Image de décoration

Accueil > Archives > 1 - Repartir du Christ > Méditations > 1 - Les homélies de M le Curé > Le Temple

Le Temple

L’amour de ta maison fera mon tourment

dimanche 15 mars 2009, par Bernard Brajat

Homélie du 3ème dimanche de Carême B – 15/03/2009 – église Saint Barthélémy de Cahors « Mais le Temple dont il parlait, c’était son corps  » (Jean 2,13-25)

Il ne s’agit pas uniquement d’un coup de colère par lequel Jésus réglerait ses comptes avec quelques commerçants trop attachés à leurs activités lucratives… Dans l’évangile selon Saint-Jean, cet incident du Temple est le second signe donné par Jésus après celui de Cana. C’est un signe qu’il faut mettre en relation avec les signes que pouvaient poser les prophètes d’autrefois. Il est là pour questionner les comportements habituels dans lesquels on s’installe sans s’apercevoir de l’écart qui se creuse entre « les chemins du Seigneur » et nos manières de vivre.

« Ainsi dit YHWH Tsevaôt, Dieu d’Israël : Corrigez vos voies et vos actes, et j’habiterai avec vous en ce lieu. Ne mettez pas votre confiance dans ces paroles qui trompent : « Temple de YHWH ! Temple de YHWH ! Temple de YHWH ! »… Ainsi s’exprimait Jérémie (7,3-4) lorsqu’il accusait ses contemporains de se bercer d’illusion en croyant qu’ils étaient automatiquement en sécurité dans le Temple du Seigneur. Pendant ce temps, leur conduite était odieuse : en méprisant l’étranger, l’orphelin ou la veuve ils rendaient caduque, le culte qu’ils voulaient réserver au Seigneur Dieu d’Israël.

Le geste de Jésus nous semble d’une violence incontrôlée. Remarquons, néanmoins, qu’il module son comportement en ne traitant pas de la même manière les marchands de bœufs et de brebis, les changeurs… et les vendeurs de colombes pour lesquels il n’a qu’une parole (« enlevez ça d’ici ») et pas de geste violent ! Et là, il leur explique en reprenant la parole du prophète Zacharie : « Plus de trafiquants, dans la maison de YHWH, ce jour-là » (Za 14,21). En fait, comme pour Marie et Joseph au moment de la présentation au Temple, les pigeons et les tourterelles sont les animaux offerts par les pauvres du peuple. Eux, n’ont pas l’âme de propriétaires lorsqu’ils viennent au Temple.

Le staff sacerdotal, lui, s’est installé dans le Temple et en a fait sa propriété. Non pas de YHWH, mais du moins de sa Parole et de son interprétation… Et également du lieu où il avait établi sa résidence : le Temple. Et surtout, il fallait bien tenir Dieu enfermé dans ce Temple : il pouvait ainsi garantir les affaires ! Car, pour rencontrer Dieu, il fallait passer par toute une série de sacrifices de purification et d’expiation des péchés. Pour ceux qui avaient le pouvoir sur le Temple, c’était un rendement assuré puisqu’il était à leur portée de main pour un usage exclusif !

Et Jésus fait sauter ce verrou. C’est le sens de cette colère qui éclate. Mais pas n’importe comment, ni pour rien. Le lieu où on n’enferme pas Dieu, c’est lui Jésus, avec son corps. C’est ce Temple où Dieu réalisera l’impossible : le troisième jour la vie du Ressuscité aura poussé les murs de l’infranchissable, ce matin-là Dieu aura fait bouger les lignes de l’avenir de l’homme.

Ce temps de Carême nous est donné pour « déconstruire » le vieil homme, pour chasser du parvis de nos vies tout ce qui empêche la rencontre vraie ; et pour construire un Temple fait de pierres vivantes (c’est ce que les enfants manifesteront dans un instant de manière visuelle). Nous avons tous la possibilité aujourd’hui de vivre la conversion comme une chance extraordinaire qui nous est donnée de retrouver les chemins du Seigneur.

C’est ainsi que le Carême sera pour nous le moyen d’aller à l’essentiel : Jésus, le Christ. Et de le révéler comme lieu de la rencontre, le Temple véritable.

P. Bernard Brajat