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La Paix reçue

dimanche 9 mai 2010, par Bernard Brajat

Comment éviter les conflits ? Cela fait bien longtemps que les hommes essaient de trouver une solution durable… Mais nous savons bien que les conflits sont inévitables. En famille, entre voisins, dans la société : il est pratiquement impossible qu’à un moment ou à un autre pour telle ou telle raison ne se produise pas un conflit. L’important, nous le savons, c’est d’apprendre à gérer les crises et d’en sortir. Souvent nous pensons qu’à force de persuasion nous arriverons à les régler par nous-mêmes, sans médiation : cela s’avère pratiquement impossible dans tous les cas de figures. Dès l’origine, la communauté chrétienne, n’y fait pas exception à la règle : là où un « vivre ensemble » est en jeu, il y a un jour où l’autre la naissance d’un conflit. C’est bien ce que nous rapporte le livre des Actes des Apôtres : des gens voulaient endoctriner l’Eglise d’Antioche sur la question de la circoncision et de la Loi de Moïse !

Ainsi l’Eglise a vécu son premier conflit : il sera suivi par bien d’autres… L’enjeu du débat était des plus décisifs. Allait-on permettre aux non – Juifs d’entrer dans la communauté ou pas ? Quels sont ceux qui allaient gagner : les tenants du Salut par la foi ou ceux qui mettaient comme condition la pratique de la Loi ? Rien n’était joué à l’époque où Paul et Barnabé essayaient de convaincre. Il fallut la décision prise à Jérusalem pour mettre tout le monde d’accord : « L’Esprit-Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles qui s’imposent : s’abstenir de consommer des viandes sacrifiées aux idoles et s’abstenir des unions illégitimes » (1ère lecture : Actes 15,28-29). Ainsi par une décision collégiale, ouvre-t-on les portes de l’Evangile au monde païen.

Lorsque l’Eglise, après « des discussions assez graves » (1ère lecture : Actes 15,2), a trouvé la communion, elles considère que sa paix est un Don de Dieu. De même, la ville de paix, la « Jérusalem » nouvelle, descend du ciel (2ème lecture : Apocalypse 21,10-11 ). C’est une ville lumineuse, harmonieuse. C’est un don de Dieu. Cette cité rêvée et désirée est synonyme de bien-être, parce qu’elle est protectrice et génère un climat de paix. Dans cette ville – raconte le visionnaire – « je n’ai pas vu de temple ». Le Temple est une personne, c’est quelqu’un, c’est « le Seigneur ». Dieu est désormais rencontré directement, sans intermédiaire, il est devenu possible pour tous les peuples car cette cité est ouverte à tous : un comité d’accueil les attend à chaque porte ! (Apocalypse 21,25).

La paix au bout du conflit, la ville en paix, le désir universel de paix : pour l’évangéliste cette paix-là ne procède pas de la victoire d’un camp sur un autre. Elle nécessite la médiation de quelqu’un : c’est le rôle de l’Esprit-Saint invoqué par Jésus pour les disciples. Ainsi, Jésus, au moment de passer de ce monde au Père, donne sa paix, et « non pas à la manière du monde » (Jean 14,27). Cette paix procède de Dieu : au nom du Père, le Fils la donne à sa communauté, non pour qu’elle serve à régler les seuls conflits internes, mais également pour être annoncée comme une Bonne Nouvelle partagée. Au moment où les missionnaires de l’évangile sont envoyés par le Seigneur, dans « toutes les villes et bourgades », c’est la paix qu’ils annoncent, qu’ils sèment. L’évangile est une extraordinaire promesse de paix.

Dans le discours testamentaire de Jésus il y a une promesse, qui a cette heure grave, n’est pas à prendre à la légère. La promesse d’un défenseur : le Paraclet. C’est un mot qui est tiré du langage juridique de l’époque : c’est celui qui est appelé auprès d’un accusé pour assurer sa défense. Dans un procès, c’est l’avocat. C’est celui qui intercède pour l’accusé, qui « mouille » la toge pour son client. Il en est ainsi de l’Esprit consolateur. Il assiste l’Eglise, il se tient auprès de la communauté des chrétiens. Il parle pour eux. Mais il y a comme un « contrat » passé entre le disciple et le maître : si le disciple aime son maître, il « restera fidèle à sa parole ».

La fidélité ! Selon le dictionnaire : est fidèle « celui qui manifeste de la constance dans ses relations. Il ne varie pas, il ne s’écarte pas de ses engagements ». Engagés vis-à-vis de Jésus, nous le sommes depuis que nous avons été atteint par la parole évangélique. Or la fidélité profonde au Maître, c’est la fidélité de l’amour reconnaissant, pas celle qui s’attache d’abord à une tradition. Ainsi en est-il lorsque Paul et Barnabé ouvrent l’espace ecclésial aux païens : ils le font par fidélité à la Parole du Christ qui est « venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance », non pour que cette Parole libératrice soit verrouillée, enfermée à jamais dans le cachot des rites coutumiers.

L’épisode que nous rapporte le livre des Actes nous révèle une chose essentielle : les Apôtres, qui étaient tous Juifs, ont compris que la vraie fidélité à Jésus leur demandait d’abandonner certaines de leurs certitudes les mieux ancrées, elles mêmes héritées de la Tradition « qui vient des Anciens ». Il fallait dépasser la tradition juive et se mettre à l’écoute de l’Esprit Saint qui les conduirait alors « vers la vérité tout entière ». Ainsi la fidélité est ouverture à l’avenir, car l’amour qui est un don reste à construire chaque jour. Et cette créativité de l’amour est source de vie.

Fidèles à la parole du Christ, il nous appartient d’inventer les chemins d’Evangile pour que la paix atteigne toute l’humanité. Et devant la tentation de revenir en arrière, n’ayons pas peur « d’avancer au large ».

P. Bernard Brajat