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La faim des hommes et le don de Dieu

mardi 28 juin 2011, par Bernard Brajat

Les problèmes alimentaires – à l’échelle de la planète – nous paraissent récurent ! Une grande partie de notre terre s’enfonce dans la précarité : les plus pauvres parmi eux témoignant que les mêmes modèles économiques appliqués à l’ensemble du monde sont un échec ! La mondialisation conçue en termes de libre-échange ne fait que creuser les injustices en créant une inflation sur les matières premières : nous sommes là en pleine actualité !

En 2010, la faim dans le monde touchait un milliard de personnes (1 habitant sur 7). Elle prend aujourd’hui des proportions inquiétantes dans près d’une trentaine de pays, selon un rapport de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPFRI), qui avait été publié le 11 octobre 2010. Sur 122 pays en développement qui ont été étudiés, la faim atteint des niveaux « alarmants » dans 25 pays, notamment en République démocratique du Congo (RDC), au Burundi, au Tchad et en en Erythrée. L’indice mesurant la faim dans le monde est calculé à partir de trois indicateurs : la proportion de la population sous-alimentée, l’insuffisance pondérale infantile et le taux de mortalité infantile. A l’exception de Haïti et du Yemen, tous les pays dans lesquels cet indice a atteint un niveau "alarmant" se trouvent en Afrique sub-saharienne et en Asie du Sud. C’est là, la réalité de notre monde !

La Bible reflète cette précarité. Deux épisodes nous l’évoquent dans les deux passages de l’Ecriture entendus ce jour :
• Israël au désert a connu la faim. Plus d’une fois le peuple s’est tourné vers Moïse pour lui dire qu’il regrettait de l’avoir écouté, d’avoir quitté l’Egypte en passant la mer et de se retrouver dans un désert où il n’a rien à manger et très peu à boire. C’est ainsi que Moïse (dans la 1ère lecture) rappelait au Peuple d’où il venait et lui faisait toucher du doigt sa précarité : « Souviens-toi – disait-il – que le Seigneur ton Dieu t’a fait connaître la pauvreté, t’a fait sentir la faim et t’a donné à manger la manne » (cette nourriture en forme de question : « mann-ou » - qu’est-ce que c’est ?).
• Jésus a dû nourrir une foule avec « cinq pains et deux poissons », c’est l’épisode que nous appelons la « multiplication des pains ». La foule du temps du Christ vit au jour le jour : la famine revenait chaque année de misère. Il suffisait d’une mauvaise saison pour que le prix des grains augmente… Ce n’est pas d’aujourd’hui que les spéculateurs s’en donnent à cœur joie ! Pensons dans l’Evangile à cet homme qui avait agrandit ses silos, avait accumulé des réserves de manière démesurée, et à qui Dieu avait brutalement demandé la vie !

Ainsi, à plusieurs siècles de distance, Moïse et Jésus sont confrontés à la même réalité : la faim des hommes. Ni l’un, ni l’autre ne se dérobe devant les problèmes : ils vont répondre aux attentes. Mais ils ne se contentent pas d’un règlement matériel : ils donnent une signification à ce qui est accomplit :
• Pour Moïse, la manne est significative. Il le disait ainsi : « Pour te faire découvrir que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur ». A partir de cette nourriture « tombée du ciel », providentielle, il faut que tu te poses une question : qu’est-ce que c’est ?
• Si pour Jésus, se nourrir est une question de vie ou de mort, il part du signe accompli pour parler à ses contemporains (et à nous-mêmes) d’une autre nourriture qui donne la vie « éternelle ». Il s’identifie à cette nourriture : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel ». Et il dit ce que procure ce pain : « celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ».

Nous avons bâti un monde matérialiste en évacuant les symboles : qui sait encore le sens du pain dans une société qui l’a banalisé jusqu’à le jeter ? Une société oublie vite que le bonheur et l’abondance ne sont pas automatiques… Loin s’en faut ! En Europe et particulièrement en France, des pénuries alimentaires et des famines ont émaillé le cours des siècles. Il y avait les aléas climatiques qui influaient directement sur les récoltes, liés à l’acheminement difficile des denrées. Un exemple : avec seulement une diminution de 10% sur la récolte, les gens avaient faim. Les historiens ont gardé la chronique des famines jusqu’au XX° siècle.

Il y a de ces faims et ces soifs qui sont plus profondément ancrées en l’homme. Et cet heureux que ce soit ainsi : chercher sans cesse ce qui pourra me rendre vraiment heureux, ne jamais me satisfaire de l’insignifiant : c’est ainsi que nous sommes engagés durant toute une vie (et à toutes les étapes de notre vie) à rechercher de « meilleurs biens » ! Jésus proclame avec force – nous l’entendions dans l’Evangile – qu’il est nourriture vitale (donc indispensable), pour connaître la « vie éternelle ». La vie éternelle, c’est-à-dire non plus une vie qui se mesure par la longueur des ans, mais par la densité qu’elle comporte. Il est nourriture
-  par sa Parole,
-  par son corps livré et son sang versé.
Ainsi, comme il était rappelé au peuple dans le désert : si le Seigneur te donne un aliment à la table de son Eucharistie, c’est pour te « faire découvrir que l’homme ne vit pas seulement de pain (c’est-à-dire de nourriture matérielle et, certes, indispensable), mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur ».

« Si vous ne la mangez pas, vous n’aurez pas la vie en vous » : toute nourriture est faite pour être mangée et non pas seulement regardée ! Participer à l’Eucharistie, c’est nécessairement « manger » le Corps du Christ, ce n’est pas seulement le regarder. Et celui qui mange ce pain est fait pour devenir un avec Jésus, prêt comme Lui à donner ce qu’il est aux autres. Les chrétiens sont ainsi pour le monde les membres d’une Eglise donnée… pour que les hommes aient la vie, et la vie en abondance.

P. Bernard Brajat