Image de décoration

Accueil > Archives > 1 - Repartir du Christ > Méditations > 1 - Les homélies de M le Curé > Passion

Passion

dimanche 5 avril 2009, par Bernard Brajat

Homélie pour le dimanche des Rameaux – 5/04/2009 – Cathédrale Saint Etienne de Cahors « La Parole me réveille chaque matin pour que j’écoute comme celui qui se laisse instruire  »

Passion… « Mouvement violent, impétueux de l’être vers ce qu’il désire » : ainsi ce mot, qui va orienter toute cette semaine Sainte, est-il défini dans le dictionnaire. Et certes, oui, il y aura – et il y eut dans le récit entendu à l’instant – violence et tempête. Comme un grand tourbillon qui va bousculer les êtres dans leur fidélité, leur cohérence et jusque dans la solidité de l’équipe apostolique. Dans ce « bouillon de culture d’humanité » que reflète le long récit de la Passion d’aujourd’hui, nous retiendrons deux paroles de Jésus en Saint-Marc.

Il y a d’abord l’annonce du reniement de Pierre : « Je te le dis : toi, aujourd’hui – cette nuit même – avant que coq chante par deux fois, tu m’auras renié trois fois ». Réalisme et déjà tristesse de la part de Jésus… Celui qu’il avait désigné comme « chef d’équipe » ne tiendra pas choc de la première nuit ! Pourtant, il avait fait une profession de foi magnifique, et il venait – ce soir même – d’affirmer à Jésus qu’il ne l’abandonnerait jamais… Nous avons là toutes les contradictions du personnage : tout en paroles, mais pour ce qui est des actes… Aussi lâche que Judas. Car le péché de Pierre n’est pas moins grave que celui de Judas : si celui-là trahit, celui-ci renie. Alors peuvent-ils, tous, au cœur de la nuit, se rappeler la parole du Maître : « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs ». Ce qui fera la différence d’un disciple à l’autre se mesure, en fait, dans la capacité à la repentance… Dans la nuit sombre l’un pleure à chaudes larmes, l’autre se pend !

Nous-mêmes, frères et sœurs, protestons de notre amour pour le Seigneur… Et nous ne serions certainement pas là, ce matin, si tel n’était pas le cas. Et puis, peut-être, tout à l’heure ou demain nous agirons de telle manière que nous aurons oublié sa présence. C’est à Pierre que Jésus confiera la barque de l’Eglise : il est capable, lui, de nous redonner la confiance que nous avions perdu par nos infidélités.

La deuxième parole est un peu mystérieuse, du moins oblige-t-elle à un rapport aux Ecritures. En croix, Jésus a crié : « Eloï, Eloï, lama sabactani » ce qui veut dire « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Si Jésus – pense-t-on – a récité tout ce psaume 22, l’évangéliste n’a retenu que ce verset comme si l’on voulait nous aider à réaliser combien Jésus est descendu au plus bas de la désespérance humaine. Mais s’il n’avait pas éprouvé dans sa conscience humaine l’abandon extrême devant la mort, eut-il été homme jusqu’au bout ? S’il n’avait pas été jusque là nous pourrions dire que notre nuit – la nuit des hommes – resterait à jamais fermée. Alors, désormais, il n’y a plus aucune obscurité humaine qui échappe à sa Présence, à son Salut. D’ailleurs ce psaume se termine bien… par un cri de confiance : « Ils louent YHWH, ceux qui le cherchent… A ce peuple qui naît on dira : il est bon. Voilà ce qu’il a fait » (Psaume 22, 27.31-32). Oui, ce cri de Jésus fonde notre espérance en la résurrection.

Cette semaine, en Jésus, nous découvrirons notre souffrance et notre tragédie humaine puisqu’il nous prend tels que nous sommes. En Jésus nous voyons notre propre visage : c’est le visage de notre humanité. C’est pour elle que le Christ, par son obéissance, apporte le Salut. Ainsi l’exprime Saint Grégoire de Nazianze dans une homélie pour la Pâque :

« Nous allons participer à la Pâque. Cette participation sera, maintenant encore, en figure, par le sacrement. Toutefois, ce sacrement sera plus parlant que dans la loi ancienne, car le banquet pascal, j’ose le dire, était alors très obscur : c’était une préfiguration. (…)
Si tu es Simon de Cyrène, prends la croix suis le. Si tu es crucifié avec lui, comme le malfaiteur, reconnais comme cet homme juste, qu’il est Dieu. (…)
Si tu es Joseph d’Arimathie, réclame le corps de celui qui l’a fait mettre en croix (…).
Si tu es Nicodème, cet adorateur nocturne de Dieu, mets-le au tombeau avec les parfums.
Si tu es une des saintes femmes, l’une ou l’autre Marie, si tu es Salomé ou Jeanne, va le pleurer de grand matin. Sois la première à voir la pierre enlevée, à voir peut-être les anges, et Jésus lui-même. »*

P. Bernard Brajat

* Grégoire de Nazianze « Homélie pour la Pâque » (homélie 45 Patrologie Grecque 36)