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Les Saints

lundi 2 novembre 2009, par Bernard Brajat

Homélie de Toussaint – 1/11/2009 – églises du Montat et de Saint Barthélémy de Cahors : « J’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer  »

« Un saint triste et un triste sire » dit-on ! L’histoire de la sainteté chrétienne n’a jamais démenti cet adage, et la vie des plus grands saints s’est inscrite dans le bonheur de vivre. Pour commencer cette méditation de Toussaint, je voudrais simplement évoquer deux figures de saints qui ont émaillés le cours des siècles.

Saint Philippe Néri, ce Florentin, né en 1515, mort à Rome le 26 mai 1595. Arriver à 80 ans au 16ème siècle est peut-être un exploit… il n’en est pas moins remarquable que cette vie soit habitée de bonne humeur et de joie ! Sainte Thérèse d’Avila, cette aristocrate Castillane née également la même année que Philippe Néri, convertie en 1556 n’était pas non plus une triste sainte, entreprenante et intrépide elle va passer sa vie à voyager, à fonder un peu partout dans l’Espagne du 16ème siècle dix-huit petits couvents de l’ordre du Carmel qu’elle venait de réformer. Et l’on pourrait multiplier les exemples de tous ces saints qui figurent au calendrier, si différents qu’ils donnent à penser que l’amour de Dieu dans l’Histoire des hommes ressemble à un grand patchwork de visages différents, mais illuminés de la même lumière ! Oui, vraiment « une foule immense, que nul ne peut dénombrer » !

Cette foule, ce peuple est encore en marche aujourd’hui. Son Histoire continue de s’écrire au cœur de notre humanité, au cœur de notre monde. Oui, frères et sœurs, nous appartenons à cette humanité en marche lorsque nous commençons à travailler pour que ce monde se transforme : les saints n’ont jamais été des gens résignés. Au contraire, ils ont mis en œuvre leurs convictions qu’ils tenaient des Béatitudes : le bonheur est désormais possible, accessible à notre humanité si nous voulons bien y croire ! N’ont-ils pas suivis, eux aussi, le Christ Jésus sur la montagne, ne se sont-ils pas réunis autour de lui, à son école ? Et c’est lui qui les a rendus Heureux !

Il est habituel de dire que les Béatitudes sont la « Charte du Royaume » : pour nos contemporains, ce langage est étrange, voire carrément obsolète… Il est certain qu’il nous faut aborder les textes de ce jour avec quelques clés pour nous ouvrir à la compréhension des Ecritures. D’abord, dans l’Evangile selon Saint-Matthieu (cette œuvre destinée en priorité à des disciples issus du Judaïsme palestinien au 1er siècle) il est important de montrer que Jésus est vraiment le « nouveau Moïse ». Alors, comme Moïse recevant la Loi (la Torah) sur le Sinaï pour la transmettre au peuple, Jésus est aujourd’hui au sommet d’une montagne. Et, à la manière d’un enseignant, assis dans sa chaire, il énonce la Loi nouvelle du Royaume de Dieu. Cependant il y a une différence… Et elle de taille :
• Là où la Torah établissait un ensemble d’obligations, formulées pour la plupart comme des « interdits » (Tu ne voleras pas… tu ne tueras pas… tu ne commettras pas d’adultère…),
• les béatitudes parlent de bonheur. Chacune d’elle est rythmée par le mot « Heureux ! ». Ce bonheur est possible dès aujourd’hui selon les première huitième béatitudes. Et pour les autres, il n’est pas non plus pour un futur inaccessible. Tout dépendra des priorités que l’homme, devenu croyant dans la fidélité à Jésus, mettra dans sa vie !

Jésus nous ouvre un chemin. N’allons pas croire pour autant que nous devrons avancer sur ce chemin en respectant en même temps et d’un seul tenant toutes ces « balises ». Chacune des paroles de Jésus, chacune des béatitudes nous atteint, certes oui, mais à des moments différents de notre vie. Ce n’est que progressivement, en avançant dans la vie, que nous pouvons découvrir comment telle béatitude vient éclairer notre manière de vivre.

Il y a une idée bien ancrée dans les esprits selon laquelle la sainteté reflèterait une perfection morale absolue. Ainsi pour être Saint, faudrait-il vivre comme un héros de vertus. Cette conception – outre le fait qu’elle contribue à un profond découragement – n’est pas forcément chrétienne puisqu’elle ne fait plus aucune place à la grâce capable d’œuvrer dans le cœur humain, mais d’avantage aux efforts surhumains qu’il faudrait accomplir pour y arriver. C’est oublier que Dieu seul est Saint, et que notre possibilité de refléter quelque chose de sa propre sainteté dépend pour l’essentiel de la manière dont nous mettons en œuvre la première des béatitudes : « Heureux les pauvres de cœur ».

Pour vivre les béatitudes, faudrait-il en même temps être pauvre comme François d’Assise, doux comme Saint-François de Sales, affamé et assoiffé de justice comme l’abbé Pierre, mystique comme Saint-Jean de la Croix ? Non, de toute évidence, nous ne pourrons jamais réaliser tout cela en même temps. Heureusement, la sainteté ce n’es pas ça. Il s’agit d’être soi-même, de ne pas forcément vouloir être comme tout le monde ou comme ces autres dont la sainteté est éclatante. Car la place de Saint-François d’Assise et des autres est déjà prise. Mais ma place à moi, je suis seul à pouvoir l’occuper une fois que le Christ de l’Evangile aura occupé ma propre vie.

« Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! » : ainsi termine-t-il les neuf béatitudes entendues dans l’Evangile de ce jour de Toussaint. « Le Christ, vous ne l’avez pas vu. (note Saint-Polycarpe) Pourtant vous croyez en lui. Cela vous remplit d’une joie pleine de gloire. Elle est si grande qu’on ne peut pas en parler. » Cette joie, beaucoup désirent l’obtenir. Vous savez que « vous êtes sauvés par un don de Dieu et non par vos actions à vous ». Oui, Dieu veut vous sauver par Jésus-Christ. « C’est pourquoi soyez prêts pour l’action et servez Dieu » avec respect et dans la vérité. Laissez de côté les discussions vides et les erreurs de la plupart des gens. « Croyez en celui qui a réveillé notre Seigneur Jésus-Christ d’entre les morts. Il lui a donné sa gloire » et l’a fait asseoir à sa droite sur un siège de roi. Tout lui a été soumis au ciel et sur la terre, tout ce qui respire est à son service. Il viendra juger les vivants et les morts (…). Celui qui l’a réveillé d’entre les morts nous réveillera nous aussi. Mais, pour cela, nous devons faire sa volonté, marcher en suivant ses commandements, aimer ce qu’il a aimé. »*

P. Bernard Brajat

* 2ème lettre aux Philippiens, in Polycarpe de Smyrne, évêque et martyre, SODEC/AIM, coll. « Témoins du Christ ».