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L’Esprit comme une eau...

mercredi 3 juin 2009, par Bernard Brajat

Homélie pour le dimanche de Pentecôte - 31/05/2009 – église Saint-Barthélémy et Cathédrale de Cahors « Vous aussi, vous rendrez témoignage, vous qui êtes avec moi depuis le commencement  »

Il est difficile de sortir d’une Histoire et de penser que l’on puisse créer du neuf sans références au passé ! Ainsi, tout le Nouveau Testament témoigne de références constantes, non seulement à la Torah et aux prophètes, mais encore aux évènements qui ont rythmés les pérégrinations d’Israël de sa sortie d’Egypte à l’entrée sur la Terre Promise. Une génération, dit-on, dont la saga collective nous est racontée au fil du Premier Testament : on a trempé la plume dans ces écrits pour écrire le Nouveau Testament.

Ainsi le récit de Pentecôte dont les Actes des Apôtres nous livrent, en ce jour, une sorte de reportage. C’est d’abord une fête juive qui se déroule sept semaines après Pâques : elle célèbre le don de la Loi (Torah) au Sinaï. Là, il y avait eu la manifestation de YHWH dans les coups de tonnerre, « les éclairs, une lourde nuée sur la montagne… La montagne du Sinaï était toute fumante, car le Seigneur y était descendu dans le feu » (Exode 19). Lorsque les sages d’Israël avait commenté ce passage, ils ajoutaient que la voix du Seigneur s’était alors divisée en soixante dix langues pour que tous les peuples de la terre reçoivent cette Loi. Ce chiffre représentait la totalité des peuples connus alors.

En tournant encore un peu les pages, on trouve quelque part le récit de la tour de Babel : rappelez-vous le projet démentiel de l’humanité de vouloir construire une tour qui viendrait « narguer » le ciel. A cette époque on pensait qu’il était le lieu précis et déterminé de l’habitation de Dieu. Le monde avait alors perdu une langue commune et n’avait pu terminer l’œuvre orgueilleuse faute de communication, en perdant le sens de l’altérité !

Et voici qu’aujourd’hui, à peu près vers neuf heures du matin, le Seigneur Dieu va renouveler son Alliance avec le peuple en lui donnant l’Esprit. Désormais cette réception de l’Esprit Saint permet à la nouvelle humanité du matin de Pâques d’être en communication avec Dieu, par la bouche des Apôtres. Saint-Augustin explique cela très bien : « Vint l’Esprit, il remplit les disciples, et voici qu’ils s’exprimèrent dans toutes les langues des peuples qu’ils ne connaissaient pas en n’avaient jamais apprises. Ils avaient pour maître Celui qui était descendu. Il entra en eux, les remplit et les fit déborder ».*

Quelque temps auparavant, un certain soir, après avoir rompu le pain de la Pâques, reçu l’invitation à boire la coupe de la nouvelle Alliance, dans un grand discours d’adieux il s’était entretenu avec eux non sans une certaine gravité. Il leur annonçait ce qu’ils ne pouvaient encore réaliser. Dans les prochaines heures débutera la Passion. Il voudrait tout leur transmettre, mais sont-ils prêts, alors, à tout entendre ? « J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas encore la force de les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière ».

Le « Paraclet », le Défenseur (c’est le mot même qui désigne l’avocat dans un procès) est un Esprit de vérité. Fort de cette promesse de Jésus, certains ont pu croire dans l’Eglise que tout de son Histoire se serait passé sous l’inspiration de l’Esprit. Presque personne aujourd’hui ne soutiendrait une telle affirmation… Et le Pape Jean-Paul II avait compris que l’Eglise n’avait pas toujours laissé l’Esprit la guider, et qu’il fallait demander pardon pour les fautes commises jadis ; d’où ses demandes de repentances pour l’Eglise. Tout ne vient donc pas de l’Esprit-Saint dans l’Histoire de notre Eglise : il y a une purification de la conscience chrétienne. C’est ce que nous venons de demander à l’Esprit en chantant cette Séquence du jour de Pentecôte :
« Lave ce qui est souillé,
baigne ce qui est aride,
guéris ce qui est blessé » !

Nous fêtons Pentecôte en célébrant l’Esprit Saint. Et nous reconnaissons que cet Esprit est toujours à l’œuvre dans le Peuple de Dieu, l’Eglise. S’il s’exprime par les dons qu’ils fait aux hommes – les ministres de l’Evangile – il se dit également au cœur de la vie de tous les baptisés. C’est pourquoi la communauté croyante doit sans cesse se laisser façonner par l’Esprit. Irénée de Lyon s’exprime ainsi sur la Pentecôte et le don de l’Esprit :
« L’Esprit ramenait à l’unité toutes les races éloignées, et offrait au Père les prémices de tous les peuples.
Voilà pourquoi aussi le Seigneur a promis de nous envoyer le Paraclet, qui nous adapte à Dieu. En effet la farine sèche ne peut sans eau devenir une seule pâte, pas davantage nous tous, ne pouvions devenir un en Jésus Christ sans l’eau qui vient du ciel. La terre aride, si elle ne reçoit pas d’eau, ne fructifie pas ; ainsi nous-mêmes, qui d’abord étions du bois sec, nous n’aurions jamais porté le fruit de la vie, sans l’eau librement donnée d’en haut. Ainsi nos corps ont reçu par l’eau du baptême l’unité qui les rend incorruptibles ; nos âmes l’ont reçue de l’Esprit. »**

P. Bernard Brajat

* Saint-Augustin : sermon 267 sur la Pentecôte.
** Saint-Irnée de Lyon : contre les hérésies – 328-336