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La Paix du Christ

lundi 20 avril 2009, par Bernard Brajat

Homélie du dimanche de la Divine Miséricorde (2ème de Pâques) 19/04/2009 – cathédrale de Cahors « La Paix soit avec vous !  »

La plaie est encore béante, non seulement visible sur le corps du crucifié qui se tient au milieu d’eux, mais aussi dans le cœur des disciples. Mais ce soir-là – le soir du premier jour qui ne finit pas, le premier jour d’une création nouvelle – alors qu’ils sont entre eux, Jésus intervient dans la communauté pour donner la Paix. Ce n’est pas une salutation usuelle, c’est le don de la paix : pour la communauté qui l’espère, cette paix-là vient du Christ. C’est cette paix que nous nous souhaitons au moment de la communion.

Voici que la communauté du Seigneur de Pâques doit maintenant communiquer cette paix et son Esprit au monde. Le Souffle qu’il répand sur eux est fait pour l’humanité : c’est à l’Eglise de le communiquer pour que cette terre vive autrement, que les hommes établissent entre eux d’autres rapports que ceux de domination et d’exclusion. Dans le Souffle de l’Esprit-Saint, les disciples que nous sommes sont chargés de réconcilier les femmes et les hommes de ce temps avec Dieu. Ainsi l’Eglise vient-elle – au cœur de cette humanité – inaugurer une ère nouvelle.

Transmettre la paix du Christ nécessite que les membres de la communauté, de l’Eglise, la vivent d’abord à l’intérieur. Nul ne peut vivre sa foi de manière isolée. Ainsi Thomas, absent de la communauté ce premier jour, n’a pu rencontrer le Seigneur. Une semaine plus tard, lorsqu’il l’aura rejoint c’est à lui que la Miséricorde du Seigneur donnera de s’écrier : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Thomas, l’apôtre à la Foi inquiète a besoin de voir pour croire. Dans le langage courant, il a laissé une trace… « Croire comme Saint-Thomas ». Dans l’Evangile, chaque fois qu’on le croise, notre Thomas, il a toujours une assurance à recevoir, une précision : « Là où je m’en vais, vous connaissez le chemin » - « Seigneur, lui dit Thomas, nous ne savons même pas où tu vas, comment connaîtrions-nous le chemin ».

Qu’il est proche de nous ce Thomas ! Qu’il ressemble tant à nos frères en humanité : il n’accorde aucun crédit à la parole des autres compagnons de l’équipe apostolique… Il lui faut des certitudes ! Tant qu’il n’aura pas vu, tant qu’il n’aura pas touché il n’y croira pas ! Et c’est bien lui, ce même Thomas, qui sera touché par la grâce. Le Christ de Pâques lui manifeste ainsi sa grâce, celle de la miséricorde infinie du Père qu’il nous transmet encore aujourd’hui. Lui qui vivait son doute (certains diront « son incroyance ») comme un poids professera de belle manière sa foi et deviendra témoin : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Et là, tout est dit ! Car c’est la première fois qu’un compagnon de Jésus nomme aussi clairement la divinité du Christ.

« Heureux ceux qui croient sans avoir vu » : heureux sommes-nous, sans doute, qui avons reçu le témoignage de tant de générations précédentes et qui avons laissé s’opérer en nous l’œuvre de l’Esprit. Mais la Foi demande à être cultivée sans cesse pour donner des fruits. Saint-Augustin, lorsqu’il médite ce passage d’Evangile, nous livre quelques belles lignes que voici :

« Thomas n’était-il pas un des disciples, un homme de la foule pour ainsi dire ? Ses frères lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur. »
Et lui : « Si je ne touche pas, si je ne mets pas mon doigt dans son côté, je ne croirai pas. »
Les évangélistes t’apportent la nouvelle, et toi tu ne crois pas ?
Le monde a cru et le disciple n’a pas cru ?
Leurs paroles se sont répandues, elles sont parvenues jusqu’aux confins du monde et le monde entier a cru… et lui ne croit pas.
Il n’était pas encore devenu ce Jour qu’a fait le Seigneur.
Qu’il vienne donc, lui qui est le point du Jour, qu’il vienne et qu’il dise avec patience, avec douceur, sans colère, lui qui guérit : Viens, viens, touche ceci et crois.
Tu as déclaré : si je ne touche pas, si je ne mets pas mon doigt, je ne croirai pas. Viens, touche, mets ton doigt et ne sois pas incrédule, mais fidèle.
Je connaissais tes blessures, j’ai gardé pour toi ma cicatrice.
Mais, en approchant sa main, Thomas peut pleinement compléter sa foi.
Quelle est, en effet, la plénitude de la foi ?
De ne pas croire que le Christ est seulement homme, de ne pas croire non plus que le Christ est seulement Dieu, mais de croire qu’il est homme et Dieu.
Telle est la plénitude de la foi. Ainsi le disciple auquel son Sauveur donnait à toucher les membres de son corps et ses cicatrices s’écrie : « Mon Seigneur et mon Dieu. »
Il a touché l’homme, il a reconnu Dieu. »*

* Saint-Augustin – Sermon 258, 1-3 trad. J-R Bouchet in Lectionnaire pour les dimanches et fêtes. Le Cerf 1994