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La Loi nouvelle

dimanche 30 janvier 2011, par Bernard Brajat

L’ Apôtre Paul semble n’avoir qu’un but passionnel dans la vie : annoncer Jésus Christ, et le Christ mort et ressuscité. A Athènes il a voulu s’adresser à l’élite intellectuelle de la Grèce, aux philosophes… Et il s’est planté. Ce fut un lamentable échec, malgré un discours bien construit avec même une citation inspirée du poète Epiménide : « C’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être » ! Paul n’a pas fait dans la demie mesure… Et malgré ça, malgré toute sa force de persuasion, lorsqu’il a évoqué la résurrection des morts, on lui a répondu que « là-dessus, nous t’entendrons une autre fois ». C’était une fin de non recevoir.

Mais c’était mal connaître Paul qui a repris son bâton de pèlerin, inlassablement. Il est arrivé un jour à Corinthe qui était aussi une grande ville. Il va se passionner pour l’annonce de l’Evangile dans cette cité portuaire, qui ne brillait déjà plus de son éclat antique. Elle avait été détruite par un général romain en 146 avant J.C et reconstruite une centaine d’année plus tard par Jules César, comme capitale de la province romaine d’Achaïe. Elle était peuplée d’anciens esclaves, d’ailleurs pour attirer une population nouvelle on avait proclamé une amnistie pour des gens au passé douteux qui viendraient la repeupler.

Population nouvelle et situation stratégique de passage d’Italie à l’Orient : elle est située « entre deux mers ». C’est un port grouillant de multiples activités. On y croise des navigateurs, des transbordeurs, des commerçants, des artisans, beaucoup de travailleurs manuels, beaucoup d’esclaves. A Corinthe, Paul exercera le métier de fabricant de tentes. La ville offrait aux gens de passage tous les plaisirs : « vivre à la Corinthienne » voulait bien dire « vivre dans la débauche ». C’est dans cette ville que l’Apôtre Paul a fondé l’Eglise vers les années 50 – 51 : les chances pour l’Evangile étaient celles d’une forte attente humaine et spirituelle. Déjà le judaïsme y rayonnait à partir des synagogues et préparait le chemin à la mission de Saint-Paul…

Dans la communauté de Corinthe, il faut compter avec l’esprit grec… On a le sens aigu de la liberté individuelle, un certain engouement pour la « sagesse » et le « discours »… On y recherche aussi des manifestations spectaculaires du « divin ». Tout cela favorisait l’enthousiasme religieux, avec un désir de reconnaissance individuelle. Et Saint-Paul est là pour leur rappeler la réalité : « Regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. » (2ème lecture) Le paradoxe dont Dieu se sert pour faire passer la Bonne Nouvelle du Salut, c’est ce qui est « fou dans le monde », faible, d’origine modeste, méprisé et qui n’est rien… « Voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose » !

C’est bien le discours paradoxal dont il est question sur la montagne, lorsque Jésus livre à ses disciples les paroles d’une Loi nouvelle qui nous orientent vers des attitudes positives… des appels au Bonheur : « Heureux ! ». Neuf béatitudes annoncent un bonheur présent qui nous fait tenir dans l’Espérance. Elles sont sources de contradiction avec l’esprit du monde : ne soyons pas surpris si la foi chrétienne connaît aujourd’hui une certaine désertion. Car nous sommes en contraction avec le culte de la richesse, de l’exploitation des plus pauvres, du sexe sans amour, du mensonge, des pots-de-vin, du bourrage de crâne pour mieux dominer, de la recherche de notoriété… Le message chrétien arrive comme un cheveu dans cette soupe du temps présent, des modes de pensée convenue ! Pour Saint-Matthieu, les Béatitudes expriment surtout l’attitude spirituelle de celui qui se tourne vers Dieu comme vers son seul Sauveur. Mais attention, il ne faut pas les recevoir comme des conseils de perfection : elles sont un chemin spirituel pour celles et ceux qui veulent s’en remettre au Seigneur. Et c’est une chemin de bonheur !

Mais ce chemin est souvent un long exercice de bien vivre et presque de « savoir vivre ». Il relègue les artifices du paraître et du pouvoir aux accessoires de la comédie humaine, et il fait appel à d’autres ressorts cachés au fond des cœurs. Il n’y a là rien de spectaculaire : le chrétien est un homme du quotidien qui permet à la vie de devenir spirituelle. D’ailleurs Saint-Paul opposera ce qui procède de l’Esprit, ce qui est vraiment spirituel et ce qui procède de la pesanteur humaine, puisque charnel. Les béatitudes – comme Loi nouvelle du Royaume – concourent à cette émancipation de la personne humaine que Saint-Paul résume par cette phrase : « C’est pour nous rendre vraiment libres que Christ nous a libérés ». Chacune des Béatitudes souligne la possibilité de se réaliser dans un rapport différent aux autres où la pauvreté du cœur, la douceur, le don compassionnel des larmes, la recherche de la justice, la miséricorde, la pureté, l’œuvre de paix prennent le pas sur le cercle infernal de la domination des hommes sur d’autres hommes.

Jésus instruit encore les disciples que nous essayons d’être, aujourd’hui. Autour de lui nous avons pris place, nous sommes venus le retrouver à l’écart ; et dans le silence de notre cœur nous l’avons écouté pour qu’il nous aide à orienter nos vies. La Loi ancienne nous signalait les limites à ne pas franchir en énonçant des interdits, la Loi nouvelle nous ouvre d’autres horizons puisqu’elle a remplacé l’interdit par l’appel au bonheur. C’est bien là où l’Evangile est déstabilisant pour l’homme moderne puisqu’il le laisse avec sa seule libre décision d’être heureux ou la sécurité de se réfugier derrière la loi du permis et du défendu.

Que l’Esprit de Jésus nous permette de réaliser en nous et pour nos proches cet appel au Bonheur.

P. Bernard Brajat