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Manger la résurrection !

dimanche 16 août 2009, par Bernard Brajat

Homélie du 20ème dimanche dans l’année B – 16/08/2009 Sacré-CÅ“ur de Cahors « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi je le ressusciterai au dernier jour .  »

Manger de la chair humaine ! Cette seule idée nous fait horreur, autant qu’aux contemporains Juifs de Jésus : « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? ». Dans le langage des premières communautés chrétiennes, la réalité du Christ Jésus donné en nourriture avait tout pour attirer la suspicion, voire l’hostilité du milieu païen…

Et nous-mêmes pouvons comprendre la nécessité vitale de toute nourriture depuis la tétée du nouveau-né jusqu’aux repas autour de la table familiale : manger est l’ exigence première de notre condition humaine. Ce n’est pas pour autant que nous mangerions n’importe quoi. Il y a des interdits alimentaires culturels, certes, ou plus fondamentaux : tel celui de l’anthropophagie et du cannibalisme. Si nous avons des récits de survivants (je pense à cet accident d’avion survenu il y a une quarantaine d’années dans la Cordillère des Andes…) qui ont dû dans certains cas extrêmes manger de la chair humaine… mais le cannibalisme n’en reste pas moins profondément « non humain ».

Mettons-nous donc à la place des hommes réunis ce jour-là dans la synagogue de Capharnaüm ! Pour un Juif, entendre dire : « Mon sang est une vraie boisson » demeure un scandale. L’interdit du sang était encore plus fort que l’obligation du sabbat. Aujourd’hui encore, les Juifs fidèles à la Torah observent scrupuleusement ce commandement de YHWH : « Où que vous habitiez, vous ne mangerez pas de sang, qu’il s’agisse d’oiseau ou d’animal. Quiconque mange du sang, quel qu’il soit, celui-là sera retranché de sa race ».

Et Jésus insiste lourdement : « Amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous ». Pris par l’habitude d’entendre ces paroles, une telle affirmation ne nous dérange plus… Evidemment ce que nous mangeons, c’est un morceau qui ressemble à du pain ; ce que nous buvons a bel et bien le goût du vin. Alors, il n’y a pas là matière à scandale.

Il nous est bon, cependant, de nous confronter aux paroles de Jésus. Si nous voulons les accepter en leur donnant leur vrai sens, il faut nous souvenir d’abord que Jésus est ressuscité. En mangeant la chair et en buvant le sang, le chrétien entre dans le mystère de mort et de résurrection du Seigneur Jésus : il n’est pas question de devenir des « cannibales »… c’est bien autre chose. Mort avec le Christ, le croyant est passé dans la vie : il est ressuscité avec lui. Dans la communion au corps et au sang du Christ, le disciple est déjà dans la vie éternelle. Cette vie concerne déjà le présent : c’est aujourd’hui que Jésus donne sa vie, « l’adhérant au Christ » a la vie éternelle, dès maintenant (c’est un présent dans le texte !). Il accède à une vie nouvelle : il demeure désormais en Christ et Christ en lui.

Désormais, la vie divine circule entre le Père et les disciples grâce au Fils. Et pour ce faire il fallait bien qu’à un moment de l’Histoire il y ait de la part du Fils bien-aimé un acte fort, semblable à celui opéré par Dieu au désert. Cependant, les ancêtres sont morts : la manne n’était qu’un aliment matériel, périssable, donné à des êtres de chair et de sang, eux-mêmes périssables. Dans la réalité du corps et du sang Jésus vient désormais habiter ce qui est périssable en l’homme pour en faire une réalité impérissable. Pour dire que cette réalité surpasse et vient d’ailleurs, l’Evangile parle du « pain du ciel ». Il nous est donc demandé d’aller « au-delà des apparences », de le rejoindre au-delà de sa mort. L’eucharistie n’a aucun sens en dehors de la résurrection de Jésus. Nous sommes invités à « manger sa résurrection ».

Je terminerai cette méditation par quelques lignes d’un texte du Cardinal François Marty :

« Vous ferez cela en mémoire de Moi ! » C’est bien ce que nous faisons encore aujourd’hui. Car ce repas ne fut pas un repas comme les autres ; tout d’abord, Jésus et les Apôtres, ce soir-là, accomplissaient un rite ancestral.
(…) On remercie Dieu pour cet Evènement historique qui a sauvé le Peuple d’Israël. Mais le Christ accomplit l’ancienne Pâque ; mieux, Il la réalise d’une manière universelle : car Il Se désigne Lui-même comme l’Agneau Pascal. Celui qui est sacrifié pour que vive l’humanité.
(…) Pendant cette première Messe sur le monde, Jésus ne préside plus la Pâque de ses ancêtres. Il devient Lui-même la Pâque, c’est-à-dire le Passage, le Chemin qui permet d’aboutir à la vraie Liberté.
(…) Christ prend le Pain, il prend la Coupe, Il fait la Bénédiction. Il prononce la consécration. Puis Il partage et tous communient. Tous sont liés à la vie et à la mort. Tous reçoivent le Testament : « Vous ferez ainsi en mémoire de moi ! »*

P. Bernard Brajat

* François Cardinal Marty « L’Evangile au présent » Ed. du Centurion