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Lueurs dans la nuit

vendredi 25 décembre 2009, par Bernard Brajat

Malgré toutes les dérives commerciales que notre bonne conscience chrétienne s’éreinte à dénoncer chaque année en cette période, malgré tous les déguisements de « Père Noël » qui manifestent d’abord un mauvais goût certain, il reste cette dimension un peu mystérieuse de la naissance d’un enfant, dans des conditions tout à fait particulières. C’est le 30ème Noël où il m’est donné de relire et de préparer pour vous la méditation de la nuit de Noël… Je dois le constater : il y a toujours matière à nouveauté.

Saint-Matthieu ne s’attardera pas sur cette naissance : il en parlera comme une évocation en un seul verset (Matthieu 2,1) pour nous présenter immédiatement les mages arrivés d’Orient : ce sera la fête de début d’année, le 3 janvier. L’évangéliste Luc, par contre, nous a donné ce soir le récit détaillé que nous connaissons bien… ou que nous pensons bien connaître ! Cependant, à y regarder de plus près, il y a une perpétuelle nouveauté dans ce récit de naissance « hors norme ». Et c’est bien ainsi parce que « naissance » rimera toujours avec « nouveauté ». Cette nuit, frères et sœurs, c’est la nouveauté de Dieu qu’il nous faut découvrir.

Découverte dans la foi… Car ici, au cœur de ce récit, c’est la foi qui entre en jeu ! La foi – déjà de par notre expérience de l’amour humain et de l’amitié – implique une confiance faite en l’autre, qui ne s’appuie pas d’abord sur des démonstrations sensibles, ni sur des arguments d’ordre scientifique. Il nous faut passer sur les apparences pour vivre cette confiance qui ne se justifie, en définitive, que dans l’amour. Les premiers témoins qui nous ont transmis ce qui concerne Jésus ont été les premiers à donner leur confiance au fils de Marie : il nous faut à notre tour entrer dans ce cheminement de foi si nous voulons que le texte nous parle, plus que la simple évocation d’une naissance peu banale.

Car en cette nuit, c’est Dieu qui vient visiter les hommes. Un Dieu un peu étrange, il est vrai, qui ne fait pas dans le conventionnel… Les premiers chrétiens qui ont médité cette naissance de Dieu chez les hommes témoignent encore de quelques convictions. Et leur témoignage nous est parvenu dans ce récit : Jésus naît dans des conditions précaires et il n’y avait pas de place confortable pour lui ! Et qui plus est ce sont des pauvres parmi les pauvres, des bergers, qui viennent s’émerveiller devant lui : Dieu se révèle à eux, individus en marge de la société de l’époque et de la religion… Pas très fréquentables, nos bergers familiers des crèches !

C’est ainsi : l’évangile selon Saint-Luc est préoccupé par la Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres : « Ne craignez pas… Je vous annonce une grande joie pour tout le peuple, aujourd’hui vous est né un Sauveur » ! Dès le début de son aventure humaine, la vie de Jésus est ainsi source de lumière et d’espérance sur la vie des hommes, de tous les hommes. Et ce sont ceux qui n’ont pas d’abri, qui vivent en errance au jour le jour qui reçoivent l’annonce de sa venue en notre humanité. Et ceux qui pensent être les dépositaires de cette promesse devront désormais l’accueillir par les chemins de la pauvreté du cœur, humblement, s’ils veulent le retrouver.

Si nous voulons faire une vraie expérience spirituelle, un cheminement au cœur de la foi, il nous faut retrouver la pauvreté du cœur, être humbles par rapport à nos certitudes mêmes. A Noël, les perspectives changent, les lignes traditionnelles bougent. A Noël, l’espérance renaît, même s’il faut qu’elle se ravive chaque année par les mêmes mots, les mêmes souhaits exprimés en trouvant de nouvelles raisons d’espérer. Pour terminer notre méditation, je ne peux m’empêcher de retomber dans les grandes pages classiques sur l’espérance avec Charles Péguy :

« La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’espérance.
La foi ça ne m’étonne pas.
Ça n’est pas étonnant.
J’éclate tellement dans ma création.
Dans le soleil et dans la lune et dans les étoiles.
Dans toutes mes créatures.
Dans les astres, le firmament et dans les poissons de la mer.
Dans l’univers de mes créatures.
Sur la face de la terre et sur la face des eaux.
Dans le mouvement des astres qui sont dans le ciel.
Dans le vent qui souffle sur la mer et dans le vent qui souffle dans la vallée.
Dans la calme vallée.
(…)
Dans les plantes et dans les bêtes des forêts.
Et dans l’homme.
Ma créature.
Dans les peuples et dans les hommes et dans les rois
Et dans les peuples.
Dans l’homme et dans la femme sa compagne.
Et surtout dans les enfants
Mes créatures.
Dans le regard et dans la voix des enfants.
Car les enfants sont plus mes créatures
Que les hommes.
Ils n’ont pas encore été défaits par la vie
De la terre
Et entre nous ils sont mes serviteurs.
Avant tous.
Et la voix des enfants est plus pure que la voix du vent dans le calme de la vallée.
Et le regard des enfants est plus pur que le bleu du ciel, que le laiteux du ciel, et qu’un rayon d’étoile dans le calme de la nuit. »*

A Noël, Dieu devient abordable ! Qu’il reste présent à nos vies en ces jours et apporte à chacun paix et bonheur.

P. Bernard Brajat

* Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu.