Image de décoration

Accueil > Archives > 1 - Repartir du Christ > Méditations > 1 - Les homélies de M le Curé > Précarité

Précarité

dimanche 8 novembre 2009, par Bernard Brajat

Homélie du 32ème dimanche dans l’année B – 8/11/2009 – chapelle de Terre-Rouge, églises du Sacré-CÅ“ur et de Saint-Barthélémy de Cahors : « Le Christ n’est pas entré dans un sanctuaire construit par les hommes, qui ne peut être qu’un copie du sanctuaire véritable…  »

Avouez, sœurs et frères, que ce ne serait pas très agréable si votre curé allait aujourd’hui regarder ce que vous allez mettre à la quête, à la manière de Jésus d’observer ses contemporains devant le tronc du Temple ! Hé bien, c’est qu’il semble bien se prêter à ce mauvais jeu de vérifier du coin de l’œil comment se comportent riches et pauvres au moment de déposer leurs offrandes…

L’argent ! Jésus en a parlé quelques fois dans l’Evangile : « Méfiez-vous de l’argent trompeur… ». Ou encore : « n’amassez pas de richesses sur terre, mais plutôt dans le ciel ». Cependant, il en faut de l’argent pour finir l’extension du Temple prévue par le roi Hérode. Pensez : un gigantesque chantier qui durera 7 ans emploiera environs 100 000 hommes et se terminera en 63. Sept ans après, lorsque en 70 les armées de Titus feront le siège de la ville et détruiront le Temple, il ne sera même pas fini de payer. Autant dire qu’au moment où Jésus observe la scène dans la salle du Trésor, on a besoin d’argent, et les gros donateurs sont valorisés.

Quand une grosse somme est versée par un riche, on sonne de la trompette pour que les fidèles du Temple reconnaissent, admirent et éventuellement imitent le généreux donateur. Et l’on entend résonner comme en écho cette parole de Jésus s’adressant au disciple : « Toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône soit secrète… ton Père voit dans le secret, il te le revaudra ».

Il y a donc les riches qui donnent, et se font reconnaître pour ça. Il y a les pauvres, tels Marie et Joseph qui, dans l’évangile de Luc, en venant présenter Jésus au Temple offraient un couple de tourterelles. Les trompettes de la renommée n’avaient pas dû sonner pour eux ce jour-là ! Alors, on peut penser que Jésus observe avec un regard qui sait reconnaître ce qu’il y a derrière le don. Quelle l’intention profonde du donateur ?

Il y a le beau monde… Celui des apparences représenté par les scribes en belles « robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques, les premiers rangs dans les synagogues et les places d’honneur dans les dîners. » ; pour compléter le tableau, Jésus affirme qu’ils ne prient pas le Seigneur mais affectent seulement de le faire. En Saint-Marc, ces scribes sont les adversaires de Jésus de bout en bout. Dès les premières controverses en Galilée, ils s’opposent régulièrement à Jésus et ils viendront le narguer jusqu’au pied de la croix. Les riches qui donnent de manière ostensible sont en définitive du même monde que ces scribes hypocrites qui « dévorent les biens des veuves ».

En contraste, il y a cette veuve qui verse dans le tronc la « légèreté précaire » de sa vie… quelques pièces de monnaie, insignifiantes ! Elle ne fait pas semblant de donner, en proportion elle donne beaucoup plus que tous les riches puisqu’elle peut mettre en péril sa propre vie. Car en définitive elle n’a plus rien. Jésus la donne-t-il en modèle ? Pas sûr ! Remarquez dans l’évangile, Jésus ne dit pas qu’il faille l’imiter (car en définitive, c’est bien un peu le « système » qui profite toujours des plus pauvres ; ce système qu’un peu avant il vient de dénoncer comme « caverne de bandits »). Est-ce à une pauvre veuve de se saigneur aux quatre veines pour un bâtiment dont il ne restera pas « pierre sur pierre » et qui fait cependant l’admiration des Apôtres ? Est-ce à elle d’entretenir ceux qui se pavanent dans le Temple en robes solennelles ? Non, ce que souligne Jésus c’est la confiance totale de cette femme en Dieu seul, comme la veuve de Sarepta qui ne peut compter que sur le Seigneur, jour à après jour. Cette totale confiance en Dieu pour le lendemain s’oppose à tous les calculs mesquins des puissants.

Les paroles de Jésus entendues aujourd’hui ne sont donc pas une invitation à la générosité, mais prononcées quelques jours avant sa Passion elles demeurent une sévère critique des institutions sclérosées et d’une religion de façade. Et ainsi, Jésus nous invite aujourd’hui à nous poser quelques questions : où mettons-nous nos premières préoccupations ? Est-ce que ce qui nous préoccupe c’est d’abord nos biens matériels, ou est-ce l’amour et la confiance éperdue en Dieu ?

S’il condamne les façons ostensibles d’agir comme autant de mises en valeur du « paraître », il ne condamne pas la pauvre veuve dont la générosité est bien réelle. Cependant il ne fait pas l’éloge d’une générosité qui mériterait de s’exercer en faveur d’une meilleur cause. Il souligne l’abandon total de cette femme à la providence divine, comme il invite le disciple à ne pas s’inquiéter pour la vie « de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous vêtirez ». Et d’ajouter pour tout un chacun : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout vous sera donné par surcroît ».

P. Bernard Brajat