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Patience du croyant, patience de Dieu...

dimanche 12 décembre 2010, par Bernard Brajat

C’est avec une certaine impatience que, tous, nous voudrions sortir de la crise. Tout autour de nous indique que nous nous y enfonçons de plus belle. Mais les « crises » ont toujours existées dans l’Histoire des sociétés humaines. Déjà au temps du Christ, le monde incertain, instable provoquait des inquiétudes et des espérances. Israël attendait une solution, une « fenêtre » ouverte sur l’avenir. Le Messie attendu devait rétablir le droit et la justice face à l’orgueilleuse prétention des puissants et des nantis. Aujourd’hui, certains indiquent des solutions radicales, prônant la rupture avec le « modèle » que nos sociétés ont essayé de promouvoir depuis quarante ou cinquante ans. Ce mardi 7 décembre nous avons reçu la « proposition Cantona » qui nous invitait à nos comptes bancaires… et à récupérer en espèces nos avoirs ! Cette proposition utopique n’a pas été suivie d’effets...

Ce monde est en dérive, nos société sont en crise (et pas seulement financière, mais également morale… spirituelle… car la partie financière de la crise est un peu comme la partie visible de l’iceberg…) : certains sociologues et ethnologues ne parlent-ils pas du « syndrome du Titanic ». Dans cette ambiance, la question des croyants se fait plus pressante. Comme les disciples du Baptiste, nous allons vers Jésus pour lui demander : « Es-tu vraiment celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? ». Nous sommes des croyants impatients qui aimerions bien voir ce jour nouveau dont parle l’Ecriture. Nous ne saurions nous résoudre, pas plus que Jean le prophète (et avec lui, tous les prophètes de l’Ancien Testament), au fatalisme. Il est « bien plus qu’un prophète » dira de lui Jésus, et c’est pourtant cet homme qui doute devant l’apparent silence de celui en qui il a fondé tant d’espoirs. L’impatience du prophète est à la mesure des espérances d’Israël : il faut que ça change ! Qui sera le relais de la Parole qui crie dans le désert ? Qui préparera la « route » au Seigneur ? Est-ce vraiment cet utopiste au beau discours généreux, mais à l’action si peu éclatante, si peu visible ?

Et cependant, la tonalité générale de ce dimanche est une invitation à la patience. On ne transforme rien, on ne crée rien de neuf et de durable dans la précipitation. La liturgie ne nous donne pas souvent l’occasion d’entendre des extraits de l’épître de Saint-Jacques : le petit passage entendu aujourd’hui est une invitation à la patience. On leur a chanté sur tous les tons – à ces premiers chrétiens – que Jésus, le Seigneur ressuscité, va se manifester bientôt dans sa splendeur nouvelle. Ils attendent toujours et ne voient rien venir. Pensons à la déception et au découragement de celles et ceux qui ont vu, et voient encore, disparaître la première génération des disciples… Certains s’interrogent : se sont-ils trompés ? Ou pire : ont-ils été trompés ? Les animateurs des communautés doivent donc les inviter à la patience en prenant exemple sur le travail patient du cultivateur qui doit attendre avec patience que la terre produise son fruit. C’est une belle image : nous, chrétiens, sommes les « cultivateurs » de l’espérance du monde.

L’évangile selon Matthieu est soucieux de tous les « petits » qui forment les communautés. Ils sont infiniment plus grand que Jean Baptiste parce qu’ils ont donné leur pleine confiance au Christ ressuscité. Ainsi malgré son importance le Baptiste est dépassé par « le plus petit » dans le Royaume des cieux. Il est dépassé par celui qui s’accroche à la parole du Christ, cultive l’espérance pour ses frères et n’abandonne pas le terrain. C’est ce que Saint Jacques appelle l’endurance, et le prophète, dit-il, est un « modèle d’endurance ». Il apprend à lire les signes du renouvellement comme le cultivateur les perçoit dans la nature qui l’entoure et avec laquelle il doit compter.

Le propre du prophète est de voir les évènements et de les entendre avec le regard et le cœur de Dieu ; il perçoit alors la portée des mutations du temps parce qu’il a saisi l’unité des signes, qu’il a décelés par la réflexion, dans l’écoute des autres, dans l’appréciation de leur jugement. Le prophète est celui qui discerne, non celui qui s’engouffre dans la dernière pensée à la mode. Il faut accepter d’être du nombre des aveugles prêts à recouvrer le regard. Jésus par la réponse qu’il donne aux envoyés du Baptiste le renvoie à lui-même : « Rapportez à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles voient, les boiteux marchent (…) et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. » Les signes de guérison, les signes qui indiquent les temps nouveaux sont là ; seule la prise de pouvoir par la force, qui résoudrait pour Jean bien des problèmes, n’est pas au rendez-vous ! Alors il doute. Et Jésus l’invite à croire que les signes messianiques, qui viennent de lui être rappelé, se sont vraiment réalisés dans le personne humble et effacée de Jésus de Nazareth. C’est à cela que Jean se trouve convié.

Nous-mêmes sommes conviés au même dépassement des apparences. Le Seigneur agit dans la discrétion et le silence des lentes germinations. Soyons de celles et ceux qui, comme le cultivateur, attendent avec patience les produits de la grâce, le résultat qu’opère la Parole de Dieu, la Parole vivante. C’est par notre patience que Dieu se révèle encore aujourd’hui.

P. Bernard Brajat