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Père, Fils et Esprit

dimanche 7 juin 2009, par Bernard Brajat

La Galilée et la montagne : deux lieux évocateurs à plus d’un titre pour le lecteur assidu de l’Evangile. La Galilée est bien le lieu des commencements : l’appel des premiers disciples, l’enseignement dans les villages du bord du lac… « Galilée, toi, le carrefour des nations. » disait déjà le prophète Isaïe que Saint-Matthieu cite au début de son évangile. C’est d’abord en Galilée que la parole a retenti, que la lumière de la Bonne Nouvelle a brillé, entendons toujours la citation d’Isaïe : « Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ». Evangile lumineux pour ceux qui l’accueillent et le pratiquent.

Aujourd’hui c’est un nouveau commencement pour la Bonne Nouvelle à partir de cette Galilée... La Bonne Nouvelle reçue et vécue dans un compagnonnage quotidien, ils vont être maintenant chargé de la porter à « toutes les nations ». Point de départ de cet envoi en mission : la montagne. Celle de la tentation où tous les royaumes de la terre lui sont montrés. Celle des béatitudes où il proclame au milieu d’eux la charte du Royaume des cieux. Celle, enfin, de la Transfiguration où il leur laisse découvrir sa Gloire.

C’est aujourd’hui la montagne des « adieux », semblable à cette montagne où Moïse entrevoit la Terre Promise. C’était le mont Nébo où le guide et prophète donnait ses dernières instructions. Aujourd’hui, le nouveau Moïse, Christ Jésus, Seigneur de Pâques transmet les pouvoirs qu’il a reçu du Père avant de le rejoindre : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur terre. Allez donc ! De toutes les nations, faites des disciples, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous mes commandements ». Le baptême qu’ils devront signifier à ceux qui recevront la Parole est bien un baptême dans l’Esprit.

L’ Apôtre Paul le dit avec insistance : « L’ Esprit que vous avez reçu fait de vous des fils » (2ème lecture). Les paroles du Maître prennent désormais une signification claire : nous sommes plongés dans la vie de Dieu d’une manière tout à fait particulière. Nous ne sommes plus soumis au régime de la peur, nous ne sommes plus esclaves : nous sommes libres et nous appelons désormais Dieu « Notre Père ». En nous invitant à nous adresser à Dieu avec ces mots intimes, Jésus bouscule toutes les perceptions que l’ancien monde pouvait avoir du Seigneur. Avec Jésus, nous sommes introduits dans l’intimité du Père et l’Esprit nous pousse à le nommer, à l’appeler. Ainsi, devenus proches du « milieu du divin », nous pouvons vivre dans la confiance.

Elles sont éloignées de l’Evangile les conceptions déistes : le Dieu qu’annonce Jésus Christ est un Dieu proche, mouvement et source du mouvement (« Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du Vrai Dieu, engendré non pas créé… » ainsi le proclamons-nous chaque dimanche au Credo). Il n’est pas le grand impassible et immobile des penseurs : il est le Dieu vivant, le Dieu qui vient à nous, le Dieu qui nous pousse par son Esprit à partager sa vie. Ecoutons encore Saint-Paul : « tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu ». Oui, connaître Dieu, le mettre en mouvement, c’est possible si l’on se laisse guider par l’Esprit.

A propos de l’ordre de Jésus donné aux disciples de baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Irénée de Lyon nous instruit encore aujourd’hui :

« Voici la règle de notre foi, le fondement de l’édifice et ce qui donne fermeté à notre conduite :
Dieu Père, incréé, qui n’est pas contenu, invisible, Dieu un, créateur de l’univers. Tel est le premier article de notre foi.
Comme deuxième article : le Verbe de Dieu, le Fils de Dieu, le Christ Jésus notre Seigneur, qui est apparu aux Prophètes selon le genre de leur prophétie et selon l’état des économies du Père, par qui tout à été fait, qui en outre, à la fin des temps, pour récapituler toutes choses, s’est fait homme parmi les hommes, visible, palpable, pour détruire la mort, faire apparaître la vie et opérer une communion de Dieu et d’homme. Le troisième article, le voici : le Saint-Esprit par lequel les Prophètes ont prophétisé, les Pères ont appris ce qui concerne Dieu, les justes ont été guidés dans la voie de la justice et qui, à la fin des temps a été répandu d’une manière nouvelle sur notre humanité pour renouveler l’homme sur toute la terre en vue de Dieu.
C’est pourquoi, à notre nouvelle naissance, le baptême a lieu par ces trois articles, lui qui nous accorde la grâce de la nouvelle naissance en Dieu le Père par son Fils dans l’Esprit-Saint. Car ceux qui portent l’Esprit de Dieu sont conduits au Verbe, c’est-à-dire au Fils, mais le Fils les présente au Père et le Père leur donne l’incorruptibilité. Donc, sans l’Esprit il n’est pas possible de voir le Fils de Dieu et sans le Fils personne ne peut approcher du Père, car la connaissance du Père, c’est le Fils et la connaissance du Fils se fait par l’Esprit Saint. Quant à l’Esprit, c’est selon qu’il plaît au Père que le Fils le dispense à titre de ministre, à qui veut et comme le veut le Père. »*

P. Bernard Brajat

* St Irénée de Lyon « Démonstration de la prédication apostolique 6-7 » coll. Sources chrétiennes. Le Cerf 1974