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Redonner vie

mercredi 1er juillet 2009, par Bernard Brajat

Certainement « Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants » (1ère lecture : Sagesse 1,13-15), mais la mort existe bel et bien… Nous la rencontrons, parfois de manière subite, et alors elle nous déconcerte. Dieu, impuissant devant la mort des hommes ? Mais alors, qui est responsable des maladies et des accidents ? Le Sage de l’Ancien Testament aura beau affirmer que « la mort est entrée dans le monde par la jalousie du démon », nous restons insatisfait ! Et nous touchons peut-être du doigt que le drame de l’humain c’est sa naissance plus que sa mort.

Dans les rencontres de Jésus, à l’écoute de l’Evangile de ce dimanche, il y a cette femme qui perd son sang depuis douze ans. Sa vie s’écoule hors d’elle, sa vie l’abandonne. Pour elle, toucher le vêtement (et le vêtement d’un Juif) est signe de reconnaissance dans la puissance de la Parole, source de Salut. Toucher son vêtement, c’est également toucher les petits morceaux de la Torah qui y sont roulés. Ainsi, pour cette femme, Jésus se confond avec le don de la Loi : il est signe d’Alliance. C’est en vivant dans l’Alliance que cette femme peut désormais vivre, elle le sait, elle le manifeste.

Jésus ne s’appartient pas et l’un des signes de ce dépouillement est sa façon de vivre dans le temps, d’employer le temps… Limité dans sont temps et n’en pouvant distraire un moment, Jésus n’est pourtant jamais tendu, bousculé. Pauvre de son temps, il n’en est jamais avare. Un signe habituel de la richesse est d’être , ou de paraître très occupé. Le riche ou celui qui vise à l’être compte les minutes qui lui échappent, comme autant de gains qui s’enfuient. Jésus, lui, ne paraît jamais être impatienté, pressé d’en finir. Il est bien le « pauvre de Dieu ». Signe de sa maîtrise de lui-même, signe surtout de son total dévouement aux autres. Son temps n’est pas plus précieux que celui des malheureux qui l’assiègent ; son temps, en vérité, n’est pas à lui, mais à tous ceux qui ont besoin de lui. L’épisode de la rencontre et de la guérison de l’hémorroïsse est très instructif :

« La femme, malade depuis douze ans, qui, à travers la foule, parvient à toucher le manteau de Jésus, ne songeait, dans sa foi, qu’à la puissance du Seigneur et pensait, dans sa modestie, lui épargner tout dérangement, toute perte de temps. Son raisonnement paraît, en effet, spécialement opportun, à l’instant où le chef de la synagogue, sa petite fille à toute extrémité, suppliait Jésus de se hâter. Or, Jésus, qui tout à l’heure l’avait suivi sur-le-champ, s’arrête maintenant, comme s’il oubliait l’angoisse du père. Mais il ne peut laisser sans un regard de compréhension une foi de cette qualité. Il s’arrête, questionne, veut savoir. Temps perdu en apparence, temps donné à cette femme, temps qu’il récupère, car le temps, comme toute la création, lui appartient, et Jaïre, pour ces minutes perdues, aura fait un pas de plus dans la foi. Ainsi Jésus dispose du temps, mais il en dispose toujours en pauvre, au seul service du Royaume de Dieu ».*

Au début, la fille de Jaïre – elle aussi – sent la vie qui la quitte. Lorsque l’évangéliste reprend son récit, elle est déjà morte. Jésus, comme dans toutes les demandes de guérison, se situe toujours sur le registre de la foi : « Ne crains pas, crois seulement ». Chaque fois que Jésus est en présence d’un être humain, affronté au mystère du mal, il commence par lutter contre ce mal. Il met en œuvre toute la puissance créatrice de Dieu qui l’habite pour faire échec au mal.

La volonté de Dieu qui est « faite sur la terre comme au ciel » ne peut être qu’une volonté de vie et d’amour. Dans le geste qu’il accomplit pour la fille de Jaïre il manifeste la lutte qui s’engage pour la vie. Il nous fait agir comme Jésus et lutter, autant que faire se peut, contre le mal et la souffrance.

Jésus n’agit certes plus de la même manière aujourd’hui qu’à l’époque où il parcourait les routes de Palestine. C’est « dans » et « par » la communauté qu’il agit désormais. Dans la communauté : lorsque nous prenons son corps en nourriture il nous redonne vie. Lorsqu’il s’agit de « redonner vie » à des personnes, il dépend de la communauté de manifester le lien, de redonner confiance, de permettre un re démarrage d’hommes et de femmes qui ont déjà baissé les bras. Autant dire que nous y sommes pour quelque chose dans la manière dont le Christ Jésus pourra redonner vie à nos frères et sœurs en humanité.

P. Bernard Brajat

* Jacques Guillet « Jésus-Christ, hier et aujourd’hui » Desclée de Brouwer 1963