une expression d’amour et crée une communauté d’amour entre nous, lui-même et son Père. C’est là une question de confiance : si nous sommes capables de mettre en œuvre ses commandements, nous sommes alors en cohérence avec notre désir de fidélité à sa Parole.

Les gestes et les actes chrétiens que nous accomplissons ne sont jamais banals. Ils ne doivent pas être le fruit des habitudes : l’eucharistie comme le baptême engage nos comportements, nos manières d’être. Ce que nous accomplissons aujourd’hui ne s’origine pas dans quelque rite obscure : ce sont des gestes que les disciples du ressuscité relient à une Histoire, à une rencontre. Ce sont les signes de la Foi : ils nous engagent sur un chemin de fidélité et de cohérence. Le baptême et la première des communions ne servent à rien s’ils n’ont pas l’occasion d’être reformulés sans cesse, vécus de manière nouvelle au long des jours.

Car c’est dans nos quotidiens qu’il nous est possible de découvrir la présence de « l’Esprit de vérité ». Cet Esprit est à l’œuvre de bien des manières. Ainsi, communier à Jésus ressuscité devient une nécessité vitale, non pas une obligation : l’amour commande mais on ne commande pas l’amour ! En imposant les mains à des baptisés, Pierre et les Apôtres leur permettent de « recevoir » le Saint-Esprit (1ère lecture : Actes 8,17) ; autrement dit, un acte formel même s’il est accompli au nom de Jésus ne suffit pas à faire le disciple. Il faut qu’il se laisse « modeler » profondément par l’Esprit. De même, l’action de l’Esprit-Saint est aussi l’attention savoureuse que nous portons à la Parole de Dieu pour qu’elle nourrisse notre foi.

Lorsqu’on aime quelqu’un, on dévore ses paroles : il faut que nous soyons « gourmands » de la Parole de Dieu. Cette Parole nous est livrée, comme le bon grain à la terre, pour qu’en nous-mêmes nous portions du fruit, un fruit abondant, un fruit qui demeure. Cet évangile entendu aujourd’hui nous parle d’incarnation de la Parole en nous, c’est d’une communion profonde dont il est question entre le Père, le Fils et l’Esprit ; entre le Fils, le Père et les disciples se joue une relation particulière. C’est une « habitation » qui s’opère et se réalise par la communion des cœurs.

« Nous devons aujourd’hui expliquer ces paroles du Seigneur : « Si vous demandez quelque chose au Père en mon Nom, il vous l’accordera. » « En mon nom » : par ces mots il faut entendre non pas une manière toute matérielle de nommer le Seigneur, mais le sens véritable de ce nom. Celui qui pense donc au sujet du Christ des choses qui ne conviennent pas au Fils unique de Dieu ne prie pas en son nom, même s’il le nomme matériellement. Celui, au contraire, qui a de lui les sentiments qui conviennent, celui-là prie en son nom et reçoit ce qu’il demande pourvu qu’il ne demande rien de contraire à son salut. Et il reçoit ce qu’il demande au moment opportun. Certaines demandes ne sont pas refusées, mais différées pour un moment plus convenable.
« Demandez et vous recevrez afin que votre joie soit parfaite. » Ce qu’il appelle la joie parfaite n’est pas une joie selon la chair, mais la joie de l’esprit. Elle sera telle lorsque rien ne pourra y être ajouté : ce sera alors la joie parfaite. Nos demandes qui ont trait à cette joie doivent être faites au nom du Christ, si nous comprenons ce qu’est la grâce divine, si nous recherchons vraiment la vie bienheureuse. »*

P. Bernard Brajat

* Saint-Augustin : homélie sur l’Evangile de Saint-Jean (traduction privée)
Augustin d’Hippone né en 354, après sa conversion et son baptême à l’âge de 33 ans fut évêque de cette ville d’Afrique du Nord de 396 à 430. Père de l’Eglise et l’un des principaux penseurs chrétiens.