Image de décoration

Accueil > Archives > 1 - Repartir du Christ > Méditations > 1 - Les homélies de M le Curé > Partir

Partir

samedi 11 juillet 2009, par Bernard Brajat

Voyager, partir, nécessite un minimum d’organisation. Il faut prévoir son itinéraire, estimer le coût, et même pouvoir bénéficier – si l’on part à l’étranger – d’une assurance qui, le cas échéant, pourra vous garantir un rapatriement rapide. Cette page d’Evangile ne semble tenir aucun compte de la moindre précaution recommandée au voyageur moderne… Evidemment, nous comprenons bien qu’il est difficile de comparer l’époque où Jésus envoie les Douze pour leur première mission et aujourd’hui ! Mais tout de même : quelle désinvolture !

Mais il y a une chose qui n’est pas désinvolte ici, c’est la rencontre de l’homme pour lui livrer une parole de Salut ! C’est le seul objet, la seule priorité qui compte pour le Christ de l’Evangile de Marc. Et fondamentalement, en raison de la Mission à accomplir, il indique qu’il ne faut pas s’encombrer… Même de ce qui nous apparaît la logistique basique : bagages et vêtements de rechange, argent, casse-croûte. Autrement dit : ne jamais oublier le but de la Mission malgré les moyens dont nous pouvons disposer aujourd’hui.

L’annonce de l’Evangile, de la Bonne Nouvelle ne s’appuie pas d’abord sur des structures aussi performantes qu’elles puissent être, elle s’appuie d’abord sur une rencontre. Et nous le savons bien : là où l’amitié partagée, où la proximité de vie s’établit, où des liens nouveaux se tissent, l’Evangile passe. Lisons bien le passage d’aujourd’hui :

• Il les envoie en équipe, deux par deux. L’annonce de la Bonne Nouvelle, l’œuvre missionnaire ne saurait être une affaire personnelle, une occupation individualiste. C’est une parole qui prend corps, s’affirme, se donne et se reçoit dans la complémentarité. Voilà comment St Grégoire le Gand commente l’évangile d’aujourd’hui :

« Notre Seigneur et Sauveur » (Jésus) « … aujourd’hui envoie ses disciples deux par deux pour prêcher : c’est qu’il faut au moins être deux pour que s’exerce la charité. A proprement parler, on ne peut appeler « charité » l’attachement qu’on a pour soi ; l’amour ne mérite de nom de « charité » que lorsqu’il tend vers un autre. Si le Seigneur envoie ses disciples prêcher deux à deux, c’est pour nous dire en silence que, sans l’amour du prochain, personne ne doit assumer la responsabilité de sa Parole. »*

• Il commence par leur donner « pouvoir sur les esprits mauvais ». Non pour prouver la supériorité de l’Evangile sur tous les autres messages, mais bien pour libérer, soulager, aider des femmes et des hommes en prise avec leur aliénations les plus courantes. L’Evangile est source de libération profonde. C’est une Bonne Nouvelle, une « parole de Bien » qui existe pour procurer du « bien-être » !

Nos communautés paroissiales sont devenues aujourd’hui, particulièrement pour les prêtres qui en ont la charge, des structures importantes… Parfois trop démesurées pour permettre la rencontre vraie… Veillons à ce qu’elles ne deviennent pas des « sociétés anonymes » en « irresponsabilité illimitée… » ! Certes, il faut prévoir, planifier, organiser et le prêtre doit s’entourer de tous les Conseils pastoraux, paroissiaux, économiques qui soient, mais l’essentiel est toujours ailleurs et au-delà. Il ne servirait à rien de mettre en place des structures sans qu’il soit dit quel but est à atteindre, quel Esprit doit en être l’animateur.

Les consignes de Jésus pour la Mission sont simples, adaptées aux chemins de Galilée plus qu’aux « autoroutes de la communication moderne ». On y marchait mieux, plus vite et plus loin avec de bonnes sandales et un bâton qu’encombrés d’inutilités de confort. Surtout, pour rejoindre les personnes en attente, il faut être complètement disponibles, et donc ne garder que l’essentiel : la Parole de Dieu. Grâce à elle les disciples d’aujourd’hui comme ceux d’hier peuvent annoncer la conversion nécessaire, triompher des forces obscures qui empoisonnent la vie des hommes, et faire venir la paix de Dieu sur notre terre.

Se mettre en route, partir : c’est souvent pour nous synonyme d’évasion, comme le temps des vacances nous le suggère. L’ Evangile n’est certes pas une agence de tourisme, ni Jésus un « Gentil Organisateur » ! L’été peut être aussi l’occasion de rencontres vécues autrement. Ce temps de repos, souvent vécu dans la flânerie ennuyeuse, ne pourrait-il pas devenir le temps des découvertes. Que les vacances évocatrices d’abandon des contraintes quotidiennes puissent devenir un temps privilégié où notre vocation humaine s’affermisse dans l’exercice de notre liberté. Lorsque Dieu appelle des hommes et des femmes à le suivre, il les engage dans des perspectives nouvelles, inattendues : « Je n’était pas prophète ni fils de prophète (disait Amos) ; j’étais bouvier et je soignais les figuiers. Mais le Seigneur m’a saisi lorsque j’étais derrière le troupeau et c’est lui qu’il m’a dit : tu seras prophète » (1ère lecture : Amos 7,12-15). Ainsi le Seigneur aime-t-il déconcerter et surprendre. Il n’a pas d’a priori ni de déterminisme : il peut nous faire devenir Apôtres, porteurs de Bonne Nouvelle, là où nous sommes, là où nous vivons.

Que nous soyons en couple ou célibataire, jeune ou vieux, parent ou enfant, il nous livre une Parole pour que nous en vivions et l’annoncions. Car l’envoi en mission est une affaire trop importante pour être confiée aux seuls pasteurs de l’Eglise. C’est la communauté ecclésiale qui est prophétique, c’est est qui annonce la libération, le renouveau des esprits et des cœurs. C’est en elle que peut se vivre l’exercice d’un monde nouveau, c’est par elle que le Christ doit se révéler pour aujourd’hui. Si nos communautés font obstacle à la Parole, si elles se réfugient dans un confort fonctionnel, elles n’ont plus de raison d’être.

A la communauté revient également de bénir ce Dieu qui en Jésus Christ nous a choisis, et « destinés à devenir pour lui des fils ». Le très bel extrait de l’épître aux Ephésiens que nous entendions il y a un instant (2ème lecture : Ephésiens 1,3-14) nous place et nous recentre dans une filiation autant que dans une fraternité christique, le projet de Dieu sur nous étant de nous replacer dans cette perspective de devenir un peuple, « son peuple ». En Christ, nous avons « écouté la parole », nous avons essayé de la comprendre, cette « bonne nouvelle de Salut » non pour la garder entre nous, mais pour l’annoncer à l’humanité désorientée par ses crises de croissance.

P. Bernard Brajat

* St Grégoire le Grand – Homélie XVII (traduction privée)