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Le Dieu des vivants

dimanche 7 novembre 2010, par Bernard Brajat

Homélie du 32ème dimanche ‘C’ – 6 & 7/11/2010 – église Saint-Barthélémy de Cahors, église de Flaujac-Poujols « Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants  »

Nous pensons peut-être que le Judaïsme au temps de Jésus est monolithique. Non, il est divers et regroupe des écoles de pensée, des « courants » assez marqués les uns par rapport aux autres. Ces différences s’amplifient du fait de l’occupation païenne. Car il faut se positionner sur une acceptation (pour certain c’est une collaboration) ou un refus de l’état de fait (Esséniens retirés du monde, ou Zélotes extrémistes, adeptes du terrorisme). Il faut également se situer dans l’évolution du Judaïsme depuis 2 siècles.

Les pharisiens, nous les connaissons. Au fil de l’évangile nous les voyons s’entretenir avec Jésus, souvent pour s’opposer à lui ou le « mettre à l’épreuve ». Certains invitent Jésus à leur table. Dans le Judaïsme contemporain de Jésus, les pharisiens sont les héritiers d’une longue tradition de fidélité religieuse. Ce sont des hommes pieux, observant scrupuleusement la Torah dont ils tirent leur règle de vie. Ils sont généralement portés en estime par le petit peuple. Certains d’entre eux accueilleront le message de Jésus, d’autres le refuseront en estimant qu’il est dangereux et contre la Loi.

Nous connaissons beaucoup moins les « sadducéens » que nous voyons apparaître dans l’Evangile d’aujourd’hui. C’est une autre « tendance » du Judaïsme du Ier siècle. Ils représentent le soutien des grandes familles sacerdotales qui tiennent le pouvoir en Israël. On pourrait même dire qu’à l’époque de Jésus ils sont comme « l’aristocratie » des prêtres de Jérusalem. Sadducéens : le nom vient du prêtre Sadoq, dont ils sont les descendants. Ils sont attachés au cinq livres de la Loi où il n’est pas question de résurrection. Contrairement au Pharisiens majoritaires, les Sadducéens ne croient pas la résurrection.

Des Sadducéens abordent donc Jésus en lui racontant une histoire assez surréaliste. C’est l’histoire d’une femme qui a eu sept maris, décédés les uns après les autres : nous l’entendions dans le passage lu à l’instant. Ceci dans le but de tourner en dérision la foi en la résurrection des corps. Il est vrai que les Pharisiens, de leur côté, avaient une conception matérialiste de la résurrection en imaginant un retour à la vie telle que nous la connaissons en ce monde, mais en mieux puisqu’elle serait débarrassée des ses limites et de ses infirmités. Jésus va prendre de la distance, et nous pourrions dire de la « hauteur ». Il va se situer par rapport au « monde à venir », encore inconnu des humains. Il ne situe pas la résurrection dans la réalité mortelle de l’homme (comme une réanimation, ou encore une « réincarnation »), il situe la résurrection des croyants dans une perspective de vie donnée par Dieu, et il s’inspire pour ça de l’épisode du buisson ardent où Moïse nomme le Seigneur Dieu comme « le Dieu des vivants ».

Notre intelligence est limitée. Notre compréhension est limitée. « A présent, nous voyons dans un miroir et de façon confuse – dira l’Apôtre Paul au Corinthiens (1 Co 13,12-13) – mais alors ce sera le face à face. A présent – poursuit-il – ma connaissance est limitée, alors, je connaîtrai comme je suis connu. » Si nous avions l’explication de tout, la compréhension absolue des mystères de la vie, nous n’aurions plus besoin de croire. L’acte de foi en la résurrection est une invitation constante dans l’Evangile (surtout chez Saint-Jean) à la confiance en la parole du Christ. Croire en la résurrection du Christ, c’est accepter de faire un saut dans l’inconnu. C’est ce que demande Jésus à Thomas à l’issue d’un très beau dialogue : « Je suis le chemin, la Vérité et la vie. Personne ne va au Père si ce n’est par moi. » (Jean 14,4-7). Jésus veut susciter chez le disciple une confiance et une fidélité absolue, et s’il nous est possible de poser des questions et d’essayer de comprendre le sens des Ecritures, il reste qu’un certain nombre de nos questions n’ont pas encore de réponses et n’en auront que dans le face à face définitif.

Notre foi en la résurrection des morts repose sur la résurrection du Christ. A chaque étape de notre existence, dans tous les secteurs de notre vie, nous expérimentons nos « morts » relatives, nos abandons et en même temps nous sommes prêts à de nouveaux départs ! Si notre époque a introduit de « nouvelles croyances » – récupérées d’Extrême-Orient et souvent mal « digérées » chez certains de nos contemporains dans une sorte de « bouillie » syncrétiste – telle, la « réincarnation », il n’en est jamais question dans le Nouveau Testament. Saint-Paul insiste sur ce lien pascal qui nous unit au Christ. La mort chrétienne est une Pâque, littéralement un « passage ». Et l’Apôtre met en relation étroite la Pâque du Christ et celles des baptisés : « Si l’on proclame que Christ est ressuscité des morts, comment certains d’entre vous disent-ils qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? S’il n’y a pas de résurrection des morts Christ non plus n’est pas ressuscité, et si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi votre foi. (…) Si nous avons mis notre espérance en Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. » (1 Corinthiens 15,12…19)

Les questions qui se posaient aux communautés chrétiennes du Ier siècle sont aujourd’hui les nôtres. Comme à Corinthe, l’opinion des catholiques sur la résurrection n’est pas unanime puisque à peu près 40% disent ne pas croire en la résurrection. Encore faut-il cerner ce qu’une enquête d’opinion définit comme « catholiques ». Cependant, un tel sondage est révélateur d’un certain vagabondage de la pensée qui, s’accrochant aux modes, oublie l’essentiel de la foi. L’affirmation de la résurrection dans le Credo est essentielle à ce qui nous constitue comme chrétiens. C’est bien ainsi que Saint-Paul le comprenait déjà. Et c’est là qu’est notre originalité chrétienne, non pas dans l’adhésion à un message de fraternité humaine, mais dans la personne du Christ mort et ressuscité.

En disant cela, nous affirmons que notre vie est orientée sur l’avenir, sur la réalisation du monde nouveau auquel s’identifie le chrétien.

P. Bernard Brajat