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Le matin du premier jour

mardi 14 avril 2009, par Bernard Brajat

Homélie du jour de Pâques – 12/04/2009 – église Saint-Barthélémy de Cahors « Il vit et il crut  »

« Dis-nous, Marie-Madeleine,
qu’as-tu vu en chemin ? »
Ainsi cette Séquence liturgique de Pâques interpellait-elle, il y a quelques instants, Marie au matin du premier jour.

C’est le jour où les activités normales reprennent après le repos du sabbat. C’est le petit matin et Marie-Madeleine est venue au tombeau… Dans quel but ? Peut-être simplement pour se recueillir : tout s’est tellement passé si vite. Il a fallut – après cette mort ignominieuse – trouver un lieu pour la sépulture, avant le début de sabbat, avant la tombée de la nuit. Déjà, elle avait dû surmonter la mort de son frère Lazare, sur qui Jésus avait tant pleuré avant de le redonner à la vie. Aujourd’hui, c’est une douleur encore plus vive : comment cela a-t-il pu se faire ? Comment ont-ils pu mettre à mort l’innocent ? Comment n’ont-ils pas pu comprendre ?

Et Marie se trouve devant un tombeau vide ! Ce n’est pas pour elle une consolation. Bien au contraire, une sépulture sans corps inquiète les proches. Ce serait plutôt l’indice d’une profanation que d’une résurrection. Elle n’a plus de lieu où pleurer. Elle n’a plus d’endroit où elle pourra faire son deuil ! D’ailleurs lorsqu’elle court annoncer aux deux disciples sa découverte, c’est bien pour leur dire : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. » ! Qui est ce « on » ? Qui est ce « nous » ? A-t-elle rencontré d’autre femmes en cours de route ?

« J’ai vu le sépulcre du Christ vivant,
j’ai vu la Gloire du ressuscité. »
C’est encore ce que notre Séquence faisait dire à Marie-Madeleine. Mais avant qu’elle le sache vivant, c’est pour l’heure un immense traumatisme. Il faut en parler, et c’est à Pierre et Jean qu’elle raconte sa découverte : elle ne peut taire son inquiétude. En matière de « Gloire », c’est plutôt le cauchemar qui dure… Tout le monde se met alors à courir vers ce tombeau vide. Pierre et l’autre disciple courent pour constater par eux-mêmes l’état des lieux : préséance ou curiosité consécutive de sa mauvaise conscience, Pierre pénètre et, tout en faisant l’état des lieux, constate le vide. De l’autre disciple l’Evangile nous dit simplement qu’il « vit et il crut ». A la différence de Pierre, il s’est passé quelque chose dans son cœur : au lieu d’un regard sur le lieu de la sépulture, un regard sur la mort, c’est un regard sur la vie. L’un regarde le passé avec amertume, l’autre regarde l’avenir. « Il vit et il crut » : c’est un regard allumé par la lumière de Jésus dans le cœur du disciple bien aimé qui lui permet de croire en la résurrection !

La démarche du jeune disciple est semblable à celle de Marie-Madeleine. L’un et l’autre sont liés à Jésus par la fidélité. Fidélité de celui qui était resté jusqu’au bout à côté de la croix pour accompagner la mère du supplicié, fidélité de l’amitié qui vient au petit matin, à la nuit à peine finissante pour se recueillir, se souvenir et pleurer… Oui, la foi naît de l’amour et de la fidélité. Ainsi le comprenait Olivier Clément, le grand théologien Orthodoxe décédé il y a quelques mois :
« Tout l’histoire du Salut pourrait être décrite comme un drame d’amour, un immense Cantique des Cantiques. A Pâques, aujourd’hui, les Noces sont consommées ! Dans le Ressuscité, c’est l’humanité tout entière, c’est le cosmos, qui sont secrètement recréés, transfigurés. (…)
Dans la nouvelle Passion qui commence, celle de l’Esprit qui est aux prises avec l’opacité des hommes qu’il veut intégrer en Corps du Christ, la Lumière pascale, la Force du Ressuscité nous sont communiqués par l’Eucharistie : « Venez, en ce jour de Résurrection, venez communier au Fruit nouveau de la Vigne ! » Et puisque l’Eucharistie nous incorpore au Ressuscité, nous pourrons peu à peu, par le service, le dépouillement, par une ascèse d’humilité, de foi et d’amour actif, nous éveiller à notre résurrection dans le Ressuscité : « Veillons jusqu’à la pointe du Jour ! Nous verrons Christ ! »*

Dans notre Baptême, laissant – telle une mue – la peau de ce vieil Adam au bord du chemin de nos existences, nous serons Christ. Nous deviendrons un peu mieux, un peu plus, ce que nous recevons. Et dans cet élan de vie, nous dirons au monde (à commencer par les être chers qui nous entourent) combien l’avenir est désormais grand ouvert, malgré les apparences d’un monde en crise, usé par les péchés des hommes, mais déjà réconcilié dans l’obéissance du Christ. C’est cela Pâques : le passage d’un monde ancien à une ère nouvelle. La vie toujours plus forte que les désillusions de nos sociétés.

Aujourd’hui, à cause du Ressuscité, soyons les témoins d’espérance.