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Rançon

lundi 19 octobre 2009, par Bernard Brajat

Homélie du 29ème dimanche dans l’année B – 18/10/2009 – Cahors : églises de Saint-Bartélémy, Sacré-CÅ“ur de Cabessut et Arcambal : « Celui qui veut être grand sera votre serviteur  »

Les disciples semblent toujours ne rien avoir compris… Et cette incompréhension paraît bien être une constante de l’évangile de Saint-Marc. Dimanche dernier ils étaient « déconcertés » par ce que leur disait Jésus. Rappelez-vous : il leur exposait la difficulté pour l’homme riche d’entrer dans le Royaume de Dieu. Ils ne comprenaient plus rien à Jésus : où voulaient-ils les amener, vers quel Royaume, si les riches eux-mêmes ne pouvaient que très difficilement y parvenir…

Aujourd’hui cette incompréhension se confirme dans la démarche des fils de Zébédée. Pour la 3ème fois, il vient d’annoncer sa Passion, c’est alors que Jacques et Jean en profitent pour intriguer… Ils veulent les meilleures places. Ils le disent clairement à Jésus lorsque celui-ci leur a tendu la perche : « Que voudriez-vous que je fasse pour vous ? ». Rappelez-vous :
• après la 1ère annonce de la Passion, Pierre avait fait de vifs reproches à Jésus pour s’entendre traiter de « Satan » ;
• après la 2ème annonce ils s’étaient disputés de manière infantile pour savoir qui était le plus grand et Jésus leur avait placé un enfant au milieu d’eux pour les mettre d’accord et leur donner un modèle…
• Aujourd’hui deux d’entre eux annoncent clairement la teneur de leurs ambitions. Et lui leur parle encore de Passion : « Le Fils de l’Homme (est venu) (…) pour donner sa vie en rançon pour la multitude. ».

« Rançon ». Ce mot a façonné une mentalité inscrite dans l’inconscient de bien des chrétiens. Dans le dictionnaire il y a 2 sens à ce mot :
1. Somme d’argent exigée pour la délivrance d’un prisonnier.
2. Inconvénient accompagnant nécessairement un avantage, comme la « rançon de la gloire ».
On l’a donc compris dans le premier sens : les hommes étant prisonniers du péché, Dieu les a racheté par les souffrances et la mort du Fils (« Pour libérer l’esclave, tu as livré le Fils » chantons-nous à la veillée pascale…) ; ainsi, Dieu est-il devenu un Dieu comptable de tout, au visage dur, maître intraitable qui ne laisse rien passer…

Si nous lisons bien l’Evangile selon Saint-Marc, cette conception de Dieu est à des années lumières avec ce que Jésus nous dit de l’autorité dans la communauté. Elle n’a rien de comparable avec celle exercée par les puissant de ce monde : « Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut être grand sera votre serviteur. ». Alors, cette « rançon » ne peut être comprise que dans le « prix » que nous avons aux yeux du Seigneur, car le service dont il est question ne peut être compris que dans une relation d’amour où le Serviteur est capable de « donner sa vie pour ceux qu’il aime ».

Car le modèle qui nous est donné d’imiter, de suivre, c’est le Christ Jésus lui-même, « lui qui, était dans la condition de Dieu s’est dépouillé prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes, et par son aspect, il était reconnu comme un homme ; il s’est abaissé… » (Philippiens 2,6-8). Lorsque nous contemplons le Fils, nous voyons le Père. Lorsque nous voulons demeurer disciples du Fils, il nous faut remettre en cause sérieusement nos priorités. Ainsi, frères et sœurs, dans la communauté chrétienne il nous faut faire attention aux attitudes que nous promouvons ou adoptons pour nous-mêmes. Qu’en serait-il de la cohérence d’une Eglise qui serait plus attachée à préserver ses prérogatives que l’annonce de l’Evangile ? Chaque génération chrétienne doit ré entendre l’appel du Christ à établir des rapports différents de ceux du monde : « Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi ».

Ce que n’ont pas compris les fils de Zébédée, c’est qu’il n’y a pas de « saut » dans la gloire. « Il y a un « passage », une Pâque : « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, ou être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? » Jacques et Jean ne s’en vont pas comme le jeune homme riche (de dimanche dernier) : « Nous le pouvons », disent-ils. Aussi Jésus leur promet : « La coupe que je vais boire, vous la boirez… » Malgré notre désir de brûler les étapes, « de ne pas nous dévêtir », comme le dit Paul, « mais de revêtir un vêtement sur l’autre », il n’y a pas de passe-droit ni de privilège. La seule porte est la porte étroite. Le seul privilège est de suivre Jésus dans sa Pâque (…). Son royaume n’est pas celui des privilégiés, mais des serviteurs. C’est le passage obligé vers la vie ».*

En ce sens c’est la rançon de la gloire, car c’est la vie du Fils qui vit en nous.

P. Bernard Brajat

* Mgr Lucien Daloz « Qui donc est-il ? » Une lecture spirituelle de Marc – Desclée de Brouwer, 1984