Image de décoration

Accueil > Archives > 1 - Repartir du Christ > Méditations > 1 - Les homélies de M le Curé > Regarder le ciel

Regarder le ciel

jeudi 13 mai 2010, par Bernard Brajat

Homélie pour la fête de l’Ascension – 13/05/2010 – Cathédrale de Cahors « Tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel.  »

Le ciel : pour chacun de nous, c’est ce que nous voyons au-dessus de nos têtes. Il est bleu à certains jours et gris à d’autres. Sa couleur matinale peut conditionner notre humeur quotidienne. Il est synonyme de cet espace infini qui entoure la terre, où circulent avions et autres objets produits par le génie de l’homme ; puisque de tout temps il a fait rêver les hommes, un jour ils sont parvenus à voler. Sauf à lorsque la technologie se trouve dépendante de la nature – et des poussières volcaniques qui peuvent gripper un réacteur –, ce ciel n’a plus été pour eux un mystère !

Et puis, il y a le « ciel » qui est sensé nous exaucer : par là l’expression courante désigne alors le « milieu divin », insondable et mystérieux… C’est ainsi que Saint-Luc, ou l’auteur de la lettre aux Hébreux, lorsqu’ils nous parlent du « ciel » nous évoquent bien plus cette réalité-là. Mais distançons-nous des récits de l’Ascension chez Saint-Luc (Actes des apôtres et évangile) pour centrer notre regard sur l’extrait de l’épître aux Hébreux entendu ce jour (2ème lecture). Nous entendions bien l’auteur nous dire que « le Christ n’est pas entré dans un sanctuaire construit par les hommes, qui ne peut être qu’une copie du sanctuaire véritable ». Ainsi a-t-il inauguré « une voie nouvelle et vivante » en « pénétrant au-delà du rideau du sanctuaire, c’est-à-dire de sa condition humaine ».

Jadis, le Seigneur habitait de sa présence l’espace du Temple dans ce que l’on appelait le « Saint des Saints ». C’était là l’espace sacré par excellence où seul, le Grand Prêtre pénétrait une fois par an sans risquer de s’attirer les foudres divines. Et voici que désormais, en Jésus, il donne sa présence dans un humain qui ne fait même pas partie, par sa naissance, de la caste sacerdotale. Cet homme-là est habité du divin. Il y a désormais un changement total de perspective puisque Jésus est le seul chemin vers le Père !

Jadis, on devait présenter des « sacrifices » en vue du pardon des péchés. Ils devaient être, sans cesse, renouvelés. Et il y avait pour ça un « personnel » nombreux attaché au Temple de Jérusalem. Un seul grand prêtre, Jésus, est entré une fois pour toute dans le Sanctuaire. Il a réalisé le sacrifice qui n’a pas besoin d’être renouvelé : il a été offert « une fois pour toutes, au temps de l’accomplissement ». Et c’est ainsi qu’au jour de son Ascension il entre une fois pour toutes « dans le sanctuaire véritable ».

L’épître aux Hébreux nous paraît fort complexe, à nous, chrétiens qui vivons en 2010. Nous n’avons plus de rapport immédiat au Temple de Jérusalem. Au moment de quitter les siens, alors qu’il leur livre le sens du baptême qu’ils vont bientôt recevoir, leurs esprits, leurs pensées sont encore obsédés par une question. Les Apôtres la formulent ainsi : « Est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ? ». Leur espérance est immédiate : ils attendent au moins de Jésus qu’il annonce une date. Et nous pouvons comprendre qu’avec l’espérance de restauration messianique, il y aurait également la restauration du Temple et du service sacerdotal.

Mais cette problématique n’intéresse pas Luc, notre évangéliste. Aujourd’hui, le Christ est élevé près du Père. C’est l’expression significative de son exaltation près du Père : il rejoint le monde divin, étrange et mystérieux pour les hommes de toutes les époques. Comment dire alors, qu’échappant à leurs regards, il n’est pas absent des préoccupations de la communauté des disciples ? Simplement, peut-être, parce que l’histoire de l’Alliance n’est pas achevée. Et Jésus ressuscité dévoile aux disciples la prochaine étape : « la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés, à toutes les nations, à commencer par Jérusalem ». Le Salut a pris corps à Jérusalem entre croix et tombeau vide : il ne peut être compris qu’à la lecture des Ecritures. Jérusalem reste comme un signe, mais le Salut sera diffusé et fera éclater les frontières sous la puissance de la « force venue d’en-haut ».

Les mots de la foi indiquent notre désir commun : un ciel nouveau et une terre nouvelle. Car si nos regards sont tournés vers le ciel pour attendre son retour, cette même foi nous renvoie avec réalisme vers le monde duquel nous ne pouvons nous échapper. Ce monde où l’évangile est à vivre s’ouvre devant nous comme une terre à ensemencer des mots de l’espérance pour les hommes qui attendent le Salut : proclamer la Bonne Nouvelle « à toutes les nations, en commençant par Jérusalem ». Institués dans ce rôle de témoins nous n’avons pas de temps à perdre en restant le nez en l’air.

Que notre joie soit profonde en ce jour de l’Ascension et que notre espérance soit forte en ce monde que Dieu construit avec nous.

P. Bernard Brajat