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La parole libère

dimanche 1er février 2009, par Bernard Brajat

Homélie du 4ème dimanche ordinaire B – 1/02/2009 – église Saint-Barthélémy de Cahors « On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes  »

Surprise et nouveauté dans l’enseignement ! Ainsi pourrait se résumer la Bonne Nouvelle ce dimanche en Saint-Marc : çà n’est pas commun la manière dont il transmet la Parole, la manière dont il éveille les intelligences et les cœurs à l’avènement du « Règne de Dieu »… En tout cas, il ne fonctionne pas comme les scribes. Ce n’est pas un savoir figé, c’est une Parole vivante ! C’est ainsi que les prophètes de jadis joignaient la parole à l’acte symbolique, du milieu de vos « frères » se lèvera « un prophète… Dans sa bouche, je mettrai mes paroles ». Ils ne pouvaient plus entendre Dieu faire la mise en scène habituelle : tonnerre, bruits épouvantables, et « cette grande flamme »… Juste pour provoquer la terreur, on ne veut plus « mourir ». On veut vivre et, pour vivre il faut la Parole prononcée par un des membres de la communauté, choisi pour être prophète, pour livrer une Parole qui ouvre l’avenir, mais une parole dont on est responsables devant les autres, parce qu’on se sent responsables des autres devant le Seigneur (1ère lecture : Deutéronome 19,15-20).

Désormais, Jésus n’est plus seul : un groupe de quatre hommes l’accompagne en Galilée (rappelez-vous l’Evangile de dimanche dernier en Marc 1,16-20 avec les premiers appels de disciples). Peu à peu, ils vont prendre leur place à la suite du Maître. Et l’évangéliste décrit les rencontres de Jésus avec les hommes de son temps. Il les trouve là où ils sont : ils célèbrent le sabbat à la synagogue (1,21) ; dans l’état où ils sont… Et donc, pas forcément en « bon état », souvent, dans cet Evangile, tourmentés intérieurement par des « esprits mauvais ». C’est là que Jésus passe à l’action. Et il surprend. Et son attitude est très différente de celle des scribes qui sont là pour « interpréter » la Torah, la Loi de Moïse : ils ne font que s’appuyer sur la tradition des Anciens.

Parmi les membres de la sainte Assemblée réunie à la Synagogue se distingue donc « un homme en esprit impur ». Pour l’auteur de l’Evangile, la venue du Dieu saint dans la vie d’un homme lui révèle son impureté, lui faisant percevoir la distance qui les sépare : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Qu’est-ce que t’es venu faire au milieu de nous ? ». Nous ne pouvons rien comprendre à une telle scène si nous n’acceptons pas de rentrer dans ce conflit qui l’oppose à lui-même. Vous savez, ces personnes troublées, inquiétées et prisonnières d’une double personnalité. L’enseignement du Maître atteint l’homme de plein fouet : c’est un affrontement, et Dieu en Jésus met le doigt où ça fait mal. Les scribes – sous prétexte de fidélité à la Loi, à la vraie religion – arrivent à diluer la puissance prophétique de la Parole de Dieu. Comment peuvent-ils alors être les acteurs d’une libération pour cet homme pris aux pièges d’un esprit malin ?

La communauté se trouve enfermée dans un carcan, le petit peuple vit dans la crainte et la culpabilité perpétuelles. Comment s’en sortir ? « Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu. » Notre homme est donc prisonnier de lui-même, prisonnier d’une double personnalité, pris entre « deux feux » (dirions-nous)… Et Jésus sauve. Il donne maintenant la preuve de l’enseignement qui fait autorité. Il le fait en disant une parole neuve, efficace, qui libère aussitôt ce malheureux et lui permet une vie normale. La parole de Jésus est tout le contraire d’une parole qui écrase. D’ailleurs le petit peuple ne s’y trompe pas qui le suit désormais partout.

Non, vraiment, Jésus n’est plus seul. Après l’appel des quatre premiers, d’autres disciples, toujours plus nombreux, sont venus à sa suite pour prononcer des paroles bienfaisantes, accomplir des actes libérateurs. C’est la vocation de l’Eglise : annoncer une Parole qui libère, grandisse, remette en marche ! La tentation est grande pour certains d’utiliser cette Parole, de s’en servir de manière autoritaire et d’en faire un instrument d’asservissement. Les paroles de Jésus ne sont pas les articles d’un code moral. Les paroles de Jésus sont un appel à la vie, au bonheur.

Notre Eglise n’est pas faite pour reproduire des formes du passé, ni promouvoir des expressions rigides et sévères de la religion. Elle existe – certes, pour la louange – surtout pour dire la prévenance du Christ à tout homme, pour annoncer les bienfaits aux pauvres, aux exclus, à toutes celles et ceux qui attendent une parole de libération, une parole qui leur ouvre l’avenir. C’est ce qui différencie l’attitude de Jésus de celle des scribes de son temps. Et voilà pourquoi son « enseignement » est reconnu comme nouveau et a autorité. Ce n’est pas en adoptant une attitude de refus du monde que l’on témoigne du Christ de l’Evangile : le front intransigeant du refus tel qu’il apparut au 19ème siècle ne doit pas être la ligne de conduite d’un chrétien authentique, témoin de la prévenance du Christ Jésus.

Soyons, frères et sœurs, les disciples de celui qui libère l’homme prisonnier des peurs qui le hantent. Soyons des éducateurs de la Foi, non les conservateurs de la Loi.

P. Bernard Brajat