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L’Esprit de notre baptême

mardi 14 juin 2011, par Bernard Brajat

Lorsqu’on reprend l’énumération des gens présents ce matin-là à Jérusalem nous sommes surpris d’une certaine disproportion : c’est essentiellement le Moyen-Orient, voire l’Orient qui est représenté. Mis à part les Egyptiens, les Libyens, les Romains et les Crétois ce sont tous des orientaux : Mèdes, Parthes et Elamites sont des habitants de la Perse (actuellement l’Iran), la Mésopotamie évoquée dans ce passage des Actes des Apôtres c’est l’Irak d’aujourd’hui. Quant aux Phrygiens, Pamphyliens et Cappadociens (c’est-à-dire des Anatoliens) ils habitent la Turquie d’aujourd’hui. Le centre du monde de l’époque de Jésus est fort différent du nôtre. Ainsi vont les civilisations et les cultures qui en découlent : elles mutent immanquablement. Je suis sûr que pour la plupart des enfants présents aujourd’hui dans cette église, ces noms de peuples évoqués leur étaient inconnus. S’ils relisent, un jour ou l’autre, ce passage du livre des Actes (1ère lecture : 2,1-11) l’énumération sera toujours synonyme de quelques tribus perdues. Or, ce furent, pour certaines, de brillantes civilisations.

Dans ce siècle de mondialisation triomphante, le particularisme peut apparaître désuet… Les frontières sont estompées même si l’on pense qu’elles pourraient être protectrices. Le monde connu du 1er siècle a pour centre la Méditerranée , lui aussi, ne connaît plus tellement de frontières : dans l’empire romain on circule, on voyage le plus souvent pour le commerce. Rome, en agrégeant des peuples fort différents les uns des autres autour d’une idée de civilisation, a su trouver un juste équilibre. Les différentes religions sont en principe respectées dans leur diversité, le judaïsme a depuis longtemps déjà une diaspora présente dans toutes le villes du pourtours méditerranéen : ce qui explique qu’en ce jour où l’on célèbre le don de la Torah (de la Loi) tant de peuples divers soient présents à Jérusalem.

Or si le message transmis par les Apôtres est unique, il n’est pas prononcé dans un langage « international » (comme peut l’être l’Anglais aujourd’hui, comme pouvait l’être le Grec à l’époque). Chacun entend bien dans sa propre langue le témoignage des Apôtres. Chacun comprend bien que par leur bouche, par leur prédication, Dieu s’adresse personnellement à lui. C’est précisément parce que le Seigneur Dieu respecte infiniment nos histoires, nos parcours, nos personnes qu’il ne placarde pas, comme autant d’avis publicitaires, sa Parole, la Bonne Nouvelle du Salut. Le vent de l’Esprit la suggère au cœur et à l’esprit cette Bonne Nouvelle, il la susurre à notre oreille. Car l’Esprit ne crie pas, il n’impose pas son point de vue : il laisse à chacun la possibilité de la découverte.

Aujourd’hui nous célébrerons dans un instant, au cœur de notre Assemblée, sept baptêmes d’enfants catéchisés : déjà dans le baptême nous sommes plongés dans un bain spirituel, un bain d’Esprit. C’est l’Esprit de Jésus qu’il leur avait promis il leur donne au soir du premier jour de la semaine, au soir de Pâques. Ils avaient fermé les portes, ils avaient peur de tout et de n’importe quoi et Jésus souffle sur eux : « Recevez l’Esprit Saint. » (Evangile : Jean 20,19-23). Il est premier cet Esprit reçu à notre baptême, il permet aux croyants réunis en son nom de faire Eucharistie, et pour la première fois ce dimanche, ceux-là vont communier au Corps du Christ. Puis dans deux ou trois ans ils confirmeront ce don de l’Esprit par le 3ème sacrement d’initiation chrétienne. Ainsi, la vie chrétienne s’inscrit dans une progression, dans une découverte progressive de l’amour de Dieu dans chacune de nos vies.

Autant dire que l’Eucharistie de ce dimanche de « première communion » ne doit pas être l’une des dernières, mais elle est là pour en appeler d’autres. Nos instants de communion humaine, entre nous, avec celles que nous aimons se réalisent souvent autour d’une table. Nous en connaissons l’importance à tel point que nous ne saurions déserter durablement la table familiale sans risquer de perdre le lien avec la famille. Il en va de même pour l’Eucharistie : c’est l’Eglise qui la célèbre mais c’est le Christ qui l’a convoquée ; et ce repas d’amour, cette célébration du don total, continue à nous constituer en tant qu’Eglise. La célébrer aujourd’hui et ne plus y revenir après serait se moquer et du Christ, et de la famille – Eglise !

Nous pouvons regretter qu’il y ait des messes où l’on s’ennuie, où « il ne se passe rien ». Mais nous pouvons aussi nous mettre en route, en mettant la main à la pâte : dans cette communauté – Eglise, dans cette famille réunie au nom du Christ, tous ont leur place, tous doivent pouvoir trouver une part qui lui correspond. C’est ce que Saint-Paul exprime très bien lorsqu’il s’adresse aux chrétiens de Corinthe : « Les dons de la grâce sont variés mais c’est toujours le même Esprit. Les fonctions dans l’Eglise sont variées, mais c’est toujours le même Seigneur. » (2ème lecture : 1 Corinthiens 12,3b-4) Puis il prendra cette fameuse comparaison du corps humain. Car le corps chez Saint-Paul tout au long de ses épîtres a une grande importance : ailleurs, il parlera longuement du Corps du Christ pour dire l’Eucharistie.

Qu’aujourd’hui encore, l’Esprit vivifie chacune et chacun de ceux qui vont prendre part à ce repas. Qu’il régénère en tous l’Esprit de nos baptêmes.

P. Bernard Brajat